Le Compas et l'Observatoire des inégalités lancent ensemble le "Diagnostic local inégalités".
17/01/2012
L’évolution de l’insécurité
La mesure de l’évolution de l'insécurité dans la société est particulièrement délicate. Elle fait l’objet de vigoureux débats, au sein desquels les arrières pensées politiques sont souvent présentes. On dispose pour cela principalement de deux sources : d’une part les « crimes et délits » enregistrés par les services de police et de gendarmerie, de l’autre des enquêtes auprès de la population, dites de « victimation ».
Selon les services de police et de gendarmerie, les crimes et délits sont globalement restés stables jusqu’au milieu des années 1960, ont fortement progressé entre cette période et le début des années 1980, puis ont suivi des mouvements d’oscillation. La phase de baisse enregistrée depuis 2002 est comparable à celle des années 1980, un peu plus forte, mais moins rapide. En 2011, on a assisté à une très légère diminution (-0,34 %). Au total, depuis trente ans, le taux de crimes et délits varie autour de 60 pour 1 000 habitants.
Cette donnée globale, la plus commentée, n’a pas grande valeur explicative. Elle rassemble en effet des homicides, la falsification de documents d’identité et des vols à la tire… La forte progression des années 1970 au début des années 1980 est liée aux vols : la France entre alors dans la société de consommation. Mais aussi au développement de l’assurance : de plus en plus de vols sont déclarés car indemnisés… Les données dépendent de l'évolution de la loi : un même fait considéré comme contravention peut devenir un délit, faisant augmenter les chiffres artificiellement.
Si l’on observe les différentes sous-catégories (voir ci-dessous), on remarque d'abord la stabilisation des vols à partir des années 1980, puis une baisse assez marquée depuis le début des années 2000. Les infractions économiques et financières ont diminué dans les années 1980, notamment avec une sécurisation accrue des transactions. En revanche, le nombre de crimes et délits contre les personnes a nettement augmenté notamment à partir des années 1990, mais pour les actes les moins graves : les homicides diminuent, les coups et blessures progressent. L’ensemble « divers » comprend notamment les infractions à la législation sur les stupéfiants de plus en plus nombreuses.
Ces crimes et délits mesurés par la police et la gendarmerie ne donnent qu’une indication très sommaire de l’insécurité, pour plusieurs raisons. Ils ne mesurent pas des faits de moindre importance (insultes, brimades, etc.) qui peuvent miner le quotidien. Leur évolution dépend des changements de comportement des victimes : la sensibilité aux violences entre les personnes s’accroît. Ces chiffres sont aussi influencés par l’activité des services de police : de façon paradoxale, un nombre accru de contrôles tend… à faire monter les chiffres de la délinquance, au moins dans un premier temps.
Pour mieux mesurer le phénomène, les chercheurs utilisent des enquêtes auprès de la population, dites de « victimation ». Malheureusement, en ce domaine les travaux n’existent que depuis le milieu des années 1980 en France, sont moins réguliers et les questions ont été modifiées. Si l’on rassemble l’ensemble, on peut en faire la synthèse suivante :
- une baisse de l’exposition aux cambriolages entre le milieu des années 1990 et le milieu des années 2000, puis une stabilisation.
- une érosion de la tendance aux vols de voitures (et dans les voitures).
- une stabilisation des violences physiques caractérisées et des violences physiques simples.
- une augmentation des agressions … liée en partie à l’insertion explicite des violences verbales dans les questions.
Les autres pays riches rencontrent les mêmes évolutions. La tendance est globalement à la baisse des vols, notamment parce que les véhicules sont mieux protégés. Mais l’irruption de nouveaux produits (comme les smartphones récemment) peut de nouveau alimenter les convoitises. Les agressions physiques graves se réduisent (les homicides sont de moins en moins fréquents par exemple), mais les agressions de plus faible intensité augmentent ou sont jugées moins acceptables aujourd’hui qu’hier.
Pour en savoir plus :
- "De l’instantané au long métrage . L’enquête Cadre de Vie et Sécurité dans la série des données sur la victimation". Lisa Miceli, Sophie Névanen, Philippe Robert et Renée Zauberman, Economie et statitique, n°426, Insee, 2009.
- "L’évolution de la délinquance d’après enquêtes de victimation. France. 1984-2005", Philippe Robert et al. Déviance et société n°2008/4.
- Observatoire national de la délinquance, qui dépend du ministère de l'Intérieur.


