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Mobilité sociale : l’ascenseur au ralenti

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mobsocflui Le processus de mobilité sociale n’est pas bloqué, même s’il fonctionne moins bien que durant les années 1960, période de très forte croissance économique. Selon l’Insee, en 2003, 65 % des hommes de 40 à 59 ans n’appartenaient pas à la même catégorie sociale que celle de leur père. En 1977, le chiffre était de 57 %.

Cette hausse ne signifie pas nécessairement “ascension sociale”. Une fille d’ouvrier devenue caissière sera comptée comme mobile mais sa position dans la hiérarchie change peu. Le phénomène est dû principalement aux transformations de l’emploi (mobilité dite “structurelle”) : l’économie française continue à créer davantage de postes d’employés et de professions intermédiaires, alors que le nombre d’agriculteurs, d’indépendants (artisans et commerçants) et surtout d’ouvriers décline (lire notre article sur la transformation de la structure sociale).

Les statisticiens calculent la part de la mobilité sociale non liée à ces évolutions, qu’ils appellent mobilité “nette” ou “fluidité sociale”, sorte d’indicateur de mesure de l’égalité des chances d’accéder aux différentes positions sociales, quelles que soient les modifications de l’emploi par ailleurs. Pour cela, ils retirent de la mobilité totale celle qui résulte des transformations de l’emploi. Cet indicateur (appelé aussi “fluidité” sociale) a augmenté de 37 à 43 % entre 1977 et 1993 puis a diminué pour revenir à 40 %.

Plusieurs raisons expliquent le sentiment que “l’ascenseur social est bloqué”. On monte toujours, mais on descend aussi plus souvent. Le sociologue Camille Peugny 1 a calculé que les 35-39 ans nés entre 1944 et 1948 avaient connu 2,2 fois plus souvent une montée dans l’échelle sociale qu’une descente. Pour les personnes nées entre 1964 et 1968, le chiffre est passé à 1,4. Ensuite, pour mesurer la mobilité sociale, on prend en considération des individus déjà bien installés dans l’emploi, souvent autour de la quarantaine. Les quadragénaires de 2003 sont nés au début des années 1960. On sait très peu de choses pour les générations suivantes, nées dans les années 1970 et 1980. Or depuis 2003, la situation de l’emploi s’est dégradée. La dernière enquête de l’Insee a eu lieu en 2015 et ne devrait pas apporter de résultats avant… 2018. Un autre travail du même sociologue (voir graphique) 2, réalisé à partir des personnes ayant quitté la formation initiale depuis 5 à 8 ans indique que depuis 2003 l’immobilité sociale stagne, voire tend à augmenter légèrement : un tiers des personnes appartiennent toujours à la même catégorie sociale que leur père.

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Notes:

  1. “Le déclassement”, Camille Peugny, Grasset, 2009.
  2. « Le destin au berceau », Camille Peugny, éd. République des idées – Seuil, 2013
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