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Les inégalités de revenus n’augmentent plus

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Les inégalités de niveaux de vie, comme la pauvreté, vont-elles enfin se stabiliser en France ? C’est ce que tendent à montrer les données de l’Insee qui portent jusqu’en 2016. Après une forte diminution en 2013, le rapport entre le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres stagne autour de 6,7 1 sur la période 2013-2016. L’écart entre ces deux tranches de revenus se maintient autour de 48 000 euros par an. L’indice de Gini s’est lui aussi stabilisé autour de 0,29. Il est peu probable que les choses aient fortement varié entre 2017 et 2018.

Un bémol doit être apporté à cet optimisme : en valeur absolue, l’évolution est un peu différente ces dernières années. Entre 2013 et 2016, le niveau de vie annuel des 10 % les plus pauvres a augmenté de 150 euros, et celui des 10 % les plus riches de 820 euros (après inflation). Pour 2018, la baisse de l’imposition des revenus financiers 2

va favoriser les catégories les plus aisées.

Prendre du recul

Pour comprendre les inégalités, il est toujours utile de remettre les évolutions dans un contexte de plus long terme. Une réouverture des écarts de revenus s’est amorcée vers la fin des années 1990 et surtout au milieu des années 2000, avant même la crise de 2008. Après des décennies de diminution (1970-1980), les inégalités de niveaux de vie se remettent alors à augmenter. D’abord par le biais de l’envolée des revenus des catégories aisées : entre 2003 et 2011, le niveau de vie moyen du dixième le plus riche a augmenté de 15 %, soit un gain de 8 000 euros l’an. Ensuite, par la baisse des revenus des 10 % les plus pauvres, dont le niveau de vie a perdu 500 euros annuels entre 2008 et 2012. On assistait alors à une profonde divergence.

La phase actuelle amorcée en 2013 marque-t-elle un retournement après une « décennie noire » (2002-2012) en matière d’inégalités ? Il est trop tôt pour le dire, mais deux hypothèses sont possibles. La phase actuelle de stabilisation ne sera qu’une parenthèse si l’activité ne reprend pas durablement et qu’aucune mesure de redistribution des revenus globale n’est mise en place. L’exemple allemand montre qu’une diminution du chômage n’est pas incompatible avec une progression des inégalités si le travail n’est pas rémunérateur. On pourrait revenir d’ici une décennie à un niveau d’inégalités de revenu comparable à la situation des années 1970. Ce serait un retour en arrière pour la société française alors que les catégories de revenus s’étaient rapprochées depuis la fin des années 1960.

Inversement, une baisse du chômage assortie de garanties sur la qualité de l’emploi (salaire et statut) pourrait effacer assez vite les effets de la hausse des inégalités constatée depuis le milieu des années 1990. Au fond, beaucoup dépendra des compromis sociaux élaborés dans le cadre du quinquennat. La modestie de la croissance économique depuis 2001 accroît les tensions : en période de vaches maigres, le conflit devient plus âpre pour le partage de la richesse. Pour l’heure, la balance penche en direction des plus favorisés (dérégulation du travail, baisses d’impôts sur les revenus financiers et réduction de l’impôt sur le patrimoine, baisse des allocations logement). Il faudra patienter pour évaluer l’impact des nouvelles mesures annoncées pour les plus démunis, notamment dans le cadre du « plan pauvreté ».

 

Notes:

  1. Pour tenir compte des changements de méthode opérés par l’Insee en 2010 et 2012, nous avons recalculé les séries de l’Insee.
  2. Ces revenus, qui étaient imposés avec des taux croissants en fonction des ressources de l’année seront désormais taxés à un taux fixe de 30 %.
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