Classes aisées, moyennes et populaires : combien sont-elles ?

Le sort des "classes moyennes" constitue un grand classique du débat public, le plus souvent sans aucune donnée concrète concernant leur part dans la population 1. La tâche n'est pas facile, car cela implique de se plonger dans les catégories socioprofessionnelles (dites encore "CSP") de l'Insee et les répartir ensuite en classes "aisées", "moyennes" et populaires".

En dépit du ralentissement de la croissance au milieu des années 1970 et des crises économiques à répétition, l’économie française a continué à créer des emplois, souvent qualifiés. Selon nos calculs (voir "notre méthode") Le poids des classes aisées - principalement des cadres supérieurs - a clairement progressé, de 9 % à 15 %, entre 1982 et 2014. Mais ce phénomène est à l'arrêt depuis 2012 du fait de la baisse du nombre de cadres supérieurs.

La part des classes moyennes est passée de 40 % à 43 % en trente ans. Depuis 2012 leur proportion a même dépassé celle des catégories populaires. Le coeur des couches moyennes est constitué des professions intermédiaires, anciennement "cadres moyens" : un salariat qui se situe entre ceux qui décident (les cadres supérieurs) et ceux qui exécutent (ouvriers et employés), avec une marge d'autonomie dans le travail.

La part des catégories populaires, dont l'essentiel est formé des employés et des ouvriers, a décliné assez nettement, de 49 à 41,6 %. Ce phénomène résulte du déclin de l'emploi industriel et, dans les années récentes, de celui des employés, fortement touchés par la progression du chômage depuis 2008.

Ni hégémoniques, ni en voie de disparition

Les classes moyennes ne sont donc ni "hégémoniques" (comme on le disait hier), ni "en voie de disparition" (comme on l'indique aujourd'hui). Cet ensemble progresse modestement au fil de l'élévation globale de la qualification des emplois. Une expansion quantitative qui peut être marquée par une fragilité interne du groupe : qu'il s'agisse des données sur l'école, l'emploi ou les revenus, les classes moyennes ne sont pas "étranglées", mais paient aussi les conséquences de la crise. Mieux loties que les catégories populaires, elles sont cependant moins bien servies que le haut de la hiérarchie sociale.

Notre méthode

Pour calculer la répartition en catégories "populaires", "moyennes" et "aisées", nous avons appliqué de façon arbitraire à chaque catégorie socioprofessionnelle des coefficients de répartition (voir notre tableau ci-dessous). Nous avons considéré que les classes moyennes englobaient l'ensemble des professions intermédiaires, la moitié des artisans, commerçants et chefs d'entreprise, ainsi qu'un cinquième des cadres supérieurs, des ouvriers et des employés. Les classes populaires regroupent 80 % des employés et ouvriers et 30 % des indépendants (agriculteurs, artisans, commerçants et chefs d'entreprise). Les classes aisées rassemblent le reste : 80 % des cadres supérieurs et 20 % des indépendants.

Ce découpage est bien entendu discutable. Une partie des professions intermédiaires (jeunes, précaires) est sans doute plus proche des catégories populaires que des classes moyennes, dont il faudrait les extraire. Mais on pourrait inclure une part supérieure d'ouvriers et d'employés au sein des classes moyennes. Pour aller plus loin, il faudrait notamment utiliser le critère du statut d'emploi (privé ou public), devenu très discriminant avec le chômage de masse.

  • 1. Pour une rare approche par les revenus, voir "Les classes moyennes sous pression", Régis Bigot, Cahier de recherche n°249, Crédoc, décembre 2008.
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