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Les Français lisent toujours autant

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La lecture de livres est une pratique très stable, selon le ministère de la Culture : la part des adultes ayant lu au moins un livre dans l’année 1 a augmenté de 70 à 75 % entre 1973 et 1989, puis elle est redescendue à 70 % en 2008. Les données de l’Insee 2 indiquent que le taux de lecteurs est stable depuis. Alors que la production de nouveaux livres stagnait dans les années 1980 à 40 000 titres par an, elle a grimpé depuis pour atteindre 74 800 en 2013. Le nombre d’exemplaires vendus a progressé de 300 millions au début des années 1990 à 441 millions en 2011. Il n’existe pas de crise majeure du livre.

Cette évolution masque plusieurs effets de sens contraire. La proportion de ceux qui lisent un petit nombre de livres s’est nettement accrue depuis le début des années 1970 : de 24 à 38 % pour ceux qui ont lu de 1 à 9 ouvrages. En revanche, la part de gros lecteurs (20 livres et plus) a baissé de 28 à 16 %. L’élévation du niveau de diplôme, la diffusion des collections de poche, l’amélioration de la présentation des livres et leur diversification ont joué un rôle favorable pour le livre, même si son usage intensif s’est affaibli.

Le maintien du taux global cache une forte diminution de la lecture chez les hommes et une progression chez les femmes. Chez les premiers, la part de ceux qui ont lu au moins un livre a diminué de 72 % à 64 % entre 1973 et 2008, alors que chez les femmes elle progressait de 68 % à 75 %. Parallèlement, la part de lecteurs a diminué chez les plus jeunes, en particuliers masculins, passant de 89 % en 1981 à 72 % en 2008. Pour le ministère de la culture, il s’agit d’un effet de génération : progressivement, ce déclin a touché une population plus âgée. Seuls les plus de 60 ans voient leur proportion de lecteurs progresser à la fois chez les hommes et chez les femmes. Les données de l’Insee pour la période plus récente – jusqu’en 2012 – laissent penser que ce mouvement continue chez les jeunes, mais s’est stabilisé pour les autres catégories.

 

Comme pour d’autres pratiques culturelles, les inégalités se sont accrues.  «Les différences entre milieux sociaux ont eu tendance à se creuser au cours de la dernière décennie du fait du décrochage d’une partie des milieux populaires, notamment ouvriers », analyse Olivier Donnat, le responsable des enquêtes du ministère 3. Ce phénomène est essentiellement masculin. Entre 1981 et 2008, la part de lecteurs hommes a baissé de 96 % à 89 % pour les cadres mais le taux a plongé de 73 % à 52 % chez les ouvriers. La fracture sociale dans l’accès au livre est majeure : 20 % des cadres n’ont lu aucun livre dans l’année en 2012 (données Insee), contre 69 % des ouvriers.

Moins intense, plus souvent le fait des femmes, de générations âgées et plus favorisées, le rapport au livre s’est transformé 4. L’édition a su s’adapter : la lecture de livres s’est maintenue, malgré la concurrence de la télévision, des jeux vidéo puis de l’Internet. On lit différemment, mais on lit toujours beaucoup. L’arrivée des tablettes et autres liseuses dans un grand nombre de foyers, amène un nouveau support qui pourrait jouer un rôle favorable en facilitant la lecture mobile et en réduisant les prix.

Ne pas confondre lecture de livres et lecture tout court. Il ne faut pas assimiler la lecture de livres et la lecture tout court, qui passe par une multitude d’autres supports (presse, bande-dessinée, messagerie électronique, etc.). La presse quotidienne classique connaît une érosion, notamment sur le papier, la bande-dessinée progresse et surtout l’Internet est un nouveau support où la lecture est sollicitée en permanence. Si la part de la population lisant un grand nombre de livres se réduit, la pratique de la lecture en général progresse. C’est donc surtout le support et la façon de lire qui change.

 

 

Notes:

  1. Toutes sortes de livres confondues.
  2. Non totalement comparables car établies sur des bases différentes
  3. Voir « Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique. Eléments de synthèse 1997-2008 », Culture études, ministère de la culture, 2009
  4. Pour aller plus loin, il faudrait distinguer selon le type de livres et le genre. Dans les années 2000 la littérature classique a décliné au profit du policier par exemple