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La pauvreté augmente chez les plus jeunes, mais n’épargne pas les plus âgés

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taux de pauvreté par âgeLa pauvreté affecte d’abord les plus jeunes. En premier lieu, les enfants dont les parents ont de faibles niveaux de vie. Leur taux de pauvreté était tombé à 8 % au début des années 2000, il dépasse les 11 % en 2015, selon les données de l’Insee (au seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian). Pas moins de 1,5 million de mineurs sont concernés. Ces mineurs ne sont pas pauvres eux-mêmes mais des enfants « de » pauvres : ils vivent au sein de familles aux faibles revenus, soit du fait de la situation économique, soit suite à une séparation de leurs parents, parfois des deux. Ces enfants ne vivent pas tous dans la misère, mais sont loin d’accéder aux normes de la société de consommation française que leur renvoie sans cesse notamment la publicité. Les plus touchés sont ceux dont les parents ont des charges de logement élevées, en particulier ceux qui vivent dans les grandes villes.

La pauvreté frappe durement les jeunes adultes (de 18 à 29 ans), catégorie d’âge pour laquelle la progression a été la plus forte : leur taux de pauvreté a augmenté de 8 % à 12,5 % entre 2004 et 2015. Une grande partie de la dégradation de leur situation a eu lieu avant la crise financière de 2008 : dès 2007, leur taux de pauvreté atteignait déjà 12 %. Leur sort n’a rien à voir avec celui des enfants : il s’agit de jeunes adultes, souvent peu diplômés, qui peinent à s’insérer dans le monde du travail et qui sont contraints de vivre avec de très bas revenus (indemnités de stage, bas salaires, soutien parental, etc.). Les 18-25 ans n’ont pas le droit – sauf exception – aux minima sociaux.

La situation est plus stable pour les autres catégories d’âge. Les sexagénaires se détachent du lot, avec un taux de pauvreté compris entre 3 et 4 %, qui évolue peu. Ces dernières années, le taux de pauvreté des 70 ans ou plus a quant à lui diminué, de 4 à 3 %. Cette évolution résulte de deux mouvements opposés : le niveau des pensions de retraite perçues par les femmes âgées augmente du fait de la hausse de leur taux d’activité au cours des dernières décennies, mais, en même temps, des générations qui ont pu connaître le chômage arrivent à l’âge de la retraite. Pour les générations comprises entre 30 et 60 ans, le taux de pauvreté varie beaucoup moins, même s’il augmente depuis la fin des années 2000, en particulier du fait de la progression du chômage.

Au total, au cours de la période 2004-2015, le nombre d’enfants de pauvres et de jeunes adultes pauvres a augmenté de 700 000, soit + 36 %. A elle seule, cette augmentation est plus de deux fois supérieure à celle de l’ensemble des plus de 30 ans (+ 310 000). Même si cette pauvreté des plus jeunes résulte de facteurs différents, cette évolution devrait questionner les politiques publiques.

Jeunes pauvres contre vieux riches ? Il faut se méfier d’une vision simpliste de la situation des niveaux de vie par âge. Les jeunes pauvres le sont surtout parce qu’ils sont des enfants de milieux populaires ou des jeunes actifs peu qualifiés : leur pauvreté est pour une grande part liée à leur appartenance à un milieu social et non à des accidents de la vie. Les inégalités sociales à l’école constituent pour eux l’obstacle numéro 1. Les personnes âgées sont bien moins nombreuses à vivre sous le seuil de pauvreté, mais elles ne sont pas pour autant épargnées. Leur taux de pauvreté demeure faible, mais entre 2004 et 2015, le nombre de personnes âgées de 60 à 69 ans vivant sous le seuil de pauvreté a été multiplié par deux, de 150 000 à 300 000. Surtout, la pauvreté des plus âgés n’a pas grand chose à voir avec celle des jeunes. Avec l’âge, l’espoir de voir sa situation personnelle s’améliorer diminue voir disparaît. La pauvreté est moins fréquente chez les aînés, mais elle est aussi plus structurelle.

Evolution du nombre de pauvres par âge