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Où vivent les pauvres parmi les pauvres ?

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tauxaintensitépauvretéEntre le sans-abri qui vit avec quelques dizaines d’euros par mois et une famille modeste qui dispose d’un logement social, la mesure de la pauvreté regroupe des situations très différentes. En France, le seuil de pauvreté le plus utilisé – fixé à 60 % du niveau de vie médian 1 – vaut 1 000 euros pour une personne seule (données 2014) et 2 500 euros pour une famille avec deux enfants de plus de 14 ans. Les personnes qualifiées de “pauvres” sont toutes celles qui vivent avec moins que cela. Pour une famille, vivre avec 1 250 euros par mois ou 2 500 euros, ce n’est pas la même chose.

Il existe un instrument qui cherche à mesurer « l’intensité » de la pauvreté. Pour cela, l’Insee rapporte le niveau de vie médian des personnes pauvres 2 au seuil de pauvreté. On cherche à savoir si le niveau de vie médian des pauvres est plus ou moins éloigné du seuil : plus il l’est, plus les pauvres sont pauvres. Plus l’intensité du phénomène est grande.

En France, le niveau de vie médian de personnes pauvres est de 800 euros par mois (données 2014) : cela revient à dire que la moitié des pauvres touche entre 0 et 800 euros et l’autre moitié entre 800 et 1 000 euros (car au-delà, ils ne sont plus pauvres). Comme le seuil de pauvreté est de 1 000 euros, l’intensité est de 20 % : le niveau de vie médian des pauvres se situe à 20 % du seuil de pauvreté 3. Conclusion : la moitié des pauvres (soit 4,4 millions de personnes) perçoivent au moins 80 % du seuil de pauvreté.

Quelles comparaisons ?

Mesurer l’intensité de la pauvreté n’a d’intérêt que si on compare un territoire à un autre. Au niveau international, la France est parmi les pays où l’intensité de la pauvreté est la plus réduite. Eurostat l’estime à 16 % (données 2014) pour une moyenne européenne de 25 % (l’écart avec les données produites par l’Insee s’explique par l’utilisation de deux enquêtes différentes). Seule la Finlande fait mieux avec 13,2 %. Notre modèle social est plus coûteux que d’autres, mais il protège mieux et évite la plus grande pauvreté à un grand nombre, notamment parmi les familles et les personnes âgées.

intensitépauvreurope

La comparaison des données locales fournie par l’Insee donne des résultats particulièrement étonnants. Comme l’avait remarqué le bureau d’études Compas dans une note publiée en décembre 2016, l’intensité de la pauvreté est particulièrement importante dans les communes ou arrondissements les plus aisés : « à Neuilly-sur-Seine, où seulement 8 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le niveau de vie des populations pauvres apparaît le plus faible parmi les 100 plus grandes communes de France métropolitaine », notait Violaine Mazery, directrice d’études au Compas 4. Parmi les 20 territoires de plus de 20 000 habitants où l’intensité de la pauvreté est la plus forte, seuls quatre disposent d’un taux de pauvreté très élevé : les premier et deuxième arrondissements de Marseille, Montreuil et Pantin en région parisienne. Tous les autres sont les arrondissements ou communes où les niveaux de vie sont parmi les plus élevés de France.

communes_intensite_pauvreteCette intensité élevée (environ 30 %) signifie que dans ces territoires le niveau de vie médian des plus pauvres est de l’ordre de 700 euros contre 800 euros en moyenne nationale. Comment l’expliquer ? Les plus pauvres vivent davantage dans les villes-centres 5 : il est possible que l’on compte notamment dans ces territoires très aisés de jeunes célibataires très pauvres recevant peu de prestations sociales (notamment exclus du RSA). Ce raisonnement peut difficilement expliquer l’intensité de la pauvreté dans ces zones les plus riches du France compte tenu des prix des logements et de la faible part de logement sociaux. On y trouve bien des personnes très pauvres, mais il est peu probable que leur nombre soit, en proportion, supérieur à celui des communes où le niveau de vie est réellement le plus faible. Il peut aussi s’agir de pratiques dites « d’optimisation fiscale » : les revenus pris en compte par l’Insee sont des revenus déclarés. Pour les non-salariés il n’est pas rare de minorer ses ressources en prenant en compte des déficits d’activité ou en faisant jouer des dispositifs fiscaux. La réelle intensité de la pauvreté se trouve dans les communes où vivent les moins favorisés, surtout si on comptabilise les populations non enregistrées par l’administration fiscale vivant dans des taudis, des squats ou des bidonvilles.

Enfin, il ne faut pas oublier de raisonner sur les effectifs bien moins grands dans les communes les plus aisées. Les 8 % de pauvres à Neuilly-sur-Seine représentent 5 000 personnes, alors qu’à Vénissieux (de population équivalente), 29,6 % de pauvres regroupent 18 000 habitants. « L’intensité de la pauvreté tient compte du niveau de vie de la moitié des personnes pauvres soit 2 500 personnes à Neuilly-sur-Seine contre 9 000 à Vénissieux. En nombre, on compte bien plus de très pauvres à Vénissieux qu’à Neuilly-Sur-Seine », analyse Violaine Mazery.

 

Notes:

  1. Revenu qui partage l’effectif des ménage en deux.
  2. Il partage l’effectif des personnes pauvres en deux, autant touche moins, autant davantage.
  3. Le calcul est 1 000-800 = 200 qui, rapportés à 1 000, font 20 %.
  4. « Combien de pauvres dans les 100 plus grandes communes de France ?  », Violaine Mazery, Compas études n°19, Compas, décembre 2016. Le Compas finance le Centre d’observation de la société.
  5. Voir « Disparités de revenus et ségrégation dans les grands pôles urbains », Jean-Michel Floch, in « Les revenus et le patrimoine des ménages », édition 2016, Insee Référence.