Le Compas comparateurterritoires.fr Futuribles

Insécurité : moins d’actes, mais une société plus sensible

Imprimer

CrimesetdelitsglobalLes crimes et délits enregistrés par les services de police et de gendarmerie ont fortement progressé entre les années 1960 et le début des années 1980, puis ont suivi des mouvements d’oscillation pour diminuer au début des années 2000. Au total, depuis trente ans, le taux de crimes et délits varie autour de 60 pour 1 000 habitants. Ce chiffre global, qui a été longtemps utilisé dans le débat public, pose un problème car il rassemble des faits très différents : des homicides à la falsification de documents d’identité en passant par les cambriolages. Si on entre dans le détail des sous-catégories, rien n’indique un hausse de l’insécurité.

Tout d’abord – la tendance s’observe en réalité depuis le milieu des années 1980 – les violences les plus graves diminuent : on s’entretue de moins en moins (lire notre article). Si l’on se place sur longue période, l’élévation des niveaux de vie et de diplôme d’un côté, la meilleure protection des personnes par les forces de sécurité de l’autre, jouent. Plus récemment, le nombre annuel d’homicides a nettement baissé, de 1 400 à 800 entre 2002 et 2009, et il est à peu près stable depuis dix ans.

Les  nombre de coups et blessures est resté stable de 2008 à 2016, autour de 200 000 par an, puis il a assez sensiblement progressé, pour atteindre 260 000 en 2019. Il est beaucoup trop tôt pour en conclure à une remontée des violences entre personnes. Si l’on observe non les faits constatés par la police et la gendarmerie  mais les déclarations, la part de celles qui se déclarant victimes de violences physiques ou à caractère sexuel a peu évolué, un peu moins de 2 % sont concernés chaque année. Mais, depuis la fin des années 2000, alors qu’il tend à diminuer légèrement chez les hommes et augmenter chez les femmes. Le ministère souligne l’impact joué par la sensibilisation aux violences conjugales, de plus en plus déclarées qui peut à la fois inciter davantage de femmes à porter plaintes et à favoriser un accueil plus attentif dans les commissariats.

Les atteintes aux biens

En matière d’atteintes aux biens, les évolutions sont très diverses. Les années 2000 avaient été marquées par une baisse. On a assisté à une remontée du nombre de cas de cambriolages dans la première partie des années 2010, puis une stabilisation. Le phénomène est assez similaire pour les vols sans violence contre les personnes. En revanche les vols de véhicules et les destructions et dégradations volontaire (vandalisme) diminuent nettement. De très nombreux facteurs jouent. L’arrivée de nouveaux biens sur le marché, comme les télévisions à écran plat ou les smartphones, ont pu attiser les convoitises. En parallèle, les systèmes de protection se développent, notamment pour les véhicules. L’effet assurance peut aussi avoir un impact. Si une part croissante de la population s’assure contre le vol de son smartphone, celui-ci sera de plus en plus souvent déclaré qu’auparavant.

Les crimes et délits mesurés par la police et la gendarmerie ne donnent qu’une indication du niveau réel d’insécurité. Une partie des faits ne sont pas déclarés par les victimes et ils ne mesurent pas les actes de moindre importance (insultes, brimades, etc.) qui peuvent peser sur le quotidien. On l’a vu, leur évolution dépend des changements de comportement : dans les sociétés modernes la sensibilité aux violences entre les personnes s’accroît, on déclare plus de faits qu’avant : c’est particulièrement net pour les violences subies par les femmes qui autrefois étaient rarement dévoilées… Les chiffres sont influencés par l’activité des services de police : un nombre accru de contrôles tend à faire monter les chiffres de la délinquance, au moins dans un premier temps. La fiabilité de l’enregistrement des crimes et délits est régulièrement mise en cause, comme c’est souvent le cas (lire le rapport de l’Inspection générale de l’administration). Il faut être très prudent dans l’utilisation des séries de données.

Le sentiment global d’insécurité

Globalement, la population ne se dit plus davantage en insécurité aujourd’hui qu’hier. Un peu plus d’une personne sur dix dit se sentir en insécurité « souvent » ou « de temps en temps » dans son quartier ou son village. Cette part évolue très peu depuis dix ans, voire même depuis une vingtaine d’années selon les données présentées par l’Observatoire scientifique du crime et de la justice (lire l’article).  Comme le note l’organisme, le sentiment d’insécurité rassemble des éléments très divers, l’exposition directe à la délinquance, mais il peut aussi exprimer «  une préoccupation qui se cristallise sur la criminalité mais qui la dépasse largement ». Il est sensible au poids accordé par les médias à cette question : ainsi l’élection présidentielle de 2002 avait été marquée par une forte poussée du sentiment d’insécurité, alors que les faits ne mettaient pas en avant d’évolution notable. Les faits n’ont guère diminué depuis, l’attention médiatique a diminué puis a été réactivé en 2020.

La stabilisation, voire la diminution, de nombreux indicateurs de l’insécurité ne signifie pas que le problème n’existe pas. Même si les déclarations peuvent augmenter du fait d’une plus grande sensibilité à la violence, il faut apporter des réponses aux 10 % de la population qui se sentent en insécurité, qu’elle qu’en soit sa forme. Chaque année, environ 700 000 personnes de 14 ans ou plus se disent victime de violences hors du cercle familial. Elles peuvent être de degré divers, mais il faut y prêter attention. « Face à ces infractions du quotidien, souvent répétitives, de nombreux citoyens demeurent mécontents car ils ne trouvent généralement pas ou peu de réponse de la part des services publics de sécurité et de justice.», analyse le sociologue Laurent Mucchielli. Enfin, l’insécurité varie fortement selon les territoires. Au sein des quartiers prioritaires, la part de personnes qui disent se sentir en situation d’insécurité atteint 30 % chez les femmes et 18 % chez les hommes, contre respectivement 17 % et 8 % dans les unités urbaines proches de ces quartiers, selon l’Observatoire national de la politique de la ville (rapport 2016). Les quartiers prioritaires connaissent eux-mêmes des réalités très différentes : le niveau de l’insécurité peut être bien plus élevé dans une minorité de territoires en grave difficulté. La faible implantation des forces de sécurité au sein des territoires où la délinquance est la plus développée, leur faible présence au quotidien et leur méconnaissance des habitants, participe aux difficultés dans ce domaine.

 

Un site

En partenariat avec :