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L’espérance de vie en bonne santé progresse

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L’espérance de vie atteint 85 ans et demi pour les femmes et 79 ans pour les hommes en 2020, selon l’Insee (lire notre article). Profite-t-on vraiment de toutes ces années ? Pour mesurer la durée de vie en « bonne santé », le ministère des Solidarités réalise chaque année une enquête auprès de la population 1, dans laquelle il demande aux personnes interrogées si elles sont limitées dans leurs activités depuis au moins six mois à cause d’un problème de santé.

L’espérance de vie dite « sans incapacité » est logiquement plus courte que l’espérance de vie tout court. Si l’on prend en compte l’incapacité « sévère » – on ne considère alors que les personnes qui déclarent une limitation « forte » – 2, elle est – à la naissance – de 77,9 ans pour les femmes et de 73,8 ans pour les hommes. Soit 7,4 années de moins que l’espérance de vie tout court pour les femmes et 5,5 pour les hommes : on a là une mesure de la durée, généralement en fin de vie, passée en mauvaise santé, avec une incapacité sévère. Il faut rester prudent en comparant les deux grandeurs souvent mélangées dans le débat public : l’une (l’espérance de vie) est calculée à partir de l’âge des décès constatés, l’autre (la bonne santé) résulte de la déclaration des intéressés.

Au cours de la décennie 2010, les femmes et les hommes ont gagné 1,8 année d’espérance de vie sans incapacité sévère. L’indicateur a presque autant augmenté que l’espérance de vie tout court. On vit plus vieux, mais aussi en meilleure santé : une bonne nouvelle qui contredit de nombreux discours sur le sujet. La meilleure prise en charge des limitations, comme les problèmes d’audition ou de vue par exemple, ont pu jouer. L’écart d’espérance de vie sans incapacité sévère entre femmes et hommes  – environ quatre ans en défaveur des hommes – est beaucoup moins grand que la différence d’espérance de vie tout court. Cela peut vouloir que les femmes vivent plus longtemps, mais en plus mauvaise santé. Ou qu’elles sont plus attentives à leur corps, et qu’à perte d’autonomie équivalente elles déclarent plus souvent une incapacité. Les deux jouent probablement. L’écart entre les sexes a peu évolué depuis dix ans.

La crise sanitaire n’a eu que peu d’impact sur l’incapacité sévère en 2020 : l’espérance de vie a diminué d’une demie année (l’ensemble des décès a augmenté de 9 %), mais l’espérance de vie sans incapacité sévère a peu évolué. Le ministère des Solidarités note que l’enquête a eu lieu en début d’année, avant que la pandémie ne se soit vraiment déployée. Dans des périodes de crise, on peut avoir tendance à moins déclarer certaines incapacités, qui passent alors au second plan. La maladie peut avoir pour effet d’accroître les incapacités sévères, mais il est encore difficile d’en mesurer l’ampleur.

Notes:

  1. « En 2020, l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans est de 12,1 ans pour les femmes et de 10,6 ans pour les hommes », Etudes et résultats n°1213, min. des Solidarités, octobre 2021.
  2. L’espérance de vie sans incapacité tout court, très souvent utilisée, est très discutable car elle inclut des personnes qui répondent qu’elles ne sont pas fortement limitées dans leurs activités.