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Un solde migratoire stable, mais davantage d’entrées et de sorties

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Le solde migratoire évolue peu en France depuis les années 1970 : il oscille entre 50 000 et 100 000 personnes par an, soit 10 et 20 personnes pour 10 000 habitants si on les rapportes à la population. L’arrêt de l’immigration de travail au milieu des années 1970 a marqué une cassure, après vingt années de flux importants 1. Après une pause entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1980, ce solde a eu tendance depuis à augmenter à nouveau avec des variations très irrégulières.

Ce mouvement de yoyo masque un phénomène de hausse des entrées et des sorties depuis le milieu des années 2000. Chaque année, des Français et des étrangers viennent s’établir sur le sol national, ou le quittent. Les flux sont beaucoup plus importants que le solde, qui mesure l’écart entre les arrivées et les départs. Les chiffres sont de très grandes approximations, car on connaît relativement bien les entrées (légales) mais très mal les départs, il faut donc les considérer avec précaution. L’Insee estime par exemple qu’en 2018, 270 000 immigrés se sont installés en France, mais 70 000 sont repartis, ce qui aboutit à un solde net de 200 000. En même temps, 271 000 Français sont partis vivre à l’étranger mais 110 000 sont rentrés, soit un solde de 160 000 environ.

À partir de 2010, l’immigration a progressé dans l’Hexagone. La France accueille davantage de réfugiés, par exemple du fait des crises syriennes et libyennes. Mais l’émigration progresse aussi. Les raisons fiscales n’ont guère d’impact à ce niveau. Il s’agit pour partie de Français qui partent à l’étranger pour étudier ou pour évoluer dans leur carrière. La mondialisation a des effets sur les scolarités et l’organisation des parcours professionnels. 80 % des départs de personnes nées en France surviennent entre 18 et 29 ans, selon l’Insee. En même temps, les étrangers qui vivent en France demeurent moins longtemps sur le territoire et finissent aussi par le quitter, pour revenir dans leur pays d’origine ou s’établir dans un autre pays. Au total au milieu des années 2000, 200 000 personnes, nées en France ou immigrées quittaient la France chaque année, contre plus de 300 000 depuis 2014.

La France n’est pas submergée par l’immigration, tant s’en faut. Ces évolutions correspondent à l’insertion de notre pays dans une économie de plus en plus mondialisée, dans laquelle on circule davantage. Un nombre croissant d’habitants de la planète, pour de très nombreuses raisons, conçoit d’aller vivre dans un autre pays même si le phénomène demeure marginal rapporté à la population mondiale. Les crises politiques que vivent certains pays alimentent des flux temporaires plus élevés. Dans ce contexte, on peut facilement prédire un ralentissement des flux en 2020 et 2021 du fait de la crise sanitaire, du côté des entrées comme des sorties. La question est plutôt de savoir quand reprendra le flux normal des mobilités internationales.

 

 

Notes:

  1. Le pic de 1962 étant lié aux rapatriés d’Algérie, le solde migratoire atteint alors 860 000.