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Comment mesure-t-on la pauvreté en France ?

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Pour comprendre comment on mesure la pauvreté, il faut faire un peu de calculs, très simples. Tout d’abord, on part d’une hypothèse : la pauvreté est relative au niveau de vie global. On est pauvre par rapport aux autres et non dans l’absolu. On aurait tout aussi bien pu décider que les pauvres sont ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter tel ou tel bien, d’avoir recours à tel ou tel service, etc. Pourquoi a-t-on choisi ce « par rapport » ? Parce que l’on considère qu’une personne pauvre est celle qui est exclue des standards de vie de base de la société à un moment donné. Quand la société s’enrichit, ces standards s’élèvent, et donc le seuil de pauvreté aussi.

Ce niveau de vie, l’Insee le mesure à partir des déclarations d’impôts. L’Institut rassemble tous les revenus : les salaires, les revenus financiers, les prestations sociales. Et il en retire les impôts directs (sur le revenu et les impôts locaux). Il obtient un revenu « disponible ». L’outil qui va lui servir à déterminer un seuil, c’est le niveau de vie dit « médian » par personne. Médian, cela veut dire que la moitié de la population touche moins, l’autre moitié touche plus. En 2014, ce niveau de vie médian vaut 1 679 euros par mois pour une personne seule : la moitié vit avec moins, la moitié avec plus.

La pauvreté est relative à ce seuil. Certes, mais de combien ? Rien ne permet de le déterminer. Alors, on décide arbitrairement. Longtemps on a fixé la barre à 50 % du niveau de vie médian. Donc : 50 % du niveau de vie qui partage les ménages en deux. Depuis les années 2000, on a choisi 60 %, mesure européenne. On aurait tout aussi bien pu opter pour 40 % ou 70 %.

C’est là que commencent les calculs. 50 % de 1 679 euros, cela nous donne 840 euros mensuels : voilà le seuil de pauvreté pour une personne dit « à 50 % ». 60 % de 1 679 euros, cela nous donne 1 008 euros, seuil « à 60 % ». Ensuite, on compte tous ceux qui touchent moins que ce seuil, ce qui donne le nombre de pauvres. Rapporté à la population, on obtient le taux de pauvreté. On peut faire la même chose pour chaque sous ensemble du territoire, mais bizarrement, pour les DOM l’Insee n’adopte pas le seuil national.

Reste une dernière opération. 1 008 euros, c’est le seuil pour une personne. On peut difficilement l’appliquer à une famille de cinq personnes. Alors, l’Insee – à partir d’enquêtes sur les dépenses des ménages – a établi un système de « parts » qui en langage de statisticiens s’appellent des « unités de consommation ». Chaque personne ne vaut pas pour une part parce que l’on n’a pas besoin d’une cuisine ou d’une salle de bain par personne par exemple. Donc, la première personne vaut une part, toutes celles de plus de 14 ans qui vivent dans le même logement, 0,5 part, tous ceux de moins de 14 ans, 0,3 part. C’est approximatif mais cela permet de comparer les niveaux de vie entre différentes formes de ménages.

Vous avez suivi ? Alors calculons. Si le seuil de pauvreté à 60 % est de 1 008 euros pour une personne seule, il est pour un couple de 1 008 euros multipliés par 1,5 (la première personne vaut une part, la seconde une demie) soit 1 512 euros mensuels. Pour une famille avec deux enfants de plus de 14 ans de 1 008 multipliés par 2,5 (une part complète et trois demi-parts = 1+1,5=2,5) donne 2 159 euros. Ci-dessous, vous trouverez l’ensemble des seuils de pauvreté en 2014 en fonction de la composition de quelques familles types.

seuilsdepauvretéparfamille

Tirons quelques leçons de notre opération. Premièrement, le choix du seuil de pauvreté est arbitraire et l’impact n’est pas mince. Le seuil à 50 % aboutit à 5 millions de pauvres (données 2014), celui à 60 % à 8,8 millions : 76 % de plus (voir le tableau ci-dessous). Deuxièmement, le calcul du seuil en fonction du type de famille est une approximation utilisée pour permettre la comparaison mais qui n’est pas tout à fait exacte (pour aller plus loin, lire notre article). Troisièmement, le calcul de la pauvreté est fonction du niveau de vie médian. Quand il augmente, le seuil augmente. Quand il baisse, le seuil baisse : des personnes pauvres sortent mécaniquement de la pauvreté alors que leur revenu n’a pas changé. C’est ce qui s’est passé en 2012 et 2013. Enfin, quatrièmement, une partie de la population, qui n’est pas mince, n’est pas prise en compte.