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Le taux de départ en vacances plafonne depuis 35 ans

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Depuis 35 ans, le taux de départ en vacances a très peu évolué. Il était de 61 % en 1985 selon le Crédoc, il est de 63 % en 2020. Quand on grossit l’échelle, on remarque que cette période longue couvre en fait trois phases : une stabilité autour de 65 % de la fin des années 1980 à la fin des années 1990, suivie d’une baisse (le taux chute à 51 % en 2004) et une lente remontée dans les années 2010. En réalité, le vrai boom des vacances s’est produit entre 1964 et 1985 : le taux de départ (selon la mesure de l’Insee) a alors grimpé de 42 % à 58 % 1.

Un tiers de la population ne part pas chaque année. Prendre des vacances est loin d’être le lot commun. Et il faut remarquer que selon le Crédoc on part en vacances à partir de quatre jours hors du domicile personnel. Il peut très bien s’agir de quelques kilomètres pour visiter de la famille ou des amis un week-end prolongé. Avec cette définition on est très loin de 15 jours au bord de la mer par exemple.

Comment expliquer ce plafonnement du taux de départ en vacances ? Il faut d’abord remarquer que depuis près d’une vingtaine d’années les niveaux de vie stagnent pour les catégories les moins favorisées et depuis dix ans pour le niveau de vie médian. Cela n’aide pas à partir. La précarité de l’emploi rend aussi les départs difficiles. Une précédente étude du Crédoc avait montré que la hausse du taux de départ à la fin des années 2000 et au début des années 2010 résultait pour l’essentiel d’une progression chez les seniors : le taux de départ des plus de 70 ans est passé de 32 à 47 % entre 2008 et 2014. Les revenus progressent pour ces générations pour lesquels l’impact du chômage a été moins grand et au sein desquelles les femmes ont été de plus en plus souvent actives d’un point de vue professionnel. En meilleure santé physique, leurs modes de vie – et leur rapport aux loisirs – changent. À l’inverse, entre 2009 et 2014, le taux de départ des 18-24 ans avait baissé de 65 à 60 %.

En matière de congés, le revenu classe. Le taux de départ des personnes à bas revenus (1 200 euros mensuels pour une personne seule, avant impôts) est inférieur à 50 % pour l’année 2019, alors qu’il dépasse 80 % pour les hauts revenus (plus de 2 600 euros), selon le Crédoc. Jusqu’au milieu des années 2010, les écarts se sont creusés selon les niveaux de vie. En 2019, la moitié seulement des enfants de 5 à 19 ans dont les parents disposaient de bas revenus sont partis, contre 81 % des enfants de ceux qui vivaient dans une famille aisée. Le modèle de la famille qui se met au vert l’été et au blanc l’hiver reste l’apanage du haut de l’échelle sociale. Moins de 10 % des Français partent en congés l’hiver. Parmi les ménages modestes, seuls ceux qui disposent d’un hébergement gratuit (famille ou amis) ou qui sont aidés par un comité d’entreprise (pour ceux qui travaillent dans les plus grandes entreprises) peuvent s’offrir de plus longs congés hors de chez eux. Le contraste est grand entre le modèle véhiculé par exemple par la télévision sur les modes de vie des Français et le vécu d’une grande partie des familles de milieu populaire.

 

 

Notes:

  1. Depuis 2004, l’Insee ne publie malheureusement plus de données.
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