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Vers une stabilisation de la pauvreté ?

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La pauvreté a continué de s’accroître au cours des dix dernières années. Le taux de pauvreté a progressé de 7,3 à 8 % entre 2006 et 2016 au seuil situé à 50 % du niveau de vie médian, et de 13,3 à 14 % au seuil à 60 %. Selon le premier seuil, le nombre de pauvres est passé de 4,4 à 5 millions (+ 600 000), selon le second, de 8 à 8,8 millions (+ 800 000). En 2016, le taux de pauvreté a retrouvé son niveau du début des années 1980.

Si l’on se place sur une plus courte période, les choses sont différentes. Le taux de pauvreté a baissé en 2013 par rapport à 2012 et il est resté stable depuis. Cette situation résulte de la conjugaison d’un facteur négatif et d’un facteur positif. Côté négatif, si la pauvreté stagne aujourd’hui, c’est en partie que la crise atteint les couches moyennes… Cela demande quelques explications. La baisse de 2013 est principalement due au mode de calcul de la pauvreté. Le seuil de pauvreté est calculé en pourcentage du niveau de vie médian. Quand le niveau de vie médian diminue le seuil de pauvreté en fait de même 1. Une partie des personnes comptabilisées comme pauvres hier ne le sont plus, même si leur revenu n’a pas évolué, du fait de la diminution du seuil de pauvreté.

La lente reprise de l’activité économique et la baisse du chômage sont à ranger du côté positif. En France, le chômage est très mal indemnisé : le retour à l’emploi signifie pour une partie des chômeurs une sortie des minima sociaux et de la pauvreté. L’effet est accentué par l’augmentation, par la précédente majorité, de la prime d’activité, complément de revenu versé aux salariés les moins bien payés. Malheureusement la reprise est faible et déjà le nombre d’allocataires de minima sociaux ne diminue plus.

Un changement historique

Pour comprendre l’évolution de la pauvreté, il faut élargir l’angle de vue. Le taux et le nombre de pauvres ont baissé dans les années 1970 et au début des années 1980, notamment du fait de l’amélioration de la situation des personnes âgées. Au seuil de pauvreté fixé à la moitié du revenu médian, le taux de pauvreté a diminué de 12 % à 7 % entre 1970 et 1990. Le nombre de pauvres s’est réduit de 5,8 à 3,8 millions. Ce mouvement est considérable. Alors même que depuis les années 1970, le seuil de pauvreté a été multiplié par deux même une fois l’inflation déduite. Concrètement, en 1970 on était considéré comme pauvre si l’on vivait avec l’équivalent de 400 euros d’aujourd’hui (au seuil à 50 %), contre plus de 800 euros en 2016. Il faut toujours garder en tête que la pauvreté est mesurée de manière relative au niveau de vie médian. Quand la pauvreté se réduit, cela signifie que les plus démunis se rapprochent, du point de vue des niveaux de vie, des couches moyennes. Autrement dit, les inégalités se sont réduites « par le bas ».

Ce n’est plus le cas depuis le milieu des années 1990, ce qui constitue un changement important dans l’histoire sociale de la France. Les taux de pauvreté ont commencé à remonter au début des années 1990 avec la forte crise économique de 1993. La reprise entre 1997 et 2001 a amélioré la situation, mais dès le début des années 2000 la pauvreté a recommencé à progresser

Cette évolution de longue période résulte de facteurs démographiques et en particulier de la progression du nombre de familles monoparentales aux faibles revenus. Mais, depuis les années 2000, elle est surtout le fait d’une croissance qui demeure faible et, en conséquence, d’un niveau de chômage élevé. La détérioration du marché du travail (chômage, précarité, bas salaires) pèse en particulier sur les niveaux de vie des plus jeunes qui, pour partie, subissent des charges de logement en forte progression 2.

Au final, même si le nombre de pauvres a augmenté au cours des dix dernières années, nous n’assistons pas à un mouvement « d’explosion » du phénomène. La hausse amorcée au début des années 2000 a été amortie par notre modèle social. Au fond, l’effet marquant depuis les années 1990 est davantage l’arrêt du rapprochement entre les plus pauvres et les couches moyennes. Ce qui peut expliquer une partie du ressentiment des plus modestes de notre société.

Que peut-on envisager pour l’avenir ? Pour l’heure, la reprise est trop faible pour entraîner une forte baisse de la pauvreté. De plus, les politiques publiques sont peu orientées vers la redistribution des revenus. Les difficultés des classes moyennes sont souvent exagérées, mais il n’en demeure pas moins que le niveau de vie médian stagne depuis dix ans : elles ne s’enrichissent plus. Si la pression s’accroît encore sur elles, le taux de pauvreté pourrait diminuer de façon paradoxale. On assisterait à un nouveau rapprochement entre les classes moyennes et les plus pauvres, liée à une détérioration des niveaux de vie un peu moins forte pour le bas de la pyramide des revenus que ceux des couches moyennes. Ce serait alors le signe d’une crise de grande ampleur dans notre société.

 

Notes:

  1. Voir “Pourquoi la crise affole les statistiques de la pauvreté“, Observatoire des inégalités, 21 septembre 2015.
  2. Élément non pris en compte dans les données sur les niveaux de vie.
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