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Les actes à caractère raciste et xénophobes n’augmentent pas en France

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Le Service central de renseignement territorial du ministère de l’Intérieur recense chaque année les crimes, délits ou contraventions de 5e classe à caractère raciste 1. Il s’agit de l’ensemble des actes qui ont donné lieu à une plainte ou une intervention de police. Relativement stables dans les années 1990, ils ont triplé au début des années 2000, de 500 à 1 500 par an, puis ont oscillé autour de ce niveau. S’il y a eu progression, elle date d’une quinzaine d’années. Et encore, ces chiffres traduisent surtout un meilleur recensement des cas et le fait que certains comportements hier tolérés ne le sont plus.

Avec les condamnations, on observe les cas sanctionnés les plus graves. Les données du ministère de la Justice indiquent une baisse au milieu des années 2000, suivie d’une stabilisation. Là aussi, les chiffres peuvent varier en fonction de l’activité de l’institution, mais il semble difficile de présumer d’une clémence plus grande des juges dans les années récentes. On a de bonnes raisons de penser que le nombre de cas les plus graves n’augmente pas. Ce qui ne préjuge en rien bien sûr de formes de racisme beaucoup plus banales et beaucoup plus répandues qui échappent à tout enregistrement.

Pour mesurer le nombre d’actes à caractère raciste commis et notamment ceux du quotidien, on peut aussi poser la question aux intéressés. Depuis 2006, tous les ans, le ministère de l’Intérieur réalise une enquête dans laquelle on demande aux personnes interrogées « avez-vous été victimes d’injures ou de violences racistes ? ». Les injures racistes représentent entre 10 % et 15 % de l’ensemble des injures. Les violences, entre 5 % et 7 %. Là aussi, les évolutions demeurent modestes. Le nombre de personnes victimes d’injures à caractère raciste a augmenté de 560 000 à 740 000 par an entre 2008 et 2013, puis il a nettement diminué pour revenir à 530 000 en 2018. Mesuré uniquement depuis 2011, le nombre de personnes se déclarant victimes de violences physiques à caractère raciste a été divisé par deux, d’un pic de 236 000 en 2012 à 114 000 en 2018. Là aussi, il faudrait tenir compte de l’évolution de la sensibilité aux actes racistes mais on peut difficilement conclure à une progression du phénomène.

Ni du côté des actes recensés, ni du côté des victimes, on observe une flambée de racisme. Le croisement de différentes données pousse plutôt à conclure à une stabilisation voire à une baisse ces dernières années. La chronique médiatique des faits divers et leur amplification par les réseaux sociaux ne correspondent pas nécessairement à la réalité sociale. Ces données vont dans le même sens que l’évolution des valeurs : globalement, la tolérance progresse dans notre pays. Ces chiffres doivent cependant être maniés avec prudence. D’un côté, comme pour l’insécurité en général, quand une société est plus attentive à un phénomène social, elle fait ressortir des actes qui hier étaient passés sous silence. De l’autre, la diminution est lente et les actes racistes sont loin d’avoir disparu. Selon les enquêtes de victimation, on compte tout de même plus de 100 000 cas de violences physiques chaque année. Comme le souligne la Commission nationale consultative des droits de l’homme, une grande partie du phénomène reste non mesurée (ce qu’on appelle « le chiffre noir »). Le rejet peut persister mais s’exprimer de manière moins violente, plus insidieuse. Enfin, la baisse globale des actes racistes est une moyenne qui peut masquer une augmentation vis-à-vis de catégories spécifiques.

Notes:

  1. La définition est plus large que le racisme pur, cela comprend les actes xénophobes et les actes contre une personne en fonction de sa religion.