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La pauvreté remonte

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Le taux de pauvreté remonte en France depuis le début des années 2000. En 15 ans (de 2004 à 2019) le taux de pauvreté a progressé de 7 % à 8,2 % au seuil situé à 50 % du niveau de vie médian, et de 12,7 % à 14,5 % au seuil à 60 %. Selon le premier seuil, le nombre de pauvres a augmenté d’un million, de 4,1 à 5,1 millions. En 2019, le taux de pauvreté a retrouvé son niveau de 1979.

La pauvreté a baissé dans les années 1970 et au début des années 1980, notamment du fait de l’amélioration de la situation des personnes âgées. Au seuil de pauvreté fixé à 50 %, le taux de pauvreté a diminué de 12 % à 7 % entre 1970 et 1990. Le nombre de pauvres s’est réduit de 5,8 à 3,8 millions. Ce mouvement est considérable. Cela signifie qu’au cours de cette période les inégalités se sont réduites « par le bas » : les revenus des classes moyennes ont progressé, mais ceux des plus pauvres encore davantage en dépit de la montée du chômage.

Le milieu des années 1990 et surtout le début des années 2000 a marqué un tournant. La pauvreté progresse sous l’effet de plusieurs facteurs. L’évolution de longue période repose en partie sur des phénomènes démographiques, en particulier la hausse du nombre de familles monoparentales aux faibles revenus. Le facteur migratoire (l’arrivée de populations démunies) joue, mais beaucoup moins que dans les années 1970, époque où le solde migratoire était beaucoup plus fort. Depuis les années 2000, la hausse de la pauvreté est surtout le fait d’une croissance qui demeure historiquement faible et, en conséquence, d’un niveau de chômage élevé même si la situation avait commencé à s’améliorer à partir de 2015. La détérioration structurelle du marché du travail (précarité et bas salaires notamment) pèse en particulier sur les niveaux de vie des plus jeunes.

Il est difficile de mesurer quel sera l’impact en matière de pauvreté de la crise économique entraînée par la crise sanitaire de 2020. Les chiffres affichés dans la presse ont peu de fondements. Les mesures prises en 2020 auront probablement un impact modeste comparé aux pertes de revenus. D’une manière paradoxale, si la crise frappe les classes moyennes, le taux de pauvreté pourrait diminuer du fait d’une baisse du seuil de pauvreté fixé en proportion du niveau de vie médian. On assisterait à un nouveau rapprochement entre ces classes moyennes et les plus pauvres, lié à une détérioration des niveaux de vie un peu moins forte pour le bas de la pyramide des revenus que de ceux des couches moyennes. Cette situation n’est pas incompatible avec une croissance d’une forme de grande pauvreté, notamment celle de jeunes se retrouvant sans aucune ressources. En parallèle, le soutien aux salaires du privé et du public, notamment sous forme de chômage partiel, permet la progression de l’épargne dans les couches les plus favorisées. Une situation qui potentiellement peut déboucher sur de fortes tensions sociales.