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Comment évoluent les inégalités de revenus ?

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rapportdecilesmoyensL’accalmie sur le front des inégalités aura été de courte durée. Les inégalités de niveaux de vie, qui avait diminué entre 2011 et 2013, ont repris leur progression comme le montrent les données sur les revenus 2015 recalculées par l’Observatoire des inégalités 1. Cette remontée est modeste. L’indice de Gini est passé de 0,288 à 0,292 entre 2013 et 2015. Le rapport entre le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres s’est élevé de 6,7 à 6,8. Les représentations graphiques permettent la lisibilité mais exagèrent les mouvements.

Compte tenu de la marge d’erreur statistique, il faut rester prudent dans l’interprétation des données. Tout de même, entre 2013 et 2015, les 10 % les plus pauvres ont vu leur niveau de vie augmenter de 6 euros par mois, celui des 10 % les plus riches de 110 euros, soit 1 340 euros pour l’ensemble de l’année (après inflation) pour ces derniers. L’équivalent de plus d’un mois de travail d’un salarié rémunéré au niveau du Smic.

Cette réouverture des écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres s’inscrit dans une perspective plus longue, amorcée vers la fin des années 1990. C’est à ce moment, après des décennies de diminution, que les inégalités de niveaux de vie se remettent à augmenter. D’abord par le biais de l’envolée des revenus des catégories aisées : entre 2003 et 2011, leur niveau de vie moyen a augmenté de 15 %, soit un gain de 8 000 euros l’an. Ensuite par la baisse des revenus du dixième inférieur, qui a perdu 500 euros annuels entre 2008 et 2012.

Gini

A l’avenir, deux hypothèses sont possibles. Faute d’une reprise durable de l’activité, assortie de mesures de partage de la richesse et de garanties sur la rémunération du travail, la période 2011-2013 de baisse des écarts de revenus ne sera qu’une parenthèse dans un mouvement plus long de progression des inégalités entamé au milieu des années 1990. Comme le montre l’exemple allemand, une diminution du chômage n’est pas incompatible avec une progression des inégalités si le travail n’est pas rémunérateur. Sans « explosion » des écarts, on pourrait revenir d’ici une décennie à la situation qui était celle des années 1970. Ce serait un changement important de trajectoire pour la société française alors que les catégories de revenus s’étaient rapprochées depuis la fin des années 1960.

Inversement, une baisse du chômage accompagnée par une politique de redistribution des revenus et surtout de garanties sur la qualité de l’emploi (salaire et statut de l’emploi) pourrait effacer assez vite les effets de la hausse des inégalités depuis le milieu des années 1990. Depuis 2015, le nombre de ménages allocataires des minima sociaux a diminué, ce qui est bon signe. Au fond, beaucoup dépendra des compromis sociaux élaborés dans le cadre du nouveau quinquennat. La modestie de la croissance économique accroît les tensions : en période de vaches maigres, les intérêts s’expriment davantage.

 

Notes:

  1. Pour tenir compte des changements de méthode opérés par l’Insee en 2010 et 2012.
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