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Jusqu’où peut s’élever l’âge de la maternité ?

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Les femmes accouchent en moyenne à près de 31 ans en France (données Insee 2017). L’âge de la maternité a augmenté à partir du milieu des années 1970, date à laquelle il avait atteint 26 ans et demi. Cette hausse, qui dure depuis quarante ans, fait suite à une baisse amorcée à la fin du XVIIIe siècle.

Au début du XXe siècle 1, les femmes accouchaient en moyenne à 29 ans et demi. A l’époque, on formait un couple plus tardivement, mais surtout ces couples avaient davantage d’enfants. Il en naissait plus souvent jusqu’au terme de la période de fertilité des femmes, ce qui conduisait à une moyenne d’âge à l’accouchement élevée. La baisse de la fécondité au cours du XXe siècle a réduit cette moyenne.

Le baby-boom des années 1950 et 1960 n’a pas modifié le processus. L’âge à l’accouchement a continué à diminuer car la part des très grandes familles s’est réduite. 14 % des femmes nées dans les années 1920 ont eu cinq enfants ou plus et cette proportion s’est effondrée à partir des générations nées dans les années 1930 (lire notre article). En revanche, la part de femmes n’ayant aucun enfant s’est réduite.

Les choses changent à la fin des années 1970. Entre 1965 et 1976 la fécondité conjoncturelle se réduit à nouveau de 2,8 à 1,8 enfant par femme. Les couples se forment de plus en plus tard. La scolarisation des jeunes filles progresse dès les années 1950. Elles se portent en masse sur le marché du travail à partir des années 1970. Puis, dans les années 1980, la montée du chômage et de la précarité rend l’intégration sur le marché du travail plus difficile. Le temps d’obtenir une situation plus stable s’allonge. Le coût du logement s’élève ce qui complique encore les choses. La période de vie entre le foyer parental et la formation d’une nouvelle famille s’est allongée aussi parce qu’elle correspond aussi à un besoin d’autonomie des individus, avant de se lancer dans des choix durables (lire notre article). Au bout du compte, l’âge de la fécondité est remonté non parce que le temps des familles nombreuses est revenu, mais parce que les enfants arrivent plus tard : l’âge moyen à la naissance du premier bébé passe ainsi de 24 ans en 1974 à 28 ans et demi en 2015.

Jusqu’où ira ce phénomène ? Pour Gilles Pison, démographe à l’Ined, les couples risquent de se heurter à un plafond biologique : « Il n’est pas exclu que l’âge moyen de la maternité atteigne 32 ans, comme c’est déjà presque le cas en Espagne (31,9 ans en 2015). Mais il est peu probable qu’il augmente jusqu’à 35 ou 40 ans. La raison en est d’abord biologique. À trop attendre pour devenir mères, les femmes risquent de ne plus pouvoir enfanter quand elles le décident. Le risque moyen de ne pas avoir d’enfant croît vite avec l’âge : 4 % à 20 ans, 14 % à 35 ans, 35 % à 40 ans et près de 80 % à 45 ans », écrit-il 2. Les avancées de la médecine vont-elles permettre de briser ce plafond ? En tous cas, l’ampleur de débats sur la procréation médicalement assistée résulte aussi des difficultés des couples à avoir des enfants tardivement.

La capacité physique d’avoir des enfants n’est pas seule en cause : il faut aussi que les normes sociales évoluent, que l’on considère comme « normal » d’avoir des enfants passé 40 ans notamment, ce qui n’est pas encore le cas. Enfin, une partie dépendra de l’activité économique et du chômage en particulier : une intégration plus rapide dans l’emploi stable et une modération des coûts du logement pourraient limiter la progression de l’âge à la maternité. Dans tous les cas, même si la hausse de l’âge moyen à l’accouchement se ralentissait, il est très peu probable qu’on revienne avant longtemps à des maternités précoces nombreuses, qui ne correspondent plus de longue date aux normes des sociétés occidentales.

Notes:

  1. Période la plus ancienne pour laquelle on dispose de données précises.
  2. « 1968-2018 : quatre surprises démographiques en France depuis 50 ans », Population et sociétés n°553, mars 2018.
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