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Classes aisées, moyennes et populaires : combien sont-elles ?

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Le sort des « classes moyennes » constitue un serpent de mer du débat public. Après avoir célébré leur avènement dans les années 1980, il est devenu commun d’annoncer leur disparition. Une exagération chasse l’autre. Le plus souvent on débat sans données précises concernant leur part dans la population 1, ou n’utilisent que les données sur les revenus. Nous proposons une estimation de la place des différentes catégories populaires, moyennes et aisées en utilisant une répartition des catégories socioprofessionnelles (voir encadré sur notre méthode).

Selon nos calculs, le poids des classes aisées – principalement des cadres supérieurs – a progressé, de 9 % à 16 %, entre 1982 et 2017, presque un doublement. En dépit du ralentissement de la croissance au milieu des années 1970 et des crises économiques à répétition, l’économie française a continué à créer des emplois, souvent qualifiés. Mais ce phénomène est à l’arrêt depuis 2012 du fait de la stagnation de l’emploi des cadres supérieurs, notamment dans le secteur public.

Le cœur de ces couches moyennes est constitué des professions intermédiaires, anciennement « cadres moyens » : un salariat qui se situe entre ceux qui décident (les cadres supérieurs) et ceux qui exécutent (ouvriers et employés), avec une marge d’autonomie dans le travail. Leur part est passée de 40 % à 43 % en trente ans, selon notre définition. Depuis 2012, leur proportion a même dépassé celle des catégories populaires. La part des catégories populaires – dont l’essentiel est formé des employés et des ouvriers – a décliné assez nettement, de 49 à 41 %. Ce phénomène résulte du déclin de l’emploi industriel et, dans les années récentes, de celui des employés, fortement touchés par la progression du chômage depuis 2008.

Ni hégémoniques, ni en voie de disparition

Les classes moyennes ne sont donc ni hégémoniques, ni en voie de disparition. Cet ensemble progresse modestement au fil de l’élévation globale de la qualification des emplois. Une expansion quantitative qui peut être marquée par une fragilité interne du groupe : qu’il s’agisse des données sur l’école, l’emploi ou les revenus, les classes moyennes ne sont pas  « étranglées », mais paient aussi les conséquences de la crise. Mieux loties que les catégories populaires, elles sont cependant moins bien servies que le haut de la hiérarchie sociale. Depuis 2008, le niveau de vie médian stagne.

Cette évolution est-elle destinée à durer ? Pas forcément. La baisse de l’emploi qualifié employé et ouvrier d’un côté et de cadres supérieurs de l’autre, si elle se confirment, peut venir grignoter l’ensemble moyen. L’avènement d’une société plus inégalitaire, avec une partie très favorisée et un grand nombre d’emplois de service mal rémunérés irait dans ce sens, même si l’on demeure loin d’une telle polarisation.

Notre méthode

Pour calculer la répartition en catégories « populaires », « moyennes » et « aisées », nous avons appliqué de la même façon à chaque catégorie socioprofessionnelle des coefficients de répartition (voir notre tableau ci-dessous). Nous avons considéré que les classes moyennes englobaient l'ensemble des professions intermédiaires, la moitié des artisans, commerçants et chefs d'entreprise, ainsi qu'un cinquième des cadres supérieurs, des ouvriers et des employés. Les classes populaires regroupent pour nous 80 % des employés et ouvriers et 30 % des indépendants (agriculteurs, artisans, commerçants et chefs d'entreprise). Les classes aisées rassemblent le reste : 80 % des cadres supérieurs et 20 % des indépendants. Ce découpage arbitraire est discutable. Une partie des professions intermédiaires (notamment chez les jeunes ou les personnes en emploi précaire) est sans doute plus proche des catégories populaires que des classes moyennes, dont il faudrait les extraire. Mais on pourrait inclure une part plus importante d'ouvriers et d'employés au sein des classes moyennes. Pour aller plus loin, il faudrait notamment utiliser le critère du statut d'emploi (privé ou public), devenu très discriminant avec le chômage de masse.

Notes:

  1. Pour une rare approche par les revenus, voir  « Les classes moyennes sous pression », Régis Bigot, Cahier de recherche n°249, Crédoc, décembre 2008.
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