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Un solde migratoire stable, mais davantage d’entrées et de sorties

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Si l’on prend du recul, on s’aperçoit que le solde migratoire évolue peu depuis une trentaine d’années : il oscille entre 50 000 et 100 000 personnes par an, soit 0,1 et 0,2 % de la population. L’arrêt de l’immigration de travail au milieu des années 1970 a marqué une cassure, après vingt années de flux importants 1. Après une pause entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1980 (+ 20 000 à + 50 000 par an), ce solde a eu tendance depuis à augmenter à nouveau avec des variations très irrégulières.

Ce mouvement de yoyo masque un phénomène de hausse des entrées et des sorties depuis le milieu des années 2000. Chaque année, des Français et des étrangers viennent s’établir sur le sol national, ou le quittent. Les flux sont beaucoup plus importants que le solde, qui mesure uniquement l’écart entre les arrivées et les départs.

En 2015, pour la France entière, le solde net de 67 000 personnes correspondait à 364 000 entrées et 297 000 sorties. Les entrées sont composées des immigrés (253 000 étrangers qui viennent s’installer durablement en France), mais aussi du retour de 89 000 personnes nées en France qui étaient parties à l’étranger, et de l’arrivée de 21 000 personnes nées françaises à l’étranger. Les sorties regroupent 217 000 personnes nées en France ou françaises nées à l’étranger et 79 000 immigrés qui souvent s’en retournent dans leur pays 2.

À partir de 2010, l’immigration s’accroît. Moins que chez nos voisins, mais la France accueille davantage de réfugiés, notamment du fait des crises syriennes et libyennes.  L’émigration progresse aussi. Les raisons fiscales n’ont aucun impact à ce niveau. Il s’agit pour partie de Français qui partent à l’étranger le plus souvent pour étudier ou pour évoluer dans leur carrière. La mondialisation a des effets sur les scolarités et l’organisation des parcours professionnels. 80 % des départs de personnes nées en France surviennent entre 18 et 29 ans, selon l’Insee. En même temps, les étrangers qui vivent en France demeurent moins longtemps sur le territoire et finissent par le quitter, soit pour revenir dans leur pays d’origine, soit pour s’établir dans un autre pays. Entre 2006 et 2015, le nombre de sorties a progressé de 110 000, dont 50 000 du fait d’immigrés qui ont quitté la France. Le solde des entrées et des sorties des seuls immigrés en 2015 (+ 174 000) est quasiment au même niveau qu’en 2006 (+ 164 000).

La France n’est pas submergée par l’immigration, loin s’en faut. Les entrées et sorties augmentent du fait de l’insertion de notre pays dans une économie de plus en plus mondialisée. Un nombre croissant d’habitants de la planète conçoit d’aller vivre dans un autre pays même si le phénomène demeure très marginal rapporté à la population mondiale. Les crises politiques que vivent certains pays alimentent des flux temporaires plus élevés. Les populations immigrées constituent des boucs émissaires, facilement désignées comme à l’origine d’une partie des difficultés de la société française (stagnation des niveaux de vie et chômage élevé notamment). L’objectif de certains commentateurs est de livrer ainsi un coupable à ceux qui subissent la crise, en désignant le dernier arrivé, censé entrer en concurrence avec eux. Cette pratique attise les tensions et ne fait que différer la mise en œuvre de politiques publiques répondant concrètement aux besoins sociaux.

Entrées et sorties

 

 

Notes:

  1. Le pic de 1962 étant lié aux rapatriés d’Algérie, le solde migratoire atteint alors 860 000.
  2. Pour plus de précisions, voir : « L’analyse des flux migratoires entre la France et l’étranger entre 2006 et 2015 », Insee focus, n°78, mars 2017.
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