Le Compas comparateurterritoires.fr Emmaus France

La participation ne faiblit pas à la présidentielle

Imprimer

abstenprésident

L’abstention a atteint 21,3 % lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, niveau légèrement supérieur à celui de 2012. Les débats sur la participation constituent un classique des débuts de soirées électorales avant l’annonce des premiers résultats. Le plus souvent on déplore le comportement d’une partie de la population qui ne fait pas son devoir, on discute bien plus rarement des causes structurelles du phénomène.

Le niveau de l’abstention diffère fortement selon les types de scrutins. L’élection présidentielle – scrutin décisif dans notre pays centralisé – échappe à la désaffection des électeurs. En 2002, l’abstention a battu des records (28,4 %), mais en 2007 elle avait atteint l’un des niveaux les plus faibles de toute la Ve République (16,2 %). En 2017, elle s’est située à un niveau intermédiaire, dans la moyenne des précédents scrutins, sous son niveau de 1969.

L’abstention augmente depuis le début des années 1980 pour les autres types de scrutins. Au premier tour des législatives, elle a dépassé 40 % en 2012, deux fois plus que dans les années 1960 et 1970. La participation est encore plus faible aux élections locales. Le premier tour des élections régionales de décembre 2015 a été marqué par un niveau similaire à celui de 2010 mais très élevé, près d’un électeur sur deux ne s’étant pas déplacé. Les cantonales ont toujours connu une forte abstention : les élections de 2011 ont enregistré un nouveau record (55,6 %), mais le score de 2015 (49 %) est comparable à celui de 1973 (46,6 %). 36,45 % des inscrits n’ont pas voté au premier tour des élections municipales de mars 2014, ce qui n’était jamais arrivé auparavant. Enfin, seul un peu plus d’un électeur sur quatre se déplace pour les européennes depuis 20004.

 

Plusieurs facteurs expliquent la participation. Il faut tout d’abord remarquer que les Français votent toujours autant pour l’élection qui compte, la présidentielle. Son couplage avec les législatives ont accentué la présidentialisation de la Ve République. Suivant de quelques semaines l’élection majeure, les législatives ont perdu de leur intérêt, d’où la baisse de participation à ce type de scrutin. Quand l’enjeu est perçu comme central, la mobilisation reste massive. Si l’on pouvait retirer des 23 % qui n’ont pas voté au premier tour de la présidentielle de 2017 tous ceux qui en ont été empêchés involontairement (maladie, retard, problème administratif, déménagement, électeurs très âgés, etc.) l’abstention « choisie » serait alors probablement très faible 1. Les scrutins locaux occupent le rôle d’élections intermédiaires : l’abstention peut être une forme d’expression pour les mécontents des politiques menées au niveau national pour des votes qui paraissent à beaucoup comme secondaires tant les enjeux des politiques locales sont mal compris par les électeurs.

D’autres raisons interviennent. Les programmes des principaux partis majoritaires se sont rapprochés depuis les années 1980. Quel que soit le jugement de valeur qu’on y porte (réalisme pour les uns, renoncement pour les autres), l’importance de « l’alternance » paraît à certains moins évidente, ce qui réduit l’enjeu du vote. Cela a pu faire baisser la participation à certains scrutins puis favoriser la montée des partis extrêmes, qui ont réintroduit une forme de clivage.

Les difficultés économiques et sociales ont aussi pesé : les années 1980 sont marquées par une forte hausse du chômage, qui se stabilise depuis à un niveau très élevé. Une partie de la population, souvent la moins diplômée, a le sentiment que son vote n’aura pas d’effet sur sa situation sociale et que l’offre politique ne répond pas à ses besoins ce qui peut aussi alimenter l’abstention 2 comme un vote protestataire. 67 % des sans-diplômes contre 83 % de ceux qui ont un titre supérieur au bac ont voté aux deux tours de la présidentielle de 2012, selon l’Insee. 87 % des retraités et 69 % des cadres supérieurs ont voté au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, contre 61 % des ouvriers et des employés, selon un sondage Ipsos.

Le traitement médiatique de l’élection (les campagnes sont traitées principalement par des journalistes politiques à qui l’on demande de s’intéresser à la forme et peu au fond) porte aussi une part de responsabilité : la mise en avant des petites phrases, des querelles de personnes ou des affaires, l’accent porté sur les sondages, l’obsession de la course à la présidentielle contribue à dégrader la politique et à une prise de distance avec les partis traditionnels.

Quels que soient les facteurs de l’abstention, le lien à la mobilisation politique est loin d’être rompu en France. La baisse de la participation doit être relativisée selon le type de scrutin et mise en regard de l’offre politique ainsi que sa médiatisation. Les enquêtes sur les valeurs montrent que les citoyens utilisent de plus en plus d’autres formes de mobilisation : pétitions, manifestations, boycotts. L’engagement collectif a encore de beaux jours devant lui.

abstmunicip

absteeuropéennes

Notes:

  1. Même si, pour mesurer l’ensemble de ceux qui n’ont pas voté il faudrait ajouter environ 7 % de personnes qui ne sont pas inscrites sur les listes électorales.
  2. « Les citoyens ont de bonnes raisons de ne pas voter », Nicolas Framont et Thomas Amadieu, Le bord de l’eau, 2015.