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La fécondité est stable depuis 40 ans en France

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La fécondité conjoncturelle a atteint 1,84 enfant par femme pour la France métropolitaine en 2018. Elle diminue légèrement depuis 2011 et se situe à son niveau du milieu des années 2000. Entre le milieu des années 1990 et le milieu des années 2000, la fécondité a nettement progressé en France : elle est passée de 1,65 à deux enfants par femme.

Le mouvement de baisse récent (- 0,17 enfant en huit ans) est trop faible pour qu’on puisse en tirer des conclusions de long terme. La remontée des années 1990 résulte d’abord d’un effet dit de « calendrier ». L’indicateur conjoncturel mesure la fécondité une année donnée, toutes générations confondues, quel que soit l’âge des mères. Quand les couples décident de reporter les naissances mais de faire autant d’enfants, l’indicateur diminue dans un premier temps (les années 1970 et 1980), puis remonte avec la hausse de la fécondité aux âges plus élevés (les années 1990). C’est ce qui s’est passé. La diminution depuis 2010 s’interprète de la même façon. En se maintenant à un niveau élevé, le chômage et la précarité ont probablement affecté le calendrier des naissances : une partie des couples ont remis leur projet à plus tard, faute de ressources. Rien ne dit que la baisse actuelle est durable.

Pour comprendre la fécondité, il faut remonter dans le temps long. Depuis les années 1970, l’indice conjoncturel affiche au fond une grande stabilité, entre 1,8 et deux enfants par femme. Le niveau de la fécondité est très fortement lié à la place des femmes dans la société. Les pays où la fécondité est la plus faible sont ceux où la venue d’un enfant impose le plus souvent aux femmes d’arrêter de travailler. La France est l’un des pays occidentaux où conjuguer maternité et vie professionnelle est à la fois moins difficile en pratique et le plus valorisé. Les pays où la fécondité est la plus élevée sont ceux où les rôles hommes-femmes se sont rééquilibrés et où les normes traditionnelles de la famille (les femmes doivent s’arrêter de travailler pour élever leurs enfants) sont les moins prégnantes. La politique familiale ne fait qu’accompagner ce processus.

L’indicateur le plus pertinent : la descendance finale

L’indicateur le plus pertinent pour juger de l’évolution de la fécondité sur longue période n’est pas l’indice conjoncturel mais la descendance finale, qui représente le nombre moyen d’enfants mis au monde par une génération donnée de femmes. On ne connaît sa valeur qu’à un âge élevé, quand les femmes n’ont plus qu’une faible probabilité d’avoir des enfants, autour de 45 ans. Aujourd’hui, on dispose de ce chiffre pour les générations nées jusqu’au début des années 1970. Les femmes nées à cette période ont eu en moyenne deux enfants. Ce chiffre ne devrait pas diminuer avant longtemps puisque les femmes nées en 1980 avaient eu à 35 ans davantage d’enfants que la génération 1970.

La descendance finale a beaucoup baissé entre les générations nées au début des années 1930 et celles nées à la fin des années 1940, passant de 2,6 à 2,1 enfants par femme. Elle est ensuite restée quasiment stable pour les générations nées entre 1947 et 1960. Puis, elle a recommencé à diminuer pour les femmes nées au début des années 1960. Le niveau actuel de deux enfants par femme conduit à une population stable sur le long terme compte tenu d’une faible part d’immigration (voir ci-dessous). Toute la question est de savoir si la fécondité française demeurera une exception en Europe (avec l’Irlande) ou si elle va converger à terme vers 1,7 ou 1,8 enfant en moyenne, comme dans de nombreux autres pays. L’une des questions essentielles pour l’avenir de la fécondité sera de savoir jusqu’où peut s’élever l’âge de la maternité et notamment comment évolueront les capacités physiologiques et les normes sociales dans ce domaine. Dans les années récentes, la fécondité augmente moins ou se stabilise aux âges élevés, indique une étude de l’Insee.

Il n'y a pas "besoin" de 2,1 enfants par femme

Régulièrement, on lit qu'il faudrait 2,1 enfants par femme pour éviter que la population diminue, ce qui est faux. Ce chiffre n'est valable que si l'on ne tient pas compte de l'immigration. Pour que la population stagne, il faut qu'une femme ait au moins une fille en moyenne. Pour que chaque femme ait une fille, il lui faut deux enfants. Mais tous les enfants ne vivront pas jusqu'à l'âge d'avoir des enfants, d'où le 0,1 en plus qui comble l'effet de la mortalité entre 0 et 30 ans environ (c'est même un peu moins aujourd'hui). En pratique, notre pays a toujours connu un apport migratoire et même avec 1,7 ou 1,8 enfant par femme, la population ne diminuerait pas. Il faut d'abord se demander si une baisse de population est vraiment si grave, question polémique dans un pays qui fait une fixation sur sa natalité. En fait, la question de fond qu'il faut se poser est plutôt : les couples ont-ils le nombre d'enfants qu'ils désirent ?

 

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