Classes aisées, moyennes et populaires : combien sont-elles ?

L'évolution et l'ampleur des classes moyennes constitue un classique du débat public, le plus souvent à partir d'aucune donnée concrète. Il faut dire que la tâche n'est pas facile. Pour cela, il faut se plonger dans les catégories socioprofessionnelles (dites encore "CSP") de l'Insee, ce qui n'est pas simple. Et les répartir ensuite en classes "aisées", "moyennes" et populaires" (voir "notre méthode").

En dépit du ralentissement de la croissance au milieu des années 1970 et des crises économiques à répétition, l’économie française a continué à créer des emplois, souvent qualifiés. Le poids des classes aisées - principalement des cadres supérieurs - a clairement progressé, de 9 % à 15 %, entre 1982 et 2012.

Les couches moyennes occupent une place en légère croissance : leur part est passée de 40 % à 41 % en trente années. On est bien loin de la "moyennisation" de la société souvent annoncée. Le coeur de cet ensemble est constitué des professions intermédiaires, anciennement "cadres moyens" : un salariat qui se situe entre ceux qui décident (les cadres supérieurs) et ceux qui exécutent (ouvriers et employés), avec une certaine marge d'autonomie dans le travail.

La part des catégories populaires, dont l'essentiel est formé des employés et des ouvriers, a décliné assez nettement, de 51 à 43 %.  Sans s'effondrer pour autant, notamment du fait du développement d'emplois de service peu qualifiés, souvent occupés par des femmes (distribution, aide à la personne, etc.).

Au total, les classes moyennes ne sont donc ni hégémoniques (comme on le disait hier), ni en voie de disparition (comme on l'indique aujourd'hui). L'ensemble, dont la surface représente environ 40 % de la population active, progresse modestement au fil de l'élévation globale de la qualification des emplois. Cette expansion quantitative peut être marquée par une fragilisation interne du groupe : qu'il s'agisse des données sur l'école, l'emploi ou les revenus, les classes moyennes ne sont pas "étranglées", mais paient aussi les conséquences de la crise. Mieux loties que les catégories populaires, elles sont moins bien servies que le haut de la hiérarchie sociale.

Notre méthode :

Réduire les classes moyennes aux professions intermédiaires - les anciens "cadres moyens" - est réducteur. Une proportion de chacune des CSP peut être considérée comme appartenant aux classes moyennes : une part des cadres "supérieurs" qui n'en ont que le nom, une part des indépendants, et une part des employés et ouvriers les plus qualifiés. Nous avons considéré que les classes moyennes englobaient l'ensemble des professions intermédiaires, la moitié des artisans, commerçants et chefs d'entreprise, ainsi qu'un cinquième des cadres supérieurs, des ouvriers et des employés. Les classes populaires regroupent dans notre définition 80 % des employés et ouvriers et 30 % des indépendants (agriculteurs, artisans, commerçants et chefs d'entreprise). Les classes aisées rassemblent le reste : 80 % des cadres supérieurs et 20 % des indépendants.

Ces proportions sont arbitraires : aucune étude sociologique précise récente n'a été réalisée à ce sujet. En soi, c'est une information qui témoigne du faible intérêt de la sociologie française quand à l'étude de la structure sociale contemporaine. Ce découpage est-il bon ? D'un côté, une partie des professions intermédiaires (jeunes, précaires) est sans doute plus proche des catégories populaires que de la moyenne : il faudrait les extraire du total. De l'autre, on pourrait inclure une part plus grande d'ouvriers et d'employés, peut-être de non-salariés au sein des classes moyennes. Pour aller plus loin, il faudrait notamment utiliser le critère du statut d'emploi (privé ou public), devenu très discriminant.

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