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Vivre chez les autres, une dépendance

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herbergésPlus de 600 000 personnes, soit à peu près 1 % de la population, sont hébergées durablement chez un tiers de façon contrainte, selon les calculs de la Fondation Abbé Pierre (données 2013) 1. Vivre chez autrui de façon contrainte constitue à la fois un obstacle à l’autonomie individuelle et une forme de précarité des parcours personnels.

Le « noyau dur » (selon l’expression de la Fondation Abbé Pierre) de l’hébergement contraint est constitué de ceux qui, sans lien de parenté avec celui qui les prend en charge, n’ont pas les moyens financiers de se loger, soit 69 000 personnes. On trouve ensuite des personnes de plus de 25 ans qui n’ont pas les moyens de quitter le domicile de leurs parents (153 000) ou ont été contraints d’y revenir (338 000). L’accès à l’autonomie dans le logement pour les jeunes dépend en particulier de leur parcours scolaire qui conditionne leur entrée dans l’univers professionnel. Trois ans après leur sortie du système scolaire, 80 % des hommes et 66 % des femmes non diplômés étaient hébergés chez leurs parents, contre 10 % des bac+5 (données Céreq, 2013).

La Fondation Abbé Pierre ajoute aux catégories précédentes 83 000 personnes âgées de plus de 60 ans hébergées suite à une difficulté (deuil, séparation, etc.). Selon la Fondation, entre 2002 et 2013, le noyau dur des hébergés sans lien de parenté a diminué de 13 %. En revanche, le nombre de plus de 25 ans contraints de revenir au domicile a progressé de 20 %, celui des plus de 60 ans de + 66 %.

Même si elle est très inégalitaire, la solidarité familiale constitue un rempart contre les difficultés liées à la crise, en particulier dans le cas du logement. Ce faisant, comme le signale la Fondation Abbé Pierre, l’hébergement chez des tiers « rend invisibles toutes ces personnes sans logement personnel, renvoyant leur prise en charge vers la sphère privée ». Cette forme de solidarité pose en outre plusieurs types de problèmes : les conditions de vie matérielles des personnes hébergées et de ceux qui les hébergent (promiscuité) mais aussi la perte d’indépendance que constitue pour les jeunes adultes le fait de revenir habiter chez leurs parents ou d’y demeurer à un âge élevé.

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Notes:

  1. Ne comprend pas les enfants de moins de 25 ans hébergés par leurs parents. Données tirées du 21e rapport annuel, Fondation Abbé Pierre, février 2016.