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La pauvreté se stabilise enfin

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Le taux de pauvreté a baissé en 2013 par rapport à 2012 et il est resté stable depuis selon les données 2017 de l’Insee. Cette situation résulte de la conjugaison d’un facteur négatif et d’un facteur positif. Côté négatif, si la pauvreté stagne aujourd’hui, c’est en partie parce que la crise atteint les couches moyennes. La baisse de 2013 est en partie due au mode de calcul de la pauvreté. Le seuil de pauvreté est calculé en pourcentage du niveau de vie médian. Quand le niveau de vie médian diminue, le seuil de pauvreté en fait de même 1. Cela veut dire qu’une partie des personnes comptabilisées comme pauvres auparavant ne le sont plus du seul fait de la diminution du seuil de pauvreté.

La lente reprise de l’activité économique et la baisse du chômage sont à ranger du côté positif. En France, le chômage est très mal indemnisé : le retour à l’emploi signifie pour une partie des chômeurs une sortie des minima sociaux et de la pauvreté. L’effet positif est accentué par l’augmentation de la prime d’activité, complément de revenu versé aux salariés les moins bien payés. Malheureusement la reprise est faible et déjà le nombre d’allocataires de minima sociaux ne diminue plus depuis deux ans.

La stabilité de la pauvreté est toute relative. Si l’on se place sur plus longue période, le bilan est bien moins reluisant. En dix ans (2007-2017) le taux de pauvreté a progressé de 7,4 à 8 % au seuil situé à 50 % du niveau de vie médian, et de 13,3 à 14,1 % au seuil à 60 %. Selon le premier seuil, le nombre de pauvres a augmenté de 600 000 (de 4,4 à 5 millions), selon le second de 800 000 (de 8,1 à 8,9 millions). En 2017, le taux de pauvreté a retrouvé son niveau du début des années 1980. Difficile de dire quelle est la bonne échelle de temps et quel est le « bon » seuil pour mesurer la pauvreté, mais il ne faut pas oublier que par rapport à 2004, le plus bas niveau de pauvreté de notre pays, on compte tout de même entre un et 1,4 million de personnes pauvres en plus. Ce n’est pas rien.

Un changement historique

Pour comprendre l’évolution de la pauvreté, il faut encore élargir l’angle de vue. Elle a baissé dans les années 1970 et au début des années 1980, notamment du fait de l’amélioration de la situation des personnes âgées. Au seuil de pauvreté fixé à la moitié du revenu médian, le taux de pauvreté a diminué de 12 % à 7 % entre 1970 et 1990. Le nombre de pauvres s’est réduit de 5,8 à 3,8 millions. Ce mouvement est considérable. Alors même que, depuis les années 1970, le seuil de pauvreté a été multiplié par deux même une fois l’inflation déduite. Concrètement, en 1970 on était considéré comme pauvre si l’on vivait avec l’équivalent de 400 euros d’aujourd’hui (au seuil à 50 %), contre près de 900 euros en 2017. Les inégalités se sont réduites « par le bas » : les revenus des classes moyennes ont progressé, mais ceux des plus pauvres encore plus.

Le milieu des années 1990 a marqué un tournant. L’évolution de longue période résulte de facteurs démographiques et en particulier de la progression du nombre de familles monoparentales aux faibles revenus. Depuis les années 2000, elle est surtout le fait d’une croissance qui demeure historiquement faible et, en conséquence, d’un niveau de chômage qui demeure élevé même si aujourd’hui la situation s’améliore. La détérioration structurelle du marché du travail (précarité et bas salaires notamment) pèse en particulier sur les niveaux de vie des plus jeunes.

Que peut-on envisager pour l’avenir ? La reprise économique actuelle est trop faible pour entraîner une forte baisse de la pauvreté. Les politiques publiques sont peu orientées vers la redistribution des revenus. Néanmoins, en 2019 la hausse du minimum vieillesse et adulte handicapé ainsi que celle de la prime d’activité (qui élève le niveau de vie des plus bas salaires) suite au mouvement des gilets jaunes aura un impact positif. Les difficultés des classes moyennes sont souvent exagérées, mais il n’en demeure pas moins que le niveau de vie médian stagne depuis dix ans : elles ne s’enrichissent plus. Si la pression s’accroît encore sur elles, le taux de pauvreté pourrait diminuer de façon paradoxale. On assisterait à un nouveau rapprochement entre ces classes moyennes et les plus pauvres, lié à une détérioration des niveaux de vie un peu moins forte pour le bas de la pyramide des revenus que de ceux des couches moyennes. Tandis que les revenus des plus aisés pourraient progresser. Ce serait le signe d’une crise de grande ampleur dans notre société.

 

 

Notes:

  1. Voir “Pourquoi la crise affole les statistiques de la pauvreté“, Observatoire des inégalités, 21 septembre 2015.