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Abstention record aux élections législatives

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abstentionlégilsAvec 51,3 %, l’abstention a atteint un niveau record au premier tour des élections législatives de 2017 1. Dans les années 1970, la participation à ce type de scrutin était supérieur à 80 %. L’abstention a ensuite progressé de façon régulière, pour dépasser la moitié des inscrits, niveau habituellement réservé aux élections cantonales ou régionales. Les débats sur la participation constituent un classique des débuts de soirée électorale. Le plus souvent on déplore le comportement d’une partie de la population qui ne fait pas son devoir, sans discuter des causes structurelles du phénomène.

Le niveau de l’abstention diffère fortement selon les types de scrutins. L’élection présidentielle – scrutin décisif dans notre pays centralisé – échappe à la désaffection. En 2002, l’abstention s’était située à un niveau élevé (28,4 %), mais en 2007 elle avait atteint l’un des niveaux les plus faibles de toute la Ve République (16,2 %). En 2017, elle s’est placée à un niveau intermédiaire (21,3 %), dans la moyenne des précédents scrutins, sous son niveau de 1969.

Hormis la présidentielle, l’abstention augmente depuis le début des années 1980 pour tous les types de scrutins. Le premier tour des élections régionales de décembre 2015 a été marqué par un niveau très élevé, similaire à celui de 2010, près d’un électeur sur deux ne s’étant pas déplacé. Les cantonales ont toujours connu une forte abstention : les élections de 2011 ont enregistré un record (55,6 %), mais le score de 2015 (49,9 %) est comparable à celui de 1973 (46,6 %). 36,5 % des inscrits n’ont pas voté au premier tour des élections municipales de mars 2014, ce qui n’était jamais arrivé auparavant. Enfin, seul un peu plus d’un électeur sur deux se déplace pour les européennes depuis 2004.

Plusieurs facteurs expliquent l’abstention. Les Français votent toujours autant pour l’élection qui compte, la présidentielle. Progressivement en revanche, les législatives sont devenues pour les Français des élections mineures : d’une part parce que dans leur pratique les députés ont montré leur faible autonomie par rapport à l’exécutif, d’autre part du fait du couplage avec l’élection présidentielle. Les législatives sont devenues une chambre d’enregistrement du choix effectué quelques semaines auparavant.

Quand l’enjeu est central, la mobilisation reste massive. Si l’on pouvait retirer des 23 % qui n’ont pas voté au premier tour de la présidentielle de 2017 tous ceux qui en ont été empêchés involontairement (maladie, retard, problème administratif, déménagement, électeurs très âgés, etc.) l’abstention « choisie » serait alors probablement très faible 2. Les scrutins locaux occupent le rôle d’élections intermédiaires : l’abstention peut être une forme d’expression pour les mécontents des politiques menées au niveau national pour des votes qui paraissent à beaucoup comme secondaires tant les enjeux des politiques locales sont mal compris par les électeurs.

D’autres facteurs interviennent. Les programmes des principaux partis majoritaires se sont rapprochés depuis les années 1980. Que l’on pense qu’il s’agisse de « réalisme » ou de « renoncement », l’importance de « l’alternance » devient moins évidente, ce qui réduit l’enjeu du vote. Cela a pu faire baisser la participation et favoriser la montée des partis extrêmes, qui ont réintroduit une forme de clivage.

Les difficultés économiques et sociales pèsent : les années 1980 ont été marquées par une forte hausse du chômage, qui se stabilise depuis à un niveau élevé. Une partie de la population, souvent la moins diplômée, a le sentiment que son vote n’aura pas d’effet sur sa situation sociale et que l’offre politique ne répond pas à ses besoins 3. Ne pas participer à l’élection fonctionne comme un vote protestataire. 67 % des sans-diplôme contre 83 % de ceux qui ont un titre supérieur au bac ont voté aux deux tours de la présidentielle de 2012, selon l’Insee. 87 % des retraités et 69 % des cadres supérieurs ont voté au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, contre 61 % des ouvriers et des employés, selon un sondage Ipsos. La mise au grand jour d’un grand nombre de pratiques doutes concernant les élus, légales ou non, nourrit le rejet de la classe politique dans une population aux prises avec de grandes difficultés au quotidien.

Le traitement médiatique des scrutins n’engage pas l’électeur à se déplacer. Les campagnes sont traitées par des journalistes du domaine politique à qui l’on ne demande pas de s’intéresser aux contenus (pour lesquels ils n’ont pas d’expertise) mais de mettre en scène la compétition entre des candidats. Conflits internes aux partis, vie privée, stratégies d’alliance et enquêtes d’opinion font l’essentiel de leur discours. L’élection présidentielle est présentée comme une course hippique rythmée par la frénésie des sondages. La politique, dégradée, devient un « show » et aboutit à une prise de distance de l’électeur.

La montée de l’abstention ne signifie pas que le lien à la mobilisation politique soit rompu en France. Les électeurs continuent de voter aux élections pour lesquelles il existe un enjeu. La baisse de la participation doit être mise en regard de l’offre politique ainsi que de sa médiatisation : sans enjeu, pourquoi se déplacer ? Les enquêtes sur les valeurs montrent que les citoyens utilisent de plus en plus d’autres formes de mobilisation : pétitions, manifestations, boycotts 4.

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Notes:

  1. L’impact est considérable puisque le parti arrivé en tête (La République en Marche) recueille 13 % des inscrits, les anciens partis de gouvernement (PS et Les Républicains) atteignant entre 5 et 7 %.
  2. Même si, pour mesurer l’ensemble de ceux qui n’ont pas voté il faudrait ajouter environ 7 % de personnes qui ne sont pas inscrites sur les listes électorales.
  3. « Les citoyens ont de bonnes raisons de ne pas voter », Nicolas Framont et Thomas Amadieu, Le bord de l’eau, 2015.
  4. Voir par exemple « Participation électorale, participation critique et démocratie participative », Raul Magnin Berton, in « La France à travers ses valeurs  », sous la dir. de Pierre Bréchon et Jean-François Tchernia, Armand Colin, 2009.