Combien de personnes âgées dépendantes demain ?

En 2040, on devrait compter entre 1,7 et 2,2 millions de personnes âgées dépendantes 1, selon les hypothèses du ministère de la santé. Prévoir l'évolution du nombre de personnes dépendantes est un exercice essentiel pour anticiper l’effort que la collectivité devra faire en direction des personnes âgées. Les conditions d’accueil des personnes âgées sont déjà très inégales selon les départements : si la demande augmente demain, le risque est important que l’on ne puisse plus y répondre.

Le premier  facteur à prendre en compte est l’évolution du nombre total de personnes âgées, auquel on applique ensuite des proportions de personnes dépendantes. Une partie de l'équation est connue : les personnes qui auront plus de 60 ans en 2040 sont nées avant 1980. Avant 2010, on trouvait parmi la population la plus âgée les générations moins nombreuses nées lors de la Première Guerre mondiale, qui sont actuellement remplacées par des générations plus nombreuses, nées dans les années 1920. Par la suite – entre 2015 et 2026, l'augmentation du nombre de personnes très âgées va ralentir du fait de l'arrivée de classes creuses nées dans les années 1930. Comme l'indique le rapport de la commission sur les "Perspectives démographiques et financières de la dépendance" 2, c'est surtout entre le milieu des années 2020 et 2050 que se produira la principale augmentation : la génération du baby-boom, née à partir du milieu des  années 1940, arrive à son tour à l'âge de la dépendance.

D'autres paramètres, moins facilement mesurables, doivent être pris en compte. Il faut estimer l'évolution de l'espérance de vie, et en particulier de l'écart entre l'espérance de vie totale et l'espérance de vie en bonne santé. Si celui-ci reste constant, l'allongement de la durée de vie seul n'a pas d'impact : on vit plus longtemps, sans être dépendant. C'est ce qui s'est passé dans les années 2000.

Il faut intégrer l'impact de l'évolution de certaines pathologies : "Peu d'enquêtes recensent en France de manière systématique les pathologies responsables des situations de dépendance", indique le groupe de travail sur les perspectives démographiques et financières de la dépendance. En particulier « La maladie d’Alzheimer représenterait l’une des principales causes de dépendance, et son évolution comme ses conséquences en matière d’incapacité sont très mal connues », note le ministère de la santé. Du point de vue de la santé, l'amélioration des conditions de vie, du niveau d'éducation ou la baisse du tabagisme jouent dans un sens favorable, mais le développement de l'obésité, de l'arthrose ou du  diabète jouent en sens inverse.

A partir de différentes hypothèses sur l'évolution du nombre de personnes âgées, de l'espérance de vie et des taux de dépendance, le ministère de la santé a élaboré trois scénarios principaux, selon lesquels d'ici 2040 la population dépendante serait comprise entre 1,7 et 2,2 millions de personnes, soit une augmentation de 500 000 à un million, de +47 % à +89 %. Si l'on rapporte la population dépendante à la population totale, le ratio devrait passer de 1,8 % en 2010 à 2,4 % en 2040 dans l'hypothèse basse et 3,1 % dans l'hypothèse haute, ce qui représente une hausse comprise entre 33 % et 72 %.

Qui prendra en charge les aînés ?

Des scénarios plus favorables sont possible, notamment si des progrès sont réalisés dans le traitement de la maladie d'Alzheimer. Quoi qu'il advienne, il faudra apporter des réponses. La situation est déjà problématique : dans certains territoires, les personnes âgées peu fortunées dépendantes sont accueillies dans de mauvaises conditions (chambres communes, établissements vétustes, faible taux d'encadrement, etc.).

La France a les moyens de se préparer à la montée en puissance de la dépendance. Selon les dernières estimations de l'Insee, la dépense pour l'allocation personnalisée d'autonomie passerait de 7 à 20,6 milliards d'euros d'ici 2040, soit de 0,4 à 0,62 % de la richesse nationale. Consacrer 0,12 point de plus de notre richesse annuelle dans ce domaine est loin d’être inconcevable, mais ces prévisions n’intègrent pas une politique d’amélioration de la qualité d’accueil des personnes âgées dépendantes.

L'enjeu est de savoir comment sera réparti cet effort, et notamment s'il sera pris en charge collectivement par la fiscalité. Si ce n'est pas le cas, dans les milieux qui n'auront pas les moyens de financer une aide extérieure, ce sont les femmes (principales "aidantes") qui supporteront cette charge, alors que de moins en moins aspirent à cela après une carrière active. Par ailleurs, on peut se demander comment les dépenses seront-elles réparties entre les territoires, dont les niveaux de richesses diffèrent et qui ne connaîtront pas tous la même évolution démographique. D'ores et déjà, les niveaux de prise en charge sont très inégaux selon les communes ou les départements. Demain les écarts risquent d'augmenter davantage.

Pour en savoir plus :

- "Projection du nombre de bénéficiaires de l'APA en France à l'horizon 2040-2060", Document de travail de la Drees n°23, ministère de la santé, septembre 2011.

- Rapport de la commission sur les "Perspectives démographiques et financières de la dépendance", ministère des Solidarités, juin 2011.

- "Projections du coût de l'APA et des caractéristiques de ses bénéficiaires à l'horizon 2040", document de travail de l'Insee n°G2012/10, août 2012.

  • 1. Plus précisément, la prévision est faite sur les titulaires de l'allocation personnalisée d'autonomie, il faut ajouter environ 200 000 personnes pour obtenir le niveau total en 2010
  • 2. Rapport remis en juin 2011 au ministère des solidarités.
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