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Les actes à caractère raciste diminuent dans les années récentes

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Le ministère de l’Intérieur – plus exactement le Service central de renseignement territorial – recense chaque année les crimes, délits ou contraventions de 5e classe à caractère raciste. Ceux-ci, relativement stables dans les années 1990, ont triplé au début des années 2000, de 500 à 1 500 par an, puis ont oscillé autour de ce niveau. S’il y a eu progression, elle date d’une quinzaine d’années. Dans les années récentes, on a enregistré une baisse assez nette en 2016, puis une stabilisation autour de 1 000 cas. Comme pour les données sur l’insécurité en général, ces chiffres mesurent autant les évolutions du comportement des auteurs des crimes et délits que celui des forces de sécurité et de la législation. « La définition légale des infractions s’est considérablement élargie ces dernières années : certains comportements auparavant tolérés sont aujourd’hui pénalisés, tandis que le législateur a augmenté le nombre d’hypothèses dans lesquelles le mobile raciste est pris en compte au titre de circonstance aggravante. De la même manière, l’allongement des délais de prescription de trois mois à un an en matière de délit de presse à caractère raciste a également pu influer sur le nombre d’infractions enregistrées. », note la CNCDH. Difficile donc de tirer de la hausse des faits une progression du racisme, ou en tous cas récemment : le chiffre de 2018 (1 137 actes recensés) est même inférieur à celui de 2002.

Avec les condamnations on observe les cas sanctionnés les plus graves. Les données du ministère de la Justice font état d’une baisse depuis le milieu des années 2000, suivie d’une stabilisation. Là aussi, les chiffres varient en fonction de l’activité de l’institution. Pourtant, il semble difficile de présumer d’une clémence plus grande des juges dans les années récentes. On a donc de bonnes raisons de penser que le nombre de cas les plus graves n’augmente pas. Ce qui ne préjuge en rien bien sûr de formes de racisme beaucoup plus banales et beaucoup plus répandues, qui échappent à tout enregistrement.

Pour mesurer le nombre d’actes commis et notamment ceux du quotidien, on peut poser la question aux intéressés. Depuis 2006, tous les ans, le ministère de l’Intérieur réalise une enquête dite de « victimation » interroge la population. Les injures à caractère raciste représentent entre 10 % et 15 % de l’ensemble des injures. Les violences, entre 5 % et 7 %. Là aussi, les évolutions demeurent modestes. Le nombre de personnes victimes d’injures à caractère raciste a augmenté de 560 000 à 740 000 par an entre 2008 et 2013, puis il a diminué pour revenir à 590 000 en 2017. Mesuré uniquement depuis 2011, le nombre de personnes se déclarant victimes de violences physiques a été divisé par deux, d’un pic de 236 000 en 2012 à 124 000 en 2017.

Quel que soit l’indicateur retenu, on n’assiste pas à une flambée de racisme en France. La chronique médiatique des faits divers ne correspond pas nécessairement à l’évolution sociale. Ces données vont dans le même sens que l’évolution des valeurs. On ne mesure qu’une partie du phénomène, mais les évolutions pour les années récentes vont toutes dans le même sens. Attention tout de même. D’abord, ces moyennes peuvent d’une part cacher des violences racistes qui ne sont pas exprimées et comptabilisées comme telles. Comme le souligne la CNCDH, une grande partie du phénomène reste non mesurée (ce qu’on appelle « le chiffre noir »). Inversement, comme pour l’insécurité en général, quand une société est plus attentive à un phénomène social, elle fait apparaître au grand jour des actes qui hier étaient passés sous silence. Ensuite, les moyennes globales peuvent masquer la progression du racisme vis-à-vis de catégories spécifiques.