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Le sentiment de déclassement s’accroît

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Le sentiment de déclassement augmente. Entre 2004 1 et 2011, la part de personnes qui estiment que la situation de leurs parents était meilleure que la leur a augmenté de 34 % à 46 % selon le baromètre d’opinion du ministère des Affaires sociales 2. Elle est restée stable entre 2011 et 2013 et a légèrement diminué depuis. Inversement, la part de ceux qui pensent que la situation de leurs parents était moins bonne a chuté de 41 % à 29 % au cours de la période 2004-2011.

Pour expliquer une telle évolution, il faut se méfier des simplifications. Toute la population de 18 ans et plus est interrogée : on rassemble des générations  différentes, qui se comparent avec des générations de parents elles-mêmes très différentes… Les plus anciens des parents ont bénéficié des Trente Glorieuses alors que les parents des enfants les plus jeunes interrogés ont autour de 45-50 ans et sont entrés sur le marché du travail alors que le chômage était déjà à un niveau élevé.

Globalement, plus on s’élève en âge, mieux on s’estime loti par rapport à ses parents. Pour les classes d’âge récentes, l’effet du décalage entre le niveau de diplôme et l’insertion professionnelle réelle joue : le « sentiment » de déclassement est fondé sur un expérience concrète lié à l’ampleur du chômage. « La situation sur le marché du travail apparaît comme la composante socio-démographique la plus discriminante », écrit le ministère. L’âge joue aussi : plus de la moitié des jeunes actifs estiment que la situation de leurs parents au même âge était meilleure, contre 36 % des plus de 60 ans. Parce que la situation s’est détériorée pour les plus jeunes générations, mais aussi du fait d’un effet propre à l’âge : on vit mieux à 60 ans qu’à 20 ans, on indique plus facilement que sa situation s’est améliorée par rapport à ses parents.

Reste à évaluer les effets liés aux variations subjectives de la sensibilité à la situation sociale. Evaluer la situation de ses parents au même âge est très complexe, notamment pour les plus jeunes. La notion même de « situation » est difficile à déterminer : s’agit-il d’emploi, de niveau de vie, de vie familiale, etc. L’amplification du débat public sur la situation sociale peut jouer, comme c’est le cas pour l’insécurité, les violences, les conditions de travail, etc. Indiquer que c’était mieux avant avant peut aussi être compris comme une position critique par rapport à certaines des évolutions sociales que l’on juge négatives, même si sa propre situation est meilleure en réalité que celle se ses parents.

Notes:

  1. Les années antérieures ne sont pas disponibles.
  2. “C’était mieux avant…, l’opinion des Français sur leur situation par rapport à celle de leurs parents”, Etudes et résultats n°969, min. des Affaires sociales, juillet 2016.