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Vacances : les Français se moquent de la crise

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En pleine crise, le taux de départ en vacances progresse. En juin 2008, 52 % des ménages indiquaient être partis au moins quatre jours dans l’année, en juin 2014 (dernière donnée disponible) ils étaient 60 %, selon les enquêtes du Crédoc 1. Comment une telle situation est-elle possible dans une France en crise, où le niveau de vie médian diminue et où les prix des services d’hébergement progressent plus vite que l’inflation ?

La hausse des départs doit être nuancée : la remontée situe le taux à un niveau qui reste inférieur à celui du début des années 2000. Le boom des vacances s’est produit entre 1964 et 1989 : le taux de départ (selon la mesure de l’Insee) a alors grimpé de 42 % à 62 %. Depuis 2004, l’Insee ne publie malheureusement plus de données. Surtout, il ne s’agit pas de partir trois semaines l’été et deux l’hiver, mais d’au moins quatre jours consécutifs, donc des courts séjours. L’Insee continue à mesurer des nuitées passées hors du domicile pour des raisons personnelles (donc week-end compris) : elles ont diminué de 6 % entre 2007 et 2013.

Il ne s’agit pas des seules explications. Le Crédoc indique qu’entre 2008 et 2014, un nombre croissant de personnes a bénéficié d’aides au départ : de 19 % à 23 % (employeur, caisse d’allocations familiales, chèques vacances, etc.) ce qui a joué, même si ces aides sont inégalement réparties, comme le note l'Observatoire des inégalités. Pour les jeunes retraités (les 60 à 69 ans), la hausse est même de 6 % à 14 %. La hausse du taux de départ résulte pour l’essentiel d’une progression aux âges élevés : le taux de départ des plus de 70 ans est passé de 32 à 47 % entre 2008 et 2014. Les revenus progressent dans ces générations pour lesquelles l'impact du chômage aura été bien moindre et dans lesquelles les femmes ont été de plus en plus souvent actives. En meilleure santé physique, leurs modes de vie – et leur rapport aux loisirs – changent. A l’inverse, entre 2009 et 2014, le taux de départ des 18-24 ans a baissé de 65 à 60 %.

Crise ou pas, des écarts considérables persistent selon les milieux. Le modèle de la famille qui se met au vert l’été et au blanc l’hiver reste l'apanage des couches les plus aisées. Moins de 10 % des Français partent en congés l’hiver. Seuls 40 % des ménages dont les revenus mensuels sont inférieurs ou égaux à 1 200 euros pour une personne partent dans l'année, plus de deux fois moins que ceux dont les revenus sont supérieurs à 3 000 euros. Parmi les ménages modestes, seuls ceux qui disposent d’un hébergement gratuit (famille, amis) ou qui sont aidés par un comité d’entreprise (pour ceux qui travaillent dans les plus grandes entreprises) peuvent s’offrir de longs congés.

Notes:

  1. Voir "Vacances 2014 : l'éclaircie", Crédoc, rapport n°320, janvier 2015.