Chômage : quels territoires subissent la crise ?

Où l’impact de la crise est-il le plus fort en matière de chômage ? Pour le savoir, il faut observer des « zones d’emploi », les données territoriales les plus fines pour lesquelles l'Insee publie les taux de chômage, découpage peu connu en 320 ensembles où les actifs vivent et travaillent pour la plupart. Nul n’est épargné, mais la France du Nord, de l’Est et du Sud paient le plus lourd tribut. Pour bien comprendre ce qui se joue actuellement, on peut découper la question en plusieurs questions.

Première question : où le taux de chômage est-il le plus élevé ?

Si l’on mesure la proportion de chômeurs dans la population active, deux "France" se distinguent : celle du Nord (Calais, Lens, Valenciennes, etc.) et celle du Sud (Alès, Sète, Béziers, etc.) avec des taux supérieurs à 15 % en 2013. A l’opposé, on trouve des riches territoires de l’Ouest parisien (Rambouillet, Plaisir, Saclay, par exemple), certaines villes de l’Ouest (Les Herbiers, Vitré, Ancenis) où le taux de chômage est inférieur ou égal à 6 %. La taille des zones d’emploi masque des écarts énormes : alors que 16 zones ont moins de 30 000 habitants, sept en rassemblent plus d’un million. Il faut se contenter pour Paris d’un immense territoire de près de six millions d’habitants, l’équivalent de la population du Danemark tout entier1. Cette zone d'emploi regroupe à la fois les arrondissements parisiens privilégiés et des communes en grande difficulté de banlieue, notamment en Seine-Saint-Denis. Les moyennes occultent l’ampleur de la crise que subissent ces villes.

Un taux de chômage élevé ne signifie pas qu'un territoire est nécessairement sinistré. Les zones les plus dynamiques ont un effet d’attraction sur la main d’oeuvre. La zone d’emploi de Montpellier (plus de 650 000 habitants), draine bien au-delà. Le taux de chômage y est parmi les plus élevés de France, en partie parce que l’on y crée beaucoup d’emplois : la machine n’arrive pas à répondre à la demande. Entre 1998 et 2011, l’emploi y a crû de plus de 30 %. A quelques encablures, le taux de chômage n’atteint que 6 % dans la zone d’emploi de la Lozère. Non du fait de l’exceptionnelle dynamique du département, mais parce qu’une grande partie des jeunes de Mende sont partis chercher meilleure fortune dans la capitale du Languedoc-Roussillon. On retrouve le même phénomène à des échelles diverses autour de tous les grands pôles urbains.

Deuxième question : où le nombre de chômeurs est-il le plus élevé ?

Un taux mesure l’impact d’un phénomène dans un territoire en proportion de la population concernée, mais il masque l’effet de la taille de chacun de ces territoires. Le taux de chômage à Paris se situe à 8,7 %, un peu au-dessous de la moyenne, mais on y compte plus de 530 000 demandeurs d’emploi en septembre 20142. A Béziers, la proportion de chômeurs est de 15 %, ce qui représente moins de 19 000 personnes. Les deux tiers des demandeurs d’emplois sont concentrés dans un quart des principales zones d’emploi et la moitié dans 14 % des plus grandes, les plus petites de celles-ci rassemblant des populations supérieures à 300 000 habitants. Logique : la masse des chômeurs se situe dans les grandes agglomérations, non dans leur périphérie lointaine.

Troisième question : où le chômage augmente-t-il le plus ?  

Suivant la méthode que l’on utilise, on obtient des résultats opposés. Entre l’année 2008 et l’année 2013, la progression relative (en %) du taux de chômage est plus forte dans les territoires le plus épargnés par le chômage cinq années auparavant, et plus faible là où il était élevé, comme on peut le voir sur le nuage de points de notre graphique (chaque point représentant une zone d’emploi). La zone d’emploi de Morteau dans le Doubs est ainsi passée de 3,5 % à 6,8 %. Elle reste bien loin du niveau des territoires les plus sinistrés, mais le taux de chômage y a été multiplié par deux (+100 %). A Calais, où le chômage était déjà supérieur à 13 % avant 2008, celui-ci n’a augmenté « que » de 27 %, l’amenant à 16,7 %. On assiste à une convergence des rapports de taux de chômage entre zones d'emploi. En proportion l'impact de la crise est plus fort sur les taux là où ils étaient faibles.

Dans les territoires où le chômage était très faible, il suffit d’une petite augmentation en points pour faire une forte hausse relative : un taux de chômage qui passerait de 1 à 2 % augmente de 100 %, alors que celui qui passe de 10 à 11 % n’augmente que de 10 %. Si l'on raisonne de façon absolue, la variation en points de pourcentages, le résultat s'inverse : la hausse est croissante avec le niveau du taux en 2008, comme l’indique notre second nuage de points. Les zones d'emploi de Tergnier, Perpignan ou Agde-Pézenas présentaient les plus hauts niveaux de chômage en 2008, autour de 10 %, et connaissent une hausse comprise entre 4 et 5 points, ce qui les place désormais autour d'une moyenne de 15 %. Au total, l’écart absolu entre taux de chômage augmente.

Ces données font apparaître deux phénomènes. Hormis quelques quartiers invisibles des données de l’Insee, il n'existe pas de zones abritées de la crise. Même si leurs niveaux demeurent faibles, en proportion, les zones les plus florissantes connaissent la plus forte dégradation relative. Pour observer des territoires réellement protégés, il faudrait observer de façon encore plus fine dans l’hyper centre favorisé des grandes métropoles. On verrait pour le coup aussi apparaître plus précisément les difficultés qui se concentrent dans leurs banlieues où le chômage progresse de façon considérable.

En même temps, une partie des territoires déjà en difficulté enregistre les plus fortes hausses en valeur absolue et désormais des niveaux record de taux de chômage. Dans certains quartiers où la situation est encore plus dégradée (mais masquée par les moyennes) une grande partie de la population, notamment les jeunes peu qualifiés, n'accède plus à l'emploi ou sous des formes très précaires. Selon l’Onzus, le taux de chômage est passé de 30,5 % à 36,5 % dans les Zones urbaines sensibles entre 2006 et 2011 et de 11,9 % à 12,7 % dans le reste des villes qui disposent d’une Zus.

Aucune logique territoriale simple ne permet d’expliquer les évolutions du chômage. Si l'on prend du recul et que l’on observe l’évolution de l’emploi sur la période 1998-2011, on mesure les effets de la crise qui touche l’industrie de l’Est et du Centre de la France, alors que le Sud et l'Ouest sont globalement plus dynamiques. De Saint-Claude (Jura) à Thiers (Puy-de-Dome) en passant par Saint-Amand-Montrond (Cher) certains territoires ont perdu en moyenne entre 10 et 20 % de leurs emplois. De grandes agglomérations comme Reims ou Belfort-Montbéliard sont particulièrement touchées. D’autres villes, comme Strasbourg, Limoges ou Saint-Etienne connaissent une stagnation de l’emploi. Si l’on écarte la Corse et les départements d’Outre-mer, les zones les plus dynamiques se situent dans le Sud ou le Sud-Ouest, autour d’Aix-en-Provence, de Montpellier, Narbonne ou Toulouse avec une progression de l’emploi supérieur à 30 %. Cela ne signifie pas pour autant que tout aille pour le mieux dans ces territoires. D’une part, parce qu’on y vient plus souvent chercher du travail. D’autre part en leur sein, de la Paillade de Montpellier au Mirail à Toulouse, certains quartiers situés aux abords du périphérique sont souvent des lieux où l’insertion des jeunes est la plus difficile. A l’intérieur des métropoles, les inégalités sont considérables.

  • 1. Cette situation est l’une des raisons qui explique l’incapacité à comprendre la crise et son impact en France. Pour aller plus loin, les bureaux d’études spécialisés calculent des indices spécifiques.
  • 2. Données des catégories A, B et C.
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