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Entre 1,1 et 12 millions de précaires de l’énergie

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La précarité énergétique concerne entre 1,9 % et 20 % des ménages, soit entre 1,1 et 12,1 millions de personnes suivant la définition que l’on utilise, indique l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) à partir des données de l’enquête Logement de 2013 réalisée par l’Insee. La notion de précarité énergétique vient du Royaume-Uni, où elle a été introduite dans les années 1970 sous la pression du mouvement associatif. Les précaires sont principalement les personnes qui n’arrivent pas à se chauffer correctement du fait de leurs faibles moyens ou de leurs conditions d’habitat. Il existe plusieurs façons de la mesurer, qui aboutissent à des résultats dont l’amplitude va de un à dix.

On peut d’abord évaluer la précarité énergétique en posant la question aux intéressés. 6 % des ménages (soit 4,1 millions de personnes) à bas revenus (30 % les plus pauvres) disent avoir souffert du froid selon au moins un des motifs suivants : une installation insuffisante, une panne durable ou un mauvais réglage de leur chauffage, une mauvaise isolation, un manque d’argent ou une coupure en raison d’impayés. La difficulté avec cet indicateur, c’est qu’il dépend de la sensibilité au froid des ménages et ne prend pas en compte les dépenses d’énergie. Un ménage pauvre qui dépense beaucoup pour atteindre une température convenable de chauffage selon lui (même faible, mais à laquelle il s’est habitué) n’est pas pris en compte.

On pPrécarité énergétiqueeut aussi mesurer la part de ménages dont la dépense en énergie (chauffage, éclairage, appareils électroménagers, etc.) rapportée au revenu  est « élevée ». Il s’agit du “taux d’effort énergétique”. Si l’on considère comme élevé un taux d’effort supérieur à 10 % et que l’on ne retient que les ménages parmi les 30 % les plus pauvres, on compte 10,4 % de ménages précaires d’un point de vue énergétique, soit 5,5 millions de personnes selon l’ONPE en 2013. Le taux d’effort a plusieurs inconvénients : très sensible au seuil utilisé, il ne prend en compte ni ce qui reste à vivre après les dépenses de logement, ni la composition des ménages.

Pour pallier la difficulté, l’ONPE a construit un indicateur qui combine à la fois la notion de bas niveaux de vie et de dépenses d’énergie élevées. Un ménage est dit «précaire» si sa dépense en énergie est supérieure à la dépense médiane nationale pour une personne et si son revenu (moins les impôts et les charges de logement) est inférieur au seuil de pauvreté par personne 1. L’Observatoire calcule deux versions de cet indicateur : en fonction de sa composition et en fonction de la taille du logement. 10,3 % des ménages (4,8 millions de personnes) seraient concernés dans le premier cas et 13,9 % (8,5 millions de personnes) dans le deuxième cas.

 

Pour compléter cet ensemble, l’Observatoire a calculé deux autres indicateurs. La part des ménages en situation de précarité énergétique selon au moins un indicateur, en retirant les doubles comptes. On aboutit alors à 20,4 % des ménages, soit 12,1 millions de personnes. Enfin, il estime que 1,9 % des ménages (1,1 million de personnes) cumulent tous les indicateurs de précarité à la fois.

Entre 1,1 et 12 millions de précaires de l’énergie, qui dit juste ? Les marges sont grandes car le phénomène est complexe à apprécier. L’indicateur doit combiner à la fois la mesure d’un manque d’accès à l’énergie et de bas niveaux de vie. Indiquer que 20 % de la population vit en situation de précarité est journalistiquement frappant 2 mais cela n’a qu’une portée limitée, tant on mélange des ménages dans des situations différentes. Pour autant, le travail de l’ONPE a le mérite de signaler que les difficultés de chauffage ne se limitent pas à la frange extrême des plus pauvres qui vivent dans des taudis.

Le plus inquiétant, c’est qprixenergieetinflationue tous les outils de mesure laissent penser que le phénomène progresse. Chacun des indicateurs estimé augmente entre 1996 (première année de mesure) et 2013. Il faut rester prudent car les mesures sont réalisées à intervalles très espacés (1996, 2002, 2006 et 2013) et une année particulièrement froide peut influencer les résultats. Une sensibilité plus grande à la qualité du logement peut aussi influencer l’indicateur subjectif. Mais, comme le montre notre graphique, la hausse des prix de l’énergie y est certainement pour beaucoup. L’augmentation a été très nettement supérieure à l’inflation depuis 2005 : entre 1996 et 2015, alors que les prix ont globalement progressé de 30 %, ceux de l’énergie payés par les ménages pour se chauffer (électricité, gaz et fioul domestiques) se sont accrus de plus du double, 70 %.

Pour en savoir plus : «Analyse de la précarité énergétique à la lumière de l’enquête nationale logement 2013», Charles-André Bernard et Olivier Tessier, CSTB, Observatoire national de la précarité énergétique, novembre 2016. Une synthèse est aussi disponible.

 

Notes:

  1. Seuil fixé à 60 % du niveau de vie médian.
  2. C’est d’ailleurs ce qu’a retenu toute la presse du rapport.