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L’accès aux nouvelles technologies progresse, l’exclusion demeure

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Les Français sont entrés dans l’ère des technologies de l’information et de la communication il y a 20 ans. Aujourd’hui, 94 % des plus de 12 ans sont équipés d’un téléphone portable selon le Crédoc (données 2017), contre 11 % en 1998. 81 % disposent d’un ordinateur et 85 % d’un accès à Internet, contre respectivement 23 et 4 % en 1998. La France est l’un des pays les mieux équipés au monde. Quelles leçons tirer de 20 ans d’évolution ?

1- L’équipement n’est pas si rapide qu’on ne le dit

La progression de l’équipement en nouvelles technologies n’est pas si spectaculaire que cela en réalité. La vitesse d’équipement en téléphone mobile (à partir de 1999) ou de l’accès à Internet (à partir de 2002) est très semblable à celle de la télévision à partir du début des années 1960 (voir graphique), même si le téléphone mobile a démarré beaucoup plus vite les trois premières années. Au bout de huit années (au début des années 1970), l’équipement en téléviseurs a atteint le même niveau que celui en téléphones mobiles au milieu des années 2000. L’accès à Internet suit exactement la même évolution que le petit écran. Ces nouveaux objets et ces nouvelles technologies se diffusent très rapidement dans une société de consommation aux niveaux de vie élevés.

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2- La fin du téléphone fixe est annoncée

L’équipement du foyer en nouvelles technologies évolue. La vidéo et la musique en ligne sont en train de faire disparaître progressivement des salons les lecteurs DVD et CD. C’est peut-être aussi le cas du téléphone fixe. Entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, le taux d’équipement en téléphone avait déjà diminué de plus de dix points, de 94 à 82 %. Il était remonté avec l’essor de la téléphonie via Internet (les « box ») jusqu’au milieu des années 2010. La baisse du prix des forfaits mobiles et l’allongement de leurs durées, conjugués à l’essor de la communication via les réseaux sociaux a conduit à une nouvelle diminution de l’équipement en téléphone fixe depuis 2013, qui devrait se poursuivre. Un changement historique.

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3- Des équipements et des usages de plus en plus mobiles

L’équipement en ordinateur (81 %) et l’accès à Internet via l’ordinateur (autour de 85 %) plafonnent. C’est le cas depuis cinq ans du multi-équipement en ordinateurs, qui reste stable autour de 33 %. L’ordinateur classique est de moins en moins utile pour l’usage le plus commun qui en est fait à la maison notamment par les plus jeunes : la communication. L’email est remplacé pour partie par les échanges via smartphones sur les réseaux sociaux. L’équipement en tablettes (44 %) et smartphones (73 %) progresse très rapidement, à la même vitesse que le téléphone mobile à ses débuts. Le téléphone mobile (94 %) équipe la quasi-totalité de la population. Comme la télévision et le téléphone hier, ces nouvelles technologies transforment les usages, de l’écoute de la musique aux achats en passant par l’accès à l’information ou aux jeux. Progressivement, chacun devient connecté de plus en plus souvent, où qu’il soit.

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4- Les inégalités d’accès se réduisent

La principale fracture face au numérique reste l’âge mais elle s’amenuise vite, les plus âgés s’équipant progressivement. 78 % des 60-69 ans sont équipés d’un micro-ordinateur, deux fois plus qu’en 2006. L’ordinateur est devenu indispensable pour communiquer via Internet, mais aussi pour regarder ses photos par exemple. Les inégalités d’accès se réduisent aussi entre catégories sociales : les ouvriers ont, par exemple, réduit une grande partie de l’écart avec les cadres supérieurs en matière d’équipement en ordinateurs. De 40 points en 2003, l’écart de taux d’équipement est passé à 17 points (95 % pour les cadres contre 78 % pour les ouvriers) en 2017. Le niveau de vie n’est plus, lui non plus, un clivage majeur. Même si on en est encore loin, on peut même se demander s’il ne va pas se passer demain pour Internet et les réseaux sociaux la même chose que pour la télévision : pour les plus favorisés, il deviendrait socialement distingué de ne pas être connecté.

5- Les exclus du numérique demeurent

En attendant, les oubliés du numérique restent nombreux. 15 % de la population n’a toujours pas accès à Internet soit environ dix millions de personnes. En dépit des progrès, les plus âgés en demeurent éloignés : 44 % des plus de 70 ans et 25 % des personnes à bas revenus 1 ne sont pas connectées. Comme pour le livre ou la télévision, c’est de plus en plus l’usage qui sépare les populations. 40 % de la population (87 % des plus de 70 ans) n’utilisent pas les réseaux sociaux virtuels (Facebook, Twitter, etc.). Un tiers de la population n’a jamais effectué de démarche administrative en ligne. C’est le cas  de 70 % des non-diplômes contre 10 % seulement des diplômés du supérieur. La large diffusion de nouvelles pratiques rend l’intensité de l’exclusion d’autant plus forte.

Une partie de la population, la plus âgée, n’a pas nécessairement besoin d’accéder à une foule de services en ligne et se tient éloignée de ce qui fait le « buzz ». Beaucoup peuvent avoir de bonnes raisons d’être réticents devant la façon dont ces technologies envahissent la vie quotidienne et limitent nos libertés. Les moins diplômés maîtrisent mal l’usage de ces technologies. Au bout de compte, les personnes âgées et celles qui sont peu qualifiées se retrouvent de plus en plus souvent exclues de services (privés mais aussi publics) qui ne deviennent accessibles qu’en ligne. Faire comme si tout le monde était plongé dans cet univers – notamment par les références médiatiques permanentes aux réseaux sociaux – constitue une violence symbolique pour ceux qui n’appartiennent pas à ce « club ». La question de l’égalité devant les services publics est aussi de plus en plus posée.

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Pour en savoir plus :

– “Baromètre du numérique 2017“, 17ème édition, rapport n°337, Crédoc, novembre 2017.

Notes:

  1. Définis comme celles qui perçoivent moins de 70 % du revenu médian.