Le Compas comparateurterritoires.fr Emmaus France

Quatre millions de mal-logés : de quoi parle-t-on ?

Imprimer

Quatre millions de personnes sont mal-logées en France, selon la Fondation Abbé Pierre 1. Il est intéressant de noter que ce chiffre est légèrement supérieur à la part de la population qui estime vivre dans des conditions de logement « insuffisantes » ou « très insuffisantes » (3,8 millions en 2013, selon l’Insee). Du sans domicile fixe au jeune contraint de revenir chez ses parents, en passant par le couple qui vit avec son enfant dans un studio, le « mal-logement » recouvre des réalités différentes. Au fond, il se présente sous trois formes principales, parfois conjuguées : une mauvaise qualité de l’habitat, une faible superficie et le fait d’avoir ou pas de logement à soi.

Premièrement, être mal-logé, c’est vivre dans un habitat de très mauvaise qualité : 2,4 millions de personnes sont concernées. 85 000 personnes occupent durablement un « logement » qui n’en est pas un ; une tente, un mobile-home, une cabane… La Fondation Abbé Pierre y ajoute 206 600 gens du voyage qui ne disposent pas d’aire aménagée. A ces très mal-logés, il faut additionner les 2,1 millions de personnes vivant dans un logement inconfortable, dont 330 000 privées du confort de base (eau courante, douche, WC intérieur) et 1,8 million d’autres personnes dont le logement dispose d’un autre critère de dégradation comme un chauffage rudimentaire, une absence de coin cuisine ou dont la façade présente des fissures profondes.

Deuxièmement, être mal-logé, c’est manquer d’espace. 934 000 personnes vivent dans un logement dit « surpeuplé ». Selon l’Insee, le peuplement « normal » d’un logement répond à la norme suivante : au moins une pièce pour le ménage (le séjour), plus une pour un couple (une chambre), une pour les célibataires de 19 ans et plus, une pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou ont moins de sept ans, sinon une par enfant. Pour ces 934 000 personnes, il manque deux pièces à cette norme. Un couple avec deux enfants de sexe différent de plus de sept ans doit normalement pouvoir compter sur quatre pièces, s’il vit dans un deux pièces, il est considéré comme mal logé.

Troisièmement, être mal-logé, c’est ne pas disposer de logement à soi, vivre à la rue ou hébergé par un ami, un membre de la famille ou une association notamment. 143 000 personnes n’ont pas de domicile selon les recensements effectués par l’Insee dans les centres d’hébergement. Parmi eux, la majorité est logée de façon très précaire (logement ou hôtel), mais un peu moins de 13 000 sont sans-abri, dorment dans des caves, des halls d’immeuble ou sous les ponts. Ces derniers n’ont pas de domicile, mais surtout vivent dans les conditions d’habitat les plus indignes, ils auraient pu être comptabilisés parmi les personnes vivant dans un habitat de mauvaise qualité. Plus de 643 000 personnes sont hébergées chez des tiers. Elles ne vivent pas nécessairement dans des conditions de logement les plus difficiles, mais sont contraintes de vivre chez autrui. Parmi elles, 69 000 ne vivent pas chez une personne de leur famille.

Des données imparfaites

Ces données constituent des ordres de grandeur qu’il faut manipuler avec beaucoup de précaution. Une partie d’entre elles se recoupent : l’Insee indique par exemple que 28 000 personnes vivent dans un logement surpeuplé et inconfortable à la fois. Au total, la Fondation Abbé Pierre déduit un peu plus de 200 000 doubles comptes. Les sources sont différentes et on additionne des données qui date de 2006 à 2013. Une partie des hébergés de façon très temporaire et parfois dans de bonnes conditions, il est discutable de les considérer comme “mal-logés” et les inclure dans le même ensemble que des sans domicile. De même, le caractère « inconfortable » du logement comprend des situations très différentes.

Inversement, ces chiffres ne comptabilisent pas tous les mal-logés. Une partie des SDF échappe aux statistiques : ils ne sont recensés que s’ils fréquentent les services d’hébergement de jour, ce qui n’est pas toujours le cas. Les personnes qui vivent dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les foyers de travailleurs (souvent dans une seule chambre) et en prison ne sont pas compris. La norme de surpeuplement est établie en nombre de pièces et non en superficie : une personne seule dans une minuscule chambre de bonne n’est pas comptabilisée comme  « mal-logée ». Les ménages occupant des logements très bruyants ou humides n’y figurent pas non plus. Une personne seule vivant dans un minuscule pièce au rez-de-chaussée d’une route passante est « bien logée ».

La situation du logement en France n’a pas grand-chose à voir avec celle que notre pays a pu connaître dans l’après-guerre (lire notre article). Mais la persistance d’un tel niveau de mal-logement est d’autant plus problématique que notre pays est parmi les plus riche au monde et que les conditions générales de logement ont tendance globalement à s’améliorer. Une partie de la population ne profite pas du progrès global.

mallogement2017

Notes:

  1. Voir « L’état du mal-logement en France, données 2017 », Fondation Abbé-Pierre, février 2017. Les données, modifiées, ne sont pas comparables avec les publications précédentes de l’organisme.