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Comment mesurer la présence des immigrés et étrangers en France ?

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6,5 millions d’immigrés et 4,5 millions d’étrangers vivent en France, selon les données du recensement 2018 de l’Insee. Les premiers représentent 9,7 % de la population, les seconds  7,2 %. Tous les immigrés ne sont pas des étrangers, et tous les étrangers ne sont pas immigrés. Les immigrés sont des personnes nées étrangères à l’étranger, venues ensuite s’installer en France durablement (lire notre définition). Une partie est devenue française par la suite : 39 % des immigrés sont Français. Ce qui les caractérise, c’est la migration. Les étrangers sont tous ceux qui vivent en France et qui n’ont pas la nationalité française. Ce qui les caractérise, c’est la nationalité et non le fait d’avoir changé de pays. Les jeunes nés en France de parents étrangers sont étrangers, même si la majorité deviendra presque en totalité française à l’âge de 16 ans. En 2018, 15 % des étrangers étaient nés dans l’Hexagone. Au total, 4,1 millions de personnes sont à la fois étrangères et nées à l’étranger (donc immigrées), soit 6,1 % de la population vivant en France.

Au-delà des étrangers et des immigrés eux-mêmes, une partie de la population a un lien avec l’immigration. Une part des personnes vivant en France ont des ancêtres venus de l’étranger. C’est le cas d’un très grand nombre d’illustres personnages de notre pays, de Nicolas Sarkozy à Dany Boon, en passant par Kylian Mbappé. Cette part serait considérable si l’on pouvait remonter le fil des générations : les Français d’aujourd’hui ont très peu de sang « gaulois », population déjà soumise à diverses influences étrangères… En remontant seulement cinq générations, nous avons déjà 32 ancêtres différents, dont une partie non négligeable ne parlait pas le français mais, soit une langue étrangère, soit une langue régionale.

Sans remonter jusqu’à là, l’Insee estime que 7,2 millions de personnes sont des descendants directs d’immigrés (données 2015) : ils ont au moins un père ou une mère immigré. Au total, un cinquième de la population française est, soit née à l’étranger, soit née d’au moins un parent immigré. Étudier les descendants d’immigrés permet de mieux comprendre les modes de vie d’une partie de la population et notamment les conditions de son intégration 1. Ce concept peut être utilisé pour appréhender la part de la population susceptible – du fait de son patronyme ou de sa couleur de peau notamment – d’être discriminée et d’étudier les différences de parcours entre immigrés et leurs descendants. Au-delà, rassembler immigrés et descendants dans un même ensemble a peu de sens. L’étiquette d’« immigré » pour le descendant d’une famille espagnole fuyant le régime franquiste à la fin des années 1930 est toute relative. Les trois quarts des descendants d’immigrés de 18 à 50 ans sont de nationalité française.

On peut aussi s’intéresser au nombre de personnes qui vivent dans un ménage dans lequel au moins l’un des adultes est immigré. Selon l’Insee, 10,2 millions de personnes vivent dans un ménage 2 où la personne de référence ou son conjoint est immigré, ce qui représente 16 % de la population des ménages (données 2014). On prend alors en compte en particulier les couples mixtes, composés d’un conjoint immigré. Ce concept est utilisé pour comparer les conditions et les modes de vie de différents types de ménages, en général en le restreignant aux ménages dont la personne de référence est immigrée. Comme pour les descendants d’immigrés, cet indicateur n’a qu’un intérêt réduit. Le caractère migratoire ne se diffuse pas aux personnes qui vivent ensemble dans un ménage : on ne devient pas immigré en se mariant avec une personne née à l’étranger ou en naissant d’un couple mixte. Pour la plupart des personnes vivant dans ces ménages, l’étiquette « immigré » n’a pas grand sens.

Pour mesurer l’implantation des immigrés, on peut enfin s’intéresser à la durée depuis laquelle ces populations sont installées sur le sol national. Le passé migratoire de la France est ancien. Le processus s’est accéléré à la fin du XIXe siècle, notamment avec l’arrivée d’Italiens 3. L’immigration en France est le résultat de l’arrivée de populations en provenance de zones géographiques variées (lire notre article). La moitié des immigrés sont installés depuis plus de 20 ans en France, 70 % depuis plus de dix ans (données 2011). Sur les 5,6 millions d’immigrés installés en 2011, 3,9 millions vivaient en France depuis au moins une décennie. Là aussi, le concept doit être utilisé avec prudence : on peut résider depuis trois mois en France avec comme projet de s’y installer définitivement et, à l’inverse, être présent de longue date parce que l’on a été chassé de son pays et espérer y retourner le plus vite possible.

Notes:

  1. Voir  « Les descendants d’immigrés », Emmanuelle Santelli, Ed. La découverte, coll. Repères, 2016.
  2. Un ménage peut être composé d’une personne seule, d’un couple ou d’une famille.
  3. Voir « Histoire de l’immigration », Marie-Claude Blanc-Chaléard, éd. La découverte, 2001.