Le Compas comparateurterritoires.fr Emmaus France

Le surendettement frappe d’abord les plus fragiles

Imprimer

La Banque de France a enregistré près de 200 000 dossiers de surendettement supplémentaires en 2015, indique son enquête annuelle. Une cassure s’est faite entre 2007 et 2011 : le nombre de dossiers a alors grimpé de 160 à 200 000, soit un quart de plus. Mais depuis, le niveau est relativement stable. Au cours des dix dernières années, la Banque a reçu 1,9 million de dossiers. En décembre 2015, 840 000 ménages étaient engagés dans une procédure de désendettement.

La dette des ménages surendettés s'élève à 8,1 milliards d’euros, dont 2,7 milliards au titre des dettes immobilières, 3,5 milliards de crédits à la consommation, 907 millions d’euros en charges courantes (notamment les loyers impayés) et 880 millions d'autres dettes (huissiers, caution, organismes sociaux, dette pénale ou professionnelle, etc.). Le montant total paraît élevé, mais il ne représente que 0,6 % des 1 340 milliards d’euros de revenu global des ménages.

En moyenne, les dossiers portent sur une dette de 41 200 euros (données 2015). Ces dossiers ne comprennent qu'une petite part de crédits immobiliers (10 %), mais quand ils sont présents, ils représentent des montants élevés (107 000 euros). La plupart (83 %) comprennent des crédits à la consommation, pour des montants inférieurs (environ 20 000 euros). Les "autres dettes" (découverts, impayés) sont relativement fréquentes (54 % des dossiers), mais avec des montants très faibles, pour 1 400 euros en moyenne.

Qui sont les surendettés ?

Les surendettés sont dans les deux tiers des cas des personnes seules, avec ou sans enfants. Dans la moitié des cas il s’agit de familles avec enfants. Les 35-54 ans forment la moitié des surendettés. Surtout, il s’agit de populations modestes. 29 % des personnes concernées sont au chômage, presque trois fois plus que leur part dans la population adulte. Employés et ouvriers constituent environ 60 % des surendettés, deux fois plus que ce qu’ils représentent au sein de la population des ménages. Enfin, la moitié des ménages surendettés dispose de ressources inférieures ou égales au Smic, plus de la moitié une capacité de remboursement nulle.

Le surendettement est à la conjonction de deux phénomènes. D’abord l’essor de la consommation et des crédits de court terme pour l’achat d’un ou plusieurs biens (cuisine, équipement ménager, etc.) qui vont avec. La publicité, même plus encadrée aujourd’hui, pousse à l’achat d’impulsion : l’attrait des biens présentés est difficilement résistible. Ensuite, le plus souvent une rupture de parcours rend le remboursement complexe : séparation ou période de chômage, qui entraîne une baisse plus ou moins grande et durable des ressources du ménage. Pour les plus défavorisés, l’opération peut vite devenir impossible. A la différence d’un bien immobilier, le bien de consommation a perdu sa valeur et ne peut servir de base à un remboursement.