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Espérance de vie : sous le choc du coronavirus

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En 2020, l’épidémie de covid-19 a fait perdre environ une demi-année de vie aux Français. L’espérance de vie à la naissance atteint 79,2 ans pour les hommes et 85,3 ans pour les femmes, selon l’Insee. Au total, l’épidémie a fait 70 000 morts en 2020, mais le nombre de décès n’a augmenté « que » de 55 000, notamment parce que le confinement et les protections sanitaires ont eu des effets sur d’autres causes de mortalité (sur les routes, par exemple) et qu’une partie des personnes décédées seraient de toute façon mortes dans l’année en l’absence d’épidémie. La baisse de l’espérance de vie a été deux fois plus importante pour les hommes (-0,6 année) que pour les femmes (-0,3) 1.

La catastrophe sanitaire va-t-elle remettre en cause les progrès obtenus au cours des dernières décennies ? Depuis 1950, Français et Françaises ont gagné 16 ans d’espérance de vie à la naissance. De nombreux facteurs contribuent à cet allongement. Sur longue période, les conditions matérielles de vie s’améliorent, le travail est moins pénible physiquement et le nombre d’heures de travail baisse. Plus diplômés, les individus sont de plus en plus attentifs à leur santé et à leur corps en particulier (hygiène, alimentation, etc.). L’accès aux soins progresse. Dans les années plus récentes, les progrès qui ont le plus accru la durée de vie ont surtout été réalisés en faveur des personnes les plus âgées (autour de 80 ans pour les femmes et 70 ans pour les hommes), principalement en raison d’une amélioration des traitements des cancers et des maladies de l’appareil respiratoire.

Cette évolution va-t-elle se poursuivre ? Dans son scénario dit « central » de projection démographique, l’Insee applique aux années futures les évolutions actuelles. En 2070, dans cette hypothèse, l’espérance de vie à la naissance atteindrait 93 ans pour les femmes et 90 ans pour les hommes. Depuis le début des années 2010 cependant, les progrès semblent moins rapides. Entre 2011 et 2015 chez les femmes, et entre 2014 et 2016 chez les hommes, l’espérance de vie a stagné. On peut imaginer qu’elle plafonnera bien un jour, mais nul ne sait quand (voir notre article). Depuis 2016, les progrès ont repris (voir nos graphiques sur la période de dix ans ci-dessous).

Demain, les progrès de la longévité dépendront de la capacité de la médecine à ralentir les effets du vieillissement et à réparer les organes dont les fonctions se détériorent. Ils résulteront aussi de l’évolution des modes de vie, notamment de la consommation de tabac et d’alcool. L’état de santé dépend aussi pour beaucoup du poids du travail : de la quantité d’heures travaillées (durée hebdomadaire et nombre d’années) et des conditions d’exercice, notamment la pénibilité physique. L’essor d’emplois peu qualifiés pénibles qui s’exercent à l’extérieur (comme les livreurs de repas à vélo) va jouer. Allons-nous vers des métiers qui usent moins l’organisme ou, au contraire, de nouvelles pénibilités sont-elles en train de naître ? Cette question est essentielle pour comprendre l’évolution future de l’espérance de vie. Les techniques de soins ne jouent qu’un poids limité parmi toutes ces évolutions.

Un dernier paramètre est venu bouleverser les analyses des années précédentes. La crise de la Covid-19 a montré que nos sociétés, en dépit des immenses progrès sanitaires effectués ces dernières décennies, n’étaient pas à l’abri de graves dangers. Dans ce cas, en revanche, la technologie a joué un rôle majeur : des vaccins ont été mis au point avec une rapidité jamais atteinte. Rien n’est donc jamais définitivement acquis en matière de durée de vie alors que nous nous sommes habitués à un progrès quasi-continu de la vie.

 

Les bébés de 2020 vivront-ils plus de 100 ans ? 

Comme son nom l’indique, l’ « espérance » de vie est un calcul fictif réalisé à partir des conditions de mortalité du moment. On applique les taux de chaque âge pour construire l'« espoir » d'atteindre un certain âge. Un bébé né en 2019 ne connaîtra pas tout au long de sa vie les conditions de mortalité de 2019. À moins d'une catastrophe sanitaire longue ou d'une guerre, il vivra très probablement plus longtemps que l’espérance de vie ne l’indique aujourd'hui, si les progrès reprennent. Beaucoup auront plus de 100 ans et donc atteindront l'année 2120 !

 

 

Notes:

  1. Voir notre article sur l’écart d’espérance de vie selon le sexe