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La place des immigrés en France

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5,9 millions d’immigrés (8,9 % de la population totale) et 4,2 millions d’étrangers (6,4 %) vivent en France, selon les données du recensement 2014 de l’Insee. Les immigrés sont des personnes nées étrangères à l’étranger et venues s’installer en France (lire notre définition). Une partie a pu acquérir la nationalité française par la suite : 39 % des immigrés sont Français. Ce qui les caractérise, c’est la migration. Les étrangers sont tous ceux qui vivent en France et qui n’ont pas la nationalité française. Ce qui les caractérise, c’est la nationalité, non le fait d’avoir changé de pays. Les jeunes nés en France de parents étrangers sont étrangers, même si la majorité deviendra presque en totalité française à l’âge de 16 ans. En 2014, 14 % des étrangers étaient nés dans l’Hexagone.

Au-delà des étrangers et immigrés eux-mêmes, une partie de la population a un lien avec l’immigration. Une part des personnes vivant en France ont des ancêtres venus de l’étranger. C’est même le cas de très illustres personnages de notre pays, de Laurent Koscielny (footballeur d’origine polonaise) à Nicolas Sarkozy (ancien président de la République d’origine hongroise) en passant par Omar Sy (comédien d’origine mauritanienne et sénégalaise), qui est même la personnalité préférée des Français. Cette part serait considérable si l’on pouvait remonter le fil des générations : peu de Français n’ont de sang 100 % gaulois, territoire d’ailleurs déjà soumis à diverses influences étrangères. Chacun devrait se souvenir qu’en remontant seulement cinq générations il a déjà 32 ancêtres différents.

Sans aller jusque là, l’Insee estime que 6,8 millions de personnes sont des descendants directs d’immigrés (données 2012) : ils ont au moins un père ou une mère immigré(e)s. Au total, un cinquième de la population française est soit née à l’étranger, soit née d’au moins un parent immigré. Etudier les descendants d’immigrés permet de mieux comprendre les modes de vie d’une partie de la population et notamment les conditions de son intégration 1. Ce concept peut être utilisé pour appréhender la part de la population susceptible, du fait de son patronyme ou de sa couleur de peau notamment, d’être discriminée, en ce qui concerne les minorités dites “visibles”. Mais au fond rassembler immigrés et descendants dans un même ensemble n’a pas grand sens. L’étiquette d'”immigré” pour un descendant d’espagnol fuyant le régime franquiste à la fin des années 1930 est toute relative. Les trois quarts des descendants d’immigrés de 18 à 50 ans sont de nationalité française.

On peut aussi s’intéresser au nombre de personnes qui vivent dans un “ménage immigré”, dans lequel au moins une personne est immigrée. Selon l’Insee, c’est le cas de 3,4 millions de ménages qui regroupent 9,8 millions de personnes, soit 16 % de la population française (données 2008). On prend alors en compte les couples mixtes, ceux qui comptent des conjoints non-immigrés. Ce concept est utilisé pour comparer les conditions et les modes de vie de différents types de ménages, en général en le restreignant aux ménages dont la personne de référence est immigrée.

Comme pour les descendants d’immigrés (qui forment une partie de la population des “ménages immigrés”), ce concept a une portée très limitée car le caractère migratoire ne se diffuse pas aux personnes qui vivent ensemble dans un ménage. On ne devient pas immigré en se mariant avec une personne née à l’étranger ou en naissant d’un couple immigré ou mixte. Parmi ces 9,8 millions, quatre millions vivent dans un ménage où un seul des adultes est immigré et n’ont qu’une relation très lointaine avec l’immigration.

Pour mesurer l’implantation des immigrés, on peut s’intéresser à la durée depuis laquelle ces populations sont installées sur le sol national. Là aussi, le concept doit être utilisé avec prudence : on peut résider depuis trois mois en France avec comme projet de s’y installer définitivement et être présent de longue date parce que l’on a été chassé de son pays et espérer y retourner le plus vite possible. Le passé migratoire de la France est ancien. Le processus s’est accéléré à la fin du XIXe siècle, notamment avec l’arrivée d’Italiens 2. L’immigration en France est le résultat de l’arrivée de populations en provenance de zones géographiques variées (lire notre article). La moitié des immigrés sont installés depuis plus de 20 ans en France, 70 % depuis plus de dix ans (données 2011). Sur les 5,6 millions d’immigrés (en 2011), 3,9 millions vivent en France depuis au moins une décennie.

Notes:

  1. Voir “Les descendants d’immigrés”, Emmanuelle Santelli, Ed. La découverte, coll. Repères, 2016.
  2. Voir “Histoire de l’immigration”, Marie-Claude Blanc-Chaléard, éd. La découverte, 2001
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