Chômage : qui est touché par la crise ?

Entre mai 2008 et décembre 2012, le nombre de demandeurs d’emploi 1 est passé de 3 à 4,6 millions, soit + 50 %. La hausse a été particulièrement vive entre mi-2008 et mi-2009 : en une seule année, on a compté 700 000 chômeurs de plus. L’évolution est similaire à ce que la France avait enregistré au début des années 1990.

Le chômage s’installe, et logiquement, la durée du chômage s’allonge. Le nombre de demandeurs d’emplois inscrits depuis plus d’un an est passé de 1 à 1,8 million entre mai 2008 et décembre 2012, une progression de plus de 80 %. Désormais, les chômeurs de longue durée représentent 40 % du total des chômeurs. Un grand nombre de demandeurs voient leurs indemnités se réduire au fil du temps.

La baisse de l'activité touche davantage les hommes, dont le nombre, comme le taux, équivaut désormais à celui des femmes. Entre début 2008 et fin 2012, le nombre a progressé de 60 % chez les hommes contre 40 % chez les femmes. Mais l'évolution s'est faite en deux temps. Dans une première période, la crise a surtout frappé l'industrie dont l'emploi est plus souvent masculin : d'où une très forte hausse du chômage des hommes. Mais depuis 2011, les services sont davantage touchés et les femmes se "rattrapent"...

 

Avec un taux qui approche les 25 % pour les moins de 25 ans, le chômage des jeunes atteint un record. Entre début 2008 et fin 2012, leur taux 2 a grimpé de 7 points, passant de 17 à 24 %. Pour autant, il ne faut pas minimiser la dégradation pour les plus âgés. Même si leur taux de chômage n’est « que » de 7 %, les plus de 50 ans ont en général beaucoup plus de mal à retrouver du travail, et du coup une durée moyenne du chômage plus élevée. Or le nombre  de chômeurs de plus de 50 ans a quasiment doublé entre mi-2008 et fin 2012, de 500 000 à un million de personnes. En proportion, c’est deux fois plus que chez les moins de 25 ans. Les 25-49 ans sont eux aussi moins touchés que les jeunes avec un taux de chômage de 9 %, mais ils représentent les deux tiers des chômeurs.

Si l’on considère les moins de 30 ans, les trois quarts de la hausse du chômage entre mi-2008 et fin 2012 concerne des jeunes qui ont au mieux le bac, et la moitié au mieux le BEP. Si l’on observe l’ensemble des actifs sur la période 2008-2011 3 le constat est similaire : 80 % de la hausse concerne des personnes qui ont au mieux le bac et 60 % au mieux le BEP.

Le taux de chômage des non-diplômés est ainsi passé de 12,6 à 16,1 au cours de cette période. Là aussi, il faut observer les nuances : en %, le chômage des diplômés croît beaucoup plus vite. Le nombre de moins de 30 ans détenteurs d’un diplôme supérieur à bac+2 a doublé entre 2008 et 2012, contre une progression de 42 % pour les non-qualifiés. Parmi l’ensemble des actifs, la hausse est de +37 % pour les titulaires d’un diplôme supérieur à bac+2 entre 2008 et 2011, contre +27 % pour les sans diplômes.

Massivement, les plus touchés restent les jeunes et les peu qualifiés. 70 % des personnes qui ont grossi les rangs des chômeurs entre 2008 et 2011 sont des employés ou des ouvriers. Cet effet est dû à l’impact de la crise sur l’emploi, mais aussi au rôle donné au diplôme dans notre pays. Cela n’empêche pas que, de la même façon qu'il touche des territoires qui semblaient à l’abri (lire notre article), le chômage frappe aussi les catégories de populations qui disposent des meilleurs atouts pour s’en protéger. Les conséquences sont souvent moins dramatiques pour eux – sauf peut-être pour les plus âgés – mais cette situation traduit les conséquences d'une crise profonde et durable.

  • 1. Données Pôle emploi, catégories A,B, C
  • 2. Les taux sont calculés sur la base de définition du chômage du BIT qui diffère de celle de Pôle emploi
  • 3. Dans ce cas la source est différente, il s’agit de l’enquête emploi de l’Insee
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