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Une pauvreté toujours aussi intense

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Entre le sans-abri qui vit à la rue et une famille modeste qui dispose d’un logement social, la mesure de la pauvreté regroupe des conditions de vie très différentes. Le seuil de pauvreté que nous utilisons se situe à la moitié du niveau de vie médian, soit 867 euros par mois en 2017 pour une personne seule. C’est un maximum qui comprend des personnes qui ont bien moins que cela.

Pour mesurer les disparités à l’intérieur de la population pauvre il existe un instrument peu connu, qui s’appelle l’« intensité » de la pauvreté. L’Insee rapporte le niveau de vie médian des personnes pauvres 1 au seuil de pauvreté. On cherche ainsi à savoir si le niveau de vie médian des pauvres est plus ou moins éloigné du seuil de pauvreté : plus l’écart est grand, plus les inégalités sont importantes à l’intérieur de la population pauvre, on dit alors que « l’intensité » du phénomène est élevée.

Essayons de comprendre comment on mesure concrètement cette intensité. En France, le seuil de pauvreté à 50 % est donc de 867 euros par mois pour une personne seule. Le niveau de vie médian des personnes dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté est de 715 euros. Dit autrement, la moitié des pauvres (environ 2,5 millions de personnes) touche entre 0 et 715 euros (pour l’équivalent d’une personne seule) et l’autre moitié entre 715 et 867 euros. Au-delà, ils ne sont plus considérés comme pauvres. Si l’on fait la différence soit 867 euros moins 715 euros, on obtient 152 euros : c’est l’écart entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté pour l’ensemble de la population. Si l’on rapporte ces 152 euros à 867 euros, on obtient 17,5 %, c’est-à-dire notre intensité de la pauvreté. Plus ce chiffre est faible, plus cela signifie que les écarts de revenus sont réduits à l’intérieur des personnes pauvres.

Mesurer l’intensité de la pauvreté est surtout intéressant pour dresser des comparaisons ou des évolutions. Au niveau international, la France est parmi les pays où l’intensité de la pauvreté est la plus réduite. Eurostat l’estime à 14,7 % (données 2017) pour une moyenne européenne de 25 % (l’écart avec les données produites par l’Insee s’explique par l’utilisation de deux enquêtes différentes). Seule l’Irlande fait mieux avec 14,5 %. Notre modèle social est plus coûteux que d’autres, mais il protège mieux et évite la plus grande pauvreté à un grand nombre, notamment parmi les familles et les personnes âgées.

En matière d’évolution depuis 20 ans, la seule période vraiment marquante est le tournant des années 2000. A la fin des années 1990 la croissance a été très rapide, le chômage a fortement diminué, ce qui a réduit la grande pauvreté. Le niveau de vie médian des personnes pauvres augmente alors de 600 à 700 euros mensuels, ce n’est pas un niveau considérable, mais l’intensité de la pauvreté baisse de 18 % à un peu plus de 14 %. Depuis le milieu des années 2000 les choses ont peu évolué avec une intensité de la pauvreté autour de 18 %. Le niveau de vie médian des personnes pauvres a peu changé.

On ne connaîtra les conséquences de la crise sanitaire actuelle sur les revenus qu’avec retard puisque l’Insee publie les données avec deux années de délai. A l’automne 2022, on saura dire ce qui s’est vraiment passé en 2020. Malheureusement, il est possible que l’on assiste à une remontée de la grande pauvreté et donc à une élévation de son intensité. En particulier, un certain nombre de jeunes qui exerçaient des activités de service (hôtellerie-restauration, culture et bâtiment notamment) risquent de se retrouver sans emploi, sans indemnité chômage ni revenu minimum (ils ne peuvent pas toucher le RSA). Beaucoup dépendra de l’ampleur de la reprise et des mesures d’accompagnement pour les plus démunis.

 

Notes:

  1. Il partage l’effectif des personnes pauvres en deux, autant touche moins, autant davantage.