L'étendue de la précarité en France

25,8 millions d’actifs occupent un emploi en France (données Insee 2014). Parmi eux, 11,5 % (3 millions) sont des non-salariés. Ce groupe rassemble des travailleurs indépendants (1,8 million), des employeurs (1,1 million, notamment les commerçants, artisans, etc.) et des aides familiaux (109 000, souvent des femmes d'artisans ou de commerçants).

22,8 millions de personnes sont salariées, soit 88,5 % du total. Parmi les salariés, 86 % disposent d'un statut à durée indéterminé. Soit dans le privé (15,3 millions de personnes, 78 % des CDI) soit dans le public (4,4 millions, les fonctionnaires). 3,2 millions de personnes, soit 14 % des salariés et 12,5 % de l'ensemble des emplois, occupent un statut précaire, du stage au contrat à durée déterminée, en passant par l’intérim ou l'apprentissage 1. Hors apprentissage et stages, on compte 11 % de salariés précaires.

L'évolution du taux de précaritéL

Le taux de précarité a plus que doublé entre le milieu des années 1980 et la fin des années 1990, de 5 à 12 % 2. Depuis une quinzaine d'années maintenant, il s'est maintenu entre 11 et 12 %. D'une façon qui semble paradoxale, la récession récente a fait dans un premier temps diminuer la précarité en 2008 et 2009, car les salariés précaires ont été les premiers à perdre leur emploi. Une reprise aurait l'effet inverse, au moins provisoirement, les entreprises embauchant d'abord en contrat court.

Ces données demeurent minimisent le phénomène. Parmi les non-salariés les écarts sont énormes : entre l'artisan maçon et l'avocat d'affaires, la relation au travail n'a rien de semblable. Une partie des non-salariés devrait être inclue au sein des précaires, mais on ne dispose pas d'éléments de mesure pour cela. Par ailleurs, le statut de salarié ne protège pas totalement. Parmi les salariés en contrat à durée indéterminée, les moins qualifiés et les employés des PME savent que leur poste est soumis aux aléas de la conjoncture. A l'opposé, parmi les précaires, une partie – très minoritaire il est vrai – a choisi temporairement ce statut.

Le marché du travail n'est pas "précarisé" dans son ensemble. Le taux moyen de précarité masque des écarts énormes en fonction de l'âge du niveau de qualification. Chez les jeunes, ce taux est proche de 50 %. Ce phénomène n'est pas récent : la plus grande partie de la hausse du taux de précarité des jeunes a eu lieu entre le milieu des années 1980 et la fin des années 1990 : le taux passe de 17 % à 47 %. Un marché du travail à deux vitesses (lire notre article) s'est installé, avec un pôle de salariés de plus en plus stables, qui s'accrochent à leur emploi, et de salariés de plus en plus instables, souvent jeunes et peu qualifiés, allant de contrat en contrat.

 

 

 

  • 1. L'Insee comptabilise l'apprentissage parmi les statuts précaires, mais il s'agit d'une forme particulière puisqu'elle est associée à une formation
  • 2. Ce chiffre diffère légèrement de celui cité plus haut car il porte sur l'ensemble des emplois.
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