Chômage : les départements les plus touchés par la crise

Les Pyrénées-Orientales (15,7 %), l'Hérault (15,2 %) et l'Aude (14,8 %) sont les départements de métropole1 où le taux de chômage est le plus élevé, selon les données de l’Insee du 2e trimestre 2013. Un niveau très supérieur à la moyenne de la métropole, 10,5 %. D’une manière générale, le Sud et le Nord du pays sont les plus marqués : neuf des dix départements les plus sinistrés s'y trouvent. Seule la Seine-Saint-Denis (13,2 %) s’intercale.

Parmi les départements les plus  favorisés, on trouve d'abord des départements peu dynamiques comme le Cantal (7,3 %) ou la Lozère (6,7 %), où le niveau du chômage est bas parce qu’une partie des actifs sont allés chercher meilleure fortune ailleurs : l’Hérault (et notamment Montpellier) pour la Lozère par exemple. Le dynamisme économique draine les demandeurs d'emploi. Mais aussi des départements plus prospères comme les Yvelines (7,5 % de chômeurs) qui n'attirent pas autant la main d'œuvre. Au passage, tous les départements de la région Bretagne figurent dans le tiers le plus favorisé, là où le niveau du chômage est le plus faible.

Quelle dynamique ?

Le jugement que l'on peut porter sur l'évolution du taux de chômage dépend de l’indicateur que l’on utilise. Si l’on observe la progression absolue du taux, en points de pourcentage, les départements qui étaient déjà dans la position la plus défavorable voient leur situation empirer. Comme le montre le graphique ci-desous, les points qui représentent chacun un département sont assez bien rangés dans un ordre croissant : plus le niveau de chômage était élevé en 2008, plus la progression en points a été forte.

Dans un certain nombre de territoires, le chômage s’accroît de cinq points, de 10 à 15 % des actifs, c’est le cas dans les Pyrénées-Orientales (avec même +5,7 points), l’Aisne, l’Aude ou l’Hérault. L’Ariège et l’Aube passent de 8 à 13 %. Dans ces départements, la proportion d’actifs au chômage a le plus augmenté, pour atteindre des sommets. C’est dans ces régions que son emprise s’est le plus étendue dans la population, que la crise a le plus de répercussions sociales du fait de son étendue. Une moyenne départementale de 15 % signifie des taux très supérieurs dans les quartiers des grandes villes et pour les populations jeunes les moins qualifiées. A l’aune de cet indicateur, la région Bretagne avec des départements où le chômage augmente de trois points est très loin d’être la plus touchée.

 

 

Mais on peut aussi observer la progression relative du chômage. On mesure alors la force de la dynamique à l’œuvre, même si elle touche une fraction moindre des actifs. Notre graphique (voir ci-dessous) montre bien une pente descendante : moins le niveau de chômage de 2008 était élevé, plus la hausse en % a été forte. La Corrèze, la Vendée et l’Aveyron sont des départements qui étaient relativement épargnés par le chômage en 2008 (autour de 5 % de chômeurs), mais où celui-ci a progressé, en pourcentage, de façon considérable, entre 70 et 80 %. La Vendée par exemple passe de 5,3 à 9,1 % de chômeurs, une hausse de 72 %. Avec 7,5 % de chômeurs, la Mayenne est le 3e département le moins touché par le chômage, mais le taux a augmenté de 70,5 %.  Ces départements sont dans une position plus favorable que la moyenne de la métropole, mais la dégradation de l'emploi est nette.

Parmi les départements les moins touchés par la hausse en pourcentage du taux de chômage, on trouve Paris (même si la progression atteint +27 %) ainsi que plusieurs territoires déjà très installés dans la crise, avec un fort taux de chômage (Bouches-du-Rhône, Pas-de-Calais, Nord, Ardennes notamment).

 

La crise de l’emploi est installée partout. Une partie de la France connaît un niveau de chômage très élevé, en dépit même, parfois, d'un certain dynamisme économique. Mais elle n'épargne plus les territoires qui étaient relativement préservés jusqu'à présent. Il n'existe pas de lecture simple des relations entre territoire et emploi : d'abord industrielle, la crise touche désormais les services. Seul l'emploi non-marchand se maintient encore. Tous ces éléments sont les signes d'une crise structurelle de l'emploi qui, même si la croissance repartait, demanderait plusieurs années avant d'être résorbée.

Pour aller plus loin :

- téléchargez les données 2008-2013 pour tous les départements.

- voir notre article sur l'évolution du chômage par bassins d'emploi.

  • 1. La situation des Dom est bien plus dégradée. voir notre article.
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