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L’espérance de vie progresse moins vite

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L’espérance de vie à la naissance atteint 79,5 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes en 2018 en France métropolitaine, selon l’Insee. Au cours des 60 dernières années, les hommes comme les femmes ont gagné 14 ans d’espérance de vie en moyenne. Cependant, depuis le milieu des années 1990, les gains obtenus par les femmes sont moins rapides que ceux des hommes et l’écart entre les sexes se resserre : de huit ans et trois mois en 1992, il est tombé à moins de six années en 2017. Les modes de vie féminins sont de plus en plus semblables à ceux des hommes, qu’il s’agisse des durées de travail ou des types d’activité professionnelle, de consommation de tabac ou d’alcool notamment. Pour autant, l’inégalité femmes-hommes en la matière reste considérable. En 2019, l’espérance de vie des hommes est équivalente à celle que les femmes avaient au milieu des années 1980. Au rythme actuel de rapprochement, il faudrait 60 ans pour arriver à l’égalité entre femmes et hommes.

De très nombreux facteurs contribuent à l’allongement de la vie. Sur longue période, les conditions de vie s’améliorent, le travail est moins pénible physiquement et le nombre d’heures de travail baisse. Plus qualifiés, les individus sont de plus en plus attentifs à leur santé et à leur corps en particulier (hygiène, alimentation, etc.). L’accès aux soins progresse. La qualité des soins et l’innovation en matière de santé jouent mais on constate peu de relations au plan international entre le système de soins lui-même et l’espérance de vie. Dans les années plus récentes, les progrès qui ont le plus accru l’espérance de vie ont surtout été réalisés en faveur des personnes les plus âgées, autour de 80 ans pour les femmes et 70 ans pour les hommes, principalement par une amélioration des traitements des cancers et des maladies de l’appareil respiratoire.

Cette évolution va-t-elle se poursuivre ? Dans son scénario dit « central » de projection démographique, l’Insee applique aux années futures les évolutions actuelles. Pour 2070, dans cette hypothèse, l’espérance de vie à la naissance atteindrait 93 ans pour les femmes et 90 ans pour les hommes. Depuis le début des années 2010 cependant, les progrès semblent moins rapides chez les femmes : leur espérance de vie a augmenté de 5 mois entre 2013 et 2018, moitié moins qu’entre 2003 et 2018. Et même, l’espérance de vie des femmes en 2018 est la même que quatre ans auparavant. On peut imaginer que les progrès dans ce domaine finissent par plafonner, mais il beaucoup trop tôt pour en tirer des conclusions sur une possible stagnation plus durable (voir notre article). Les progrès de la longévité tiendront à l’avenir pour partie à ceux de la médecine, à sa capacité à ralentir les effets du vieillissement et à réparer les organes qui dont les fonctions se détériorent. Pour beaucoup, ils résulteront de l’évolution des modes de vie (tabagisme et consommation d’alcool notamment) et de l’impact de la pénibilité du travail, sa quantité (le nombre d’heures travaillées) et surtout ses conditions d’exercice (notamment la pénibilité physique). Allons-nous vers des métiers qui usent moins l’organisme ou au contraire de nouvelles pénibilités sont-elles en train de naître ? Cette question est essentielle pour comprendre l’évolution future de l’espérance de vie.

Les bébés de 2017 vivront-ils plus de 100 ans ? Comme son nom l’indique, l’ « espérance » de vie est un calcul fictif réalisé à partir des conditions de mortalité du moment. On applique les taux de chaque âge pour construire l'«espoir» d'atteindre un certain âge. Un bébé né en 2019 ne connaîtra pas tout au long de sa vie les conditions de mortalité de 2019. A moins d'une catastrophe écologique ou d'une guerre, il vivra très probablement plus longtemps que l’espérance de vie ne l’indique aujourd'hui, si les progrès reprennent. Beaucoup auront plus de 100 ans et donc atteindront l'année 2119 !