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La consommation stagne, crise ou changement durable ?

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La consommation des ménages stagne depuis 2011. Est-ce un effet de la crise ou le signe d'un phénomène durable ? Depuis les années 1970, le rythme annuel de progression des dépenses des ménages évolue plus lentement. En dépit de cette tendance, le niveau global des dépenses en euros constants (après inflation) a continué à augmenter au cours des dernières décennies. Depuis les années 1960, la consommation par habitant a été multipliée par plus de quatre une fois l’inflation déduite : elle est passée de 6 400 à 22 700 euros (euros constants de 2010).

La tendance peut être liée à là faiblesse conjoncturelle de la croissance économique. Dans ce cas, elle repartirait dans les années à venir – même si c'est à un rythme modéré. Il est aussi possible qu'elle annonce un plafonnement durable : le mouvement amorcé dans les années 1970 se poursuivrait pour aboutir à une forme de stagnation. La baisse de la consommation par habitant en 2012 est historique, et la durée de la stagnation n'a jamais été aussi longue.

Rien n'est joué, mais si la seconde hypothèse était la bonne on entrerait dans une nouvelle ère de la consommation. Cinquante années après la naissance du premier supermarché (Carrefour en banlieue parisienne), un cycle serait achevé. Cette évolution serait cohérente avec la progression plus faible de la population. Elle aurait un effet positif sur l'environnement (on consomme moins donc on pollue moins), mais un effet désastreux sur l'emploi, le chômage et les inégalités. Seule une répartition différente de la richesse permettrait alors d'améliorer le sort des plus démunis.

La structure des dépenses continue à se transformer. La part consacrée au logement progresse fortement. Entre le début des années 1960 et 2011, elle n’a cessé de croître, passant de 11 % à près du quart des dépenses marchandes. Un phénomène lié en partie à l’amélioration des conditions de logement (on est mieux isolé, les surfaces sont plus grandes, etc.), à la hausse des prix de l’énergie, mais aussi à l’augmentation des prix des loyers, au grand bénéfice des bailleurs. En parallèle, on observe un déclin très marqué des dépenses alimentaires, dont le poids a été divisé par deux, de 26,8 à 13,5 %. Une loi que les sociologues connaissent bien : plus le revenu s’accroît, plus la part des dépenses de base diminue. En effet, on ne mange pas dix fois par jour et, même si les prix de l’alimentation augmentent (plus de plats tout préparés, de congelés, etc.), le poste décline dans le budget total. Le phénomène est similaire pour les vêtements, dont la part a été divisée par trois (12 à 4 %) en cinquante ans. Il faut dans ce domaine y ajouter un effet prix : la délocalisation de la production textile a très nettement réduit les prix dans ce secteur. L’évolution pour les meubles, de 9 à 6 %, est de même nature.

A l’opposé, parmi les postes en progression, on trouve la santé (les soins non-remboursés, de 2,3 à 3,9 %) et les communications (de 0,5 à 2,6 %). Ces deux ensembles correspondent à des évolutions sociales fortes : l’attention portée au corps et la circulation de l’information de plus en plus rapide.  Du côté des transports, la progression a été nette dans les années 1960 et 1970, mais depuis c’est plutôt la stagnation si on rapporte le poste à l'ensemble des dépenses.

Du fait des évolutions divergentes des prix, les budgets ne retracent pas toujours fidèlement la place des différents biens et services dans nos modes de vie. Ainsi, le poste « loisirs-culture » ne progresse que de 6,5 à 8,4 %, alors que l’on consomme de plus en plus de biens culturels : cette évolution résulte de la très forte baisse des étiquettes dans ce domaine.

 

De mieux en mieux équipés

De la santé à la communication en passant par la mobilité ou les loisirs, l’accès à un univers de biens de consommation a révolutionné la société et amélioré la vie quotidienne. Il a aussi entraîné un cortège de nuisances : pollution, embouteillages, contrôle de la vie privée, etc. Ceux qui sont restés en marge du progrès faute de revenus suffisants ressentent encore plus durement leur mise à l’écart.

On peut distinguer deux périodes. Dans les années 1960 et 1970, la France entre dans la société de consommation, avec l’emblématique téléviseur, mais aussi le réfrigérateur ou le lave-linge. C’est aussi le cas de l’automobile, mais de façon plus lente. Les années 1990 marquent l’arrivée des biens liés aux nouvelles technologies de l’information et de la communication : magnétoscopes, puis ordinateurs et téléphones portables. Le lave-vaisselle, lui progresse régulièrement mais beaucoup plus lentement. La vitesse de diffusion des biens n’est pas beaucoup plus rapide aujourd’hui que par le passé : le téléphone portable ne s’implante guère plus vite que la télévision dans les années 1960. En 1962, 23 % des ménages étaient équipé, en 1972 ils sont 75 %.

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