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Comment définir un seuil de richesse ?

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Quel est le seuil de la richesse si l'on raisonne en terme de revenus 1 ? Autant les travaux sur le seuil de pauvreté sont nombreux, autant le seuil de la richesse ne semble pas passionner les chercheurs. On dispose pourtant d’éléments de mesure.

On peut fixer le seuil de richesse de façon relative au niveau de vie médian, comme on le fait pour le seuil de pauvreté. Le procédé est le même, ni plus ni moins subjectif. Par exemple, on peut considérer comme "riche", celui qui perçoit le double du niveau de vie médian 2. Selon cette définition, utilisée par l’Observatoire des inégalités, on devient riche à partir d’environ 3000 euros pour une personne seule après impôts et prestations sociales, 5 900 euros pour un couple sans enfant et 7 700 euros pour un couple avec deux enfants (données 2013, voir les données détaillées).

On pourrait qualifier de "riches" tous ceux dont les revenus les placent au-delà du seuil des 10 % de la population dont le niveau de vie est le plus élevé. Frontière encore arbitraire, mais très symbolique. L'Insee n'aime pas employer le mot "riches", mais l'institut a estimé que les 10 % supérieurs étaient des "hauts revenus", une autre appellation distinctive. L'institut distingue au sein des 1 % de "très hauts revenus", les "aisés" (0,9 %), "très aisés" (0,09 %) et "plus aisés ("0,01 %). Si les dix personnes aux revenus les plus élevés parmi 100 ne sont pas riches, comment les qualifier ? Si on utilise cette définition, une personne est riche à partir de 2 800 euros  mensuels (après impôts et prestations sociales), un couple 5 600 euros et un couple avec deux enfants 6 900 euros. Problème : avec cet indicateur, la part de riches dans la population totale ne change jamais, par définition. C’est le seuil qui change.

On peut aussi poser la question à la population, sous la forme d’un sondage. Selon une enquête d’opinion réalisée par l’institut Odoxa en juin 2015 la moitié des sondés ont fixé la barre à moins de 5 000 euros mensuels et la moitié à plus de 5 000 euros. La question posée était « à partir de quel revenu mensuel net peut-on considérer qu’une personne est riche » ?  Le problème de ces sondages est que le concept de revenu mensuel est flou, on ne sait s’il intègre les allocations logements et familiales et, en tous cas, il ne comprend pas les impôts, contrairement aux données précédentes. Après impôts directs, le seuil serait alors plutôt de 4 000 € mensuels. Mais une partie des sondés ont certainement raisonné en fonction des revenus de l’ensemble du ménage et non d'une personne seule.

Les parlementaires se sont penchés sur la question, en définissant un plafond de revenu pour certains avantages, notamment les niches fiscales. Sous-entendu : au-delà, les contribuables sont assez aisés pour ne pas en avoir besoin. Ainsi un célibataire dont les revenus dépassent 5 000 euros avant impôts est au-delà du maximum autorisé de 10 000 euros, niveau théorique car certaines niches ne sont toujours pas plafonnées. Ce qui aboutit là aussi à environ 4 000 euros nets d'impôts.

On pourrait considérer qu’une personne est riche quand elle peut vivre de ses rentes 3. Si l’on considère que cette fortune doit vous rapporter au moins le revenu médian (1 600 euros) alors il faut un patrimoine de rapport d’environ 600 000 euros rémunéré à 3 %. Est riche celui qui ne travaille pas. Mais alors les "riches" n'ont pas toujours des revenus élevés et les personnes qui perçoivent de très hauts revenus d’activité ne sont pas toujours considérées comme riches.

Enfin, il serait possible d'enquêter sur les conditions de vie des ménages aisés, et de définir un seuil de "richesse en conditions de vie", comme l'Insee le fait pour les pauvres en condition de vie 4. Serait riche celui qui ne se prive que d'une fraction infime de biens ou de services, qui peut avoir accès à la quasi totalité de ce qu'il souhaite. Ce type d'étude ne semble pas exister.

Définir la richesse, comme la pauvreté, est une construction statistique. Avec 3 000 euros mensuels pour une personne après impôts et prestations sociales, on atteint un niveau de vie très élevé dans notre pays, qui vous distingue clairement des couches moyennes. Reste qu'au-delà de cette barre les écarts sont considérables, bien davantage qu'entre les pauvres. La population des "riches" comprend à la fois des cadres supérieurs, des dirigeants ou professions libérales dont les revenus peuvent approcher 10 000 euros mensuels, comme les plus hauts revenus de l'entreprise, du sport ou du spectacle, qui se chiffrent parfois en millions d'euros mensuels.

Notes:

  1. Ce texte est une version actualisée et synthétique de  « Les riches en France : de qui parle-t-on ?», Observatoire des inégalités, octobre 2014. 
  2. Voir « Qui est riche en France ? », Louis Maurin, Alternatives Economiques, n°153, novembre 1997.
  3. Une proposition faite par Alain Bihr et Roland Pfefferkorn dans « Déchiffrer les inégalités », ed. La découverte, 1999.
  4. Cette approche est proposée par Julien Damon dans "Pauvreté et précarité en chiffres", Cahiers français n°390, Documentation française, 2016.