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Consommation des ménages : un régime plus équilibré ?

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Variation annuelle de la consommation

Avec une croissance de 1,7 % par habitant et après inflation en 2016, la consommation des ménages donne des signes de redémarrage. Il est trop tôt pour parler de reprise mais, entre 2007 et 2015, l’indicateur n’avait augmenté que de 3 % sur l’ensemble de la période. Depuis les années 1980, le rythme annuel de progression des dépenses des ménages s’est sensiblement ralenti, passant de 5 à 6 % de hausse par an à une moyenne de 1 à 2 %, voire moins durant les périodes de crise. Ce passage à un régime de croissance réduite ne signifie pas stagnation. Depuis le milieu des années 1970, le niveau de la consommation annuelle par habitant a doublé, de 12 à 24 000 euros l’an, une fois l’inflation déduite. La France de 2018 dépense deux fois plus que celle qui manifestait en 1968.

Comme pour le baby-boom d’un point de vue démographique, c’est moins la période de progression actuelle qui est hors du commun que l’ampleur de la croissance durant les Trente Glorieuses. A l’époque, l’« American way of life » débarque et les ménages s’équipent à tour de bras en automobiles, en électroménager et se logent de mieux en mieux.

Niveau conso

Rien n’est joué, mais il est peu probable que la reprise récente conduise à une nouvelle période de croissance forte qui durerait plusieurs décennies, comme dans les années 1950-1960. Cinquante années après la naissance du premier supermarché (Carrefour en banlieue parisienne), un cycle semble achevé. Cette évolution est cohérente avec la progression plus faible de la population. Elle aurait un effet plutôt positif sur l’environnement : une moindre consommation entraîne moins de pression sur les ressources non renouvelables et moins de pollution. En revanche, un tel régime demeure insuffisant pour réduire le chômage et améliorer le sort des plus défavorisés. Si l’on ne se résigne pas au mal-emploi, il reste à imaginer comment relancer une croissance compatible avec un développement durable et/ou à répartir autrement le travail.

Le poids du logement

La structure des dépenses s’est profondément transformée en un demi-siècle. La part du logement n’a cessé de croître depuis le début des années 1960 et représente désormais un quart du budget des ménages. Ce phénomène est lié en partie à l’amélioration des conditions de logement (on est mieux isolé, les surfaces sont plus grandes, la propriété individuelle se développe, etc.), à la hausse des prix de l’énergie, mais aussi à l’augmentation des loyers. En parallèle, on observe un déclin très marqué de l’alimentation dont la part a été divisée par deux de 26 à 13 % depuis les années 1960. Cette évolution est décrite depuis longtemps par la sociologie : plus le revenu s’accroît, plus la part des dépenses de base diminue. On ne mange pas dix fois par jour et, même si les prix de l’alimentation augmentent (plus de plats tout préparés, de congelés, etc.), le poste décline dans le budget total parce qu’il sature. Le phénomène est similaire pour les vêtements, dont la part a été divisée par trois (12 à moins de 4 %) en 55 ans. Il faut dans ce domaine y ajouter un effet prix important : la délocalisation de la production textile a fait chuter les étiquettes. L’évolution pour les meubles, de 9 à 5 %, est de même nature.

Parmi les postes en progression, on trouve la santé (les soins non remboursés, de 2 à 4 %) et la communication (de 0,5 à 2,6 %). Ces deux ensembles correspondent à des évolutions sociales fortes : l’attention portée au corps et la circulation de l’information de plus en plus rapide liée à la diffusion des nouvelles technologies. Du côté des transports, la progression a été nette dans les années 1960 et 1970, mais depuis c’est plutôt la stagnation si on rapporte le poste à l’ensemble des dépenses.

Du fait des évolutions divergentes des prix, les budgets ne retracent pas toujours fidèlement la place des différents biens et services dans nos modes de vie. Ainsi, le poste « loisirs-culture » ne progresse que de 6,5 à 8,5 %, alors que l’on consomme de plus en plus de biens culturels : cette évolution résulte de la très forte baisse des prix dans ce domaine.

A l’avenir, l’une des grandes inconnues porte sur le logement. Jusqu’où ira la progression de ce poste ? Une partie des difficultés des ménages les moins favorisés vient du sacrifice de plus en plus grand réalisé pour se loger, notamment pour les locataires. Ce phénomène n’est pas observable dans les statistiques sur les niveaux de vie et la pauvreté qui ne tiennent pas compte du coût du logement. La part du logement s’est stabilisée entre 2012 et 2016 autour de 26 %, il faudra observer avec attention son évolution dans les années qui viennent : elle sera décisive pour comprendre les modes de vie des ménages peu fortunés.

détail des postes de conso

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