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Moins de bébés, plus de décès

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En 2020, on a enregistré 57 000 naissances de plus que de décès. Ce solde – la différence entre les naissances et les décès – est en chute libre du fait de l’épidémie de coronavirus. En réalité, il était déjà en diminution très nette depuis le milieu des années 2010, où il était de 280 000 personnes. Ce solde se situe à un niveau jamais atteint depuis la Seconde Guerre mondiale.

La différence entre les naissances et les décès est baptisée « solde naturel » par les démographes. Elle constitue le moteur « interne » de notre population, le moteur externe étant le solde migratoire (les entrées moins les sorties du territoire). Le solde naturel a presque toujours été compris entre + 200 000 et + 250 000 personnes chaque année depuis la fin des années 1970. Dans les années 1950 et 1960, il était de l’ordre de + 300 000. Si l’on met de côté l’effet du virus en 2020, la diminution des dernières années résulte d’abord d’une augmentation du nombre de décès liée à l’effet du baby-boom. Les premiers baby-boomers, nés à la fin des années 1940, ont pris de l’âge et décèdent. La baisse du solde naturel est aussi la conséquence d’une baisse du nombre de naissances dans les années récentes, en dépit d’une assez grande stabilité de la fécondité sur le long terme.

Le solde naturel permet de comprendre comment la population évolue quand on ne prend pas en compte les relations avec l’extérieur (l’immigration et l’émigration). Son niveau a des conséquences très concrètes. Par exemple, avec 2,2 personnes par logement en moyenne, 110 000 habitants de plus nécessitent la construction de plus de 50 000 logements chaque année. Une augmentation de 75 000 du nombre de naissances requiert en théorie 3 000 nouvelles classes de 25 élèves en moyenne.

De nombreux commentateurs ont une grande crainte : que ce solde devienne négatif. La population diminuerait hors apport migratoire, comme c’est déjà le cas dans un certain nombre de pays européens. Il faut relativiser ce phénomène. Certes, en 2020, l’écart entre les décès et les naissances a été minime, mais on est encore loin d’un solde négatif : ce rapprochement est lié à la catastrophe sanitaire et il faut espérer qu’on en sorte rapidement. Dans les années qui viennent, l’impact devrait être bien moins important. Le croisement des courbes des naissances et des décès redouté serait présenté comme dramatique en France : on y verrait le début de la fin de la population. En réalité, il n’aurait rien de si grave. Ce solde est négatif en Allemagne depuis le début des années 1970 et le pays ne s’en sort pas plus mal que nous. Pour que la population se réduise, il faut que l’écart soit considérable et que l’immigration soit totalement stoppée, ce qui n’est jamais le cas.

Ce qui est encore plus difficile à comprendre, c’est que la progression de la population n’est pas une fin en soi. L’évolution du nombre d’habitants a même des conséquences négatives : plus on est nombreux, plus on consomme des ressources non renouvelables. Ce qui importe n’est pas la taille de la population, mais de savoir si les couples ont les enfants qu’ils désirent et si on est soignés convenablement. Enfin, la population a toujours été alimentée par un apport extérieur sans que cela ne soit insurmontable. Bizarrement, ce sont souvent ceux qui s’inquiètent de la faiblesse du solde naturel qui critiquent l’importance du solde migratoire.

 

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