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Pour la première fois, l’Insee publie des données sur la pauvreté des communes

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Avec 44,5 % de pauvres, Grigny – banlieue Sud de Paris – est la commune où le taux de pauvreté est le plus élevé de France, selon l’Insee, au sein des villes dont plus de 20 000 personnes vivent dans un ménage fiscal 1. Ce niveau est trois fois plus élevé que la moyenne nationale. Ce chiffre est le résultat d’un « événement » statistique : l’institut publie pour la première fois des données sur la pauvreté à un niveau inférieur au département, en utilisant le seuil de 60 % du niveau de vie médian. Un travail qui confirme les estimations publiées dès janvier 2014 par le bureau d’études Compas 2, qui montraient des taux de pauvreté particulièrement élevés au sein des grandes agglomérations. Il souligne l’ampleur des écarts qui existent entre communes, avec une pauvreté qui s'étend de 2 à 50 %.

Garges-lès-Gonesses, La Courneuve, Aubervilliers : neuf des dix communes où le taux est le plus élevé se situent en banlieue parisienne, seule Roubaix vient s’intercaler. Parmi les dix villes où le taux de pauvreté est le plus faible, on trouve aussi huit communes d’Ile-de-France (Gif-sur-Yvette, Le Chesnay, Vélizy-Villacoublay…), illustrant l’étendue des inégalités au sein de la région. Le taux de pauvreté passe par exemple de 8,5 à 24 % en franchissant la frontière qui sépare Levallois-Perret et Clichy. Vertou (banlieue nantaise) et Saint-Médard-en-Jalles (banlieue bordelaise) figurent aussi parmi les villes où le taux de pauvreté est le plus faible. Au total, dans ces dix communes, le taux de pauvreté est inférieur à 6 %.

Les communes où le nombre de pauvres est le plus élevé sont, logiquement, les communes les plus peuplées : 340 000 pauvres à Paris, 200 000 à Marseille, 70 000 à Toulouse par exemple. Sans que l’ordre de taille soit respecté : on compte autant de pauvres (38 000) à Nîmes qu'à Nantes, ville dont la taille est pourtant deux fois supérieure. Ces dix communes rassemblent un million de pauvres, environ 12 % du total national.

Ces nouvelles données permettent de mieux décrire la réalité sociale du territoire. Elles traduisent les effets localisés d’un grand nombre de facteurs : de la composition sociale (plus ou moins d’employés et d’ouvriers ou de cadres) à l’histoire économique (l’impact de la crise industrielle notamment), en passant par les politiques de logement (et en particulier du logement social), les lieux d’implantation des populations immigrés ou des familles avec enfants, etc. Elles montrent comment la pauvreté est d’abord située au sein des grandes agglomérations, qui concentrent les emplois mais aussi le chômage et les inégalités.

Reste qu’il faut bien mesurer les limites de ce type de classement. Tout d’abord, celles du découpage administratif. Nous n’avons retenu que les communes à part entière, ce qui est discutable 3. Si l’on considère les arrondissements de Paris, Lyon et Marseille, le classement change : quatre arrondissements de la cité phocéenne figurent aux dix premières places par le taux de pauvreté.

Ensuite, celle de la taille. Nous n’avons comptabilisé que les communes de plus de 20 000 personnes vivant dans les ménages fiscaux. Il est difficile en effet de comparer des entités de taille trop différentes. Si l’on intègre au classement l’ensemble des communes pour lesquelles le taux de pauvreté est mesuré (au moins 2000 personnes), alors des communes de plus petite taille s’intercalent, comme Louvroil (banlieue de Maubeuge) où le taux de pauvreté atteint 43 %. Inversement, on trouve des communes comme Ennery dans le Val-d’Oise ou Bonnelles dans les Yvelines qui comptent moins de 2 % de pauvres.  Un autre monde.

Pour aller plus loin, il faudra compléter ces données. D’abord, avec des chiffres par types de communes semblables. Une ville isolée de 10 000 habitants n’a pas les mêmes fonctions qu’une commune de même taille qui se trouve en banlieue proche d’une agglomération de plusieurs centaines de milliers d’habitants. Les données de l’Insee indiquent ainsi que les deux-tiers des pauvres vivent au centre des grandes agglomérations ou leur banlieue. Ensuite, avec des données par quartier. Celles-ci permettent de lire encore mieux le détail de la pauvreté. Les données (non publiées) par le Compas indiquent que certains quartiers de Paris (comme la Goute d’Or) connaissent des taux de pauvreté équivalents au niveau les plus élevés des communes. Et ces quartiers, regroupés, ont une taille équivalente à une ville moyenne de province. L’Insee ne diffuse pas encore ce type de données mais nul doute que leur diffusion aboutira à faire progresser la connaissance du territoire.

Pour aller plus loin : toutes ces données sont disponibles sur le site de l'Insee. Voir "Un nouveau regard sur la pauvreté et les inégalités en France", Insee, juin 2015.

 

Notes:

  1. Les personnes vivant en collectivité ne sont pas comptabilisées.
  2. Le Compas finance le Centre d’observation de la société.
  3. Inclure ainsi Allauch (dans la métropole marseillaise) mais pas les 12 et 13 arrondissements voisins relève de l’arbitraire statistique.
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