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Abstention en nette baisse aux élections européennes

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L’abstention a atteint 50 % lors des élections européennes de mai 2019, en baisse de sept points par rapport à 2014 et de dix points par rapport à 2009. La tendance à la progression enregistrée depuis 1979 (l’abstention atteignait alors 40 %) semble donc enrayée, ce qui n’est pas le cas pour d’autres types de scrutins. Les débats sur la participation constituent un classique des débuts de soirée électorale. Le plus souvent on déplore le comportement d’une partie de la population qui ne fait pas son devoir, sans discuter des causes structurelles du phénomène. Essayons d’y voir un peu plus clair.

Avec 51,3 %, l’abstention avait atteint un niveau record au premier tour des élections législatives de 2017 1. Dans les années 1970, la participation était supérieure à 80 %. L’abstention a ensuite progressé de façon régulière, pour dépasser la moitié des inscrits, niveau habituellement réservé aux élections cantonales ou régionales. En revanche, l’élection présidentielle échappe à la désaffection. En 2002, l’abstention s’était située à un niveau élevé (28,4 %), mais en 2007 elle avait atteint l’un des niveaux les plus faibles de toute la Ve République (16,2 %). En 2017, elle s’est placée à un niveau intermédiaire (21,3 %), dans la moyenne des précédents scrutins, sous son niveau de 1969.

L’abstention progresse depuis le début des années 1980 aux élections locales. Le premier tour des élections régionales de décembre 2015 a été marqué par un niveau très élevé, similaire à celui de 2010, près d’un électeur sur deux ne s’étant pas déplacé. Les cantonales ont toujours connu une forte abstention : les élections de 2011 ont enregistré un record (55,6 %), mais le score de 2015 (49,9 %) est comparable à celui de 1973 (46,6 %). 36,5 % des inscrits n’ont pas voté au premier tour des élections municipales de mars 2014, ce qui n’était jamais arrivé auparavant.

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Les facteurs qui jouent

Plusieurs facteurs expliquent l’abstention. Les Français s’abstiennent peu pour l’élection qui compte en France, la présidentielle. En revanche, les législatives sont devenues un scrutin de second rang. Dans leur pratique, les députés ont montré leur faible autonomie par rapport à l’exécutif. Les législatives sont devenues une chambre d’enregistrement du choix effectué quelques semaines auparavant lors de la présidentielle. L’abstention signale un changement de régime politique, qui s’est présidentialisé. En revanche, quand l’enjeu politique est fort, la mobilisation reste massive. Si l’on pouvait retirer des 23 % qui n’ont pas voté au premier tour de la présidentielle de 2017 tous ceux qui en ont été empêchés involontairement (maladie, problème administratif, déménagement, électeurs très âgés, etc.), l’abstention « choisie » serait alors très faible.

D’autres facteurs interviennent. Du côté de l’offre politique, les programmes des partis traditionnels majoritaires se sont rapprochés depuis les années 1980. Que l’on pense qu’il s’agisse de « réalisme » ou de « renoncement », l’importance de « l’alternance » devient moins évidente, ce qui réduit l’enjeu du vote. Cela a pu faire baisser la participation et favoriser la montée des partis extrêmes, qui ont à leur tour réintroduit une forme d’enjeu politique.

Les difficultés économiques et sociales pèsent : les années 1980 ont été marquées par une forte hausse du chômage, qui ne diminue que lentement. Une partie de la population, souvent la moins diplômée, a le sentiment que son vote n’aura pas d’effet sur sa situation sociale et que l’offre politique ne répond pas à ses besoins 2. Ne pas participer à l’élection constitue une forme de protestation. 67 % des sans-diplôme contre 83 % de ceux qui ont un titre supérieur au bac ont voté aux deux tours de la présidentielle de 2012, selon l’Insee. 87 % des retraités et 69 % des cadres supérieurs ont voté au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, contre 61 % des ouvriers et des employés, selon un sondage Ipsos.

Le traitement médiatique de la campagne n’engage pas l’électeur à se déplacer. Il consiste surtout à mettre en scène une compétition à travers les conflits internes aux partis, les stratégies d’alliance et la diffusion des enquêtes d’opinion. L’élection est présentée comme une course hippique, rythmée par la frénésie des sondages. La politique devient un « show », ce qui aboutit à une prise de distance.

Le lien à la mobilisation politique n’est en rien rompu en France. Les électeurs continuent de voter aux élections à enjeu. Les seules élections réellement marquées par une baisse de la participation sont les municipales et les législatives. Pour ces dernières, c’est surtout le signe que l’Assemblée a perdu son pouvoir. La participation doit être mise en regard des  programmes : sans enjeu, pourquoi se déplacer ? Du côté de l’offre politique, la montée de l’extrême droite réintroduit un enjeu, pousse certains électeurs à revenir aux urnes, pour montrer leur adhésion ou leur opposition. Enfin, les enquêtes sur les valeurs montrent que les citoyens utilisent de plus en plus d’autres formes de mobilisation : pétitions, manifestations, boycotts 3.

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Notes:

  1. Le parti arrivé en tête (La République en Marche) recueille 13 % des inscrits, les anciens partis de gouvernement (PS et Les Républicains) atteignant entre 5 % et 7 %.
  2. « Les citoyens ont de bonnes raisons de ne pas voter », Nicolas Framont et Thomas Amadieu, Le bord de l’eau, 2015.
  3. Voir par exemple « Participation électorale, participation critique et démocratie participative », Raul Magnin Berton, in « La France à travers ses valeurs  », sous la dir. de Pierre Bréchon et Jean-François Tchernia, Armand Colin, 2009.