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Les Français soutiennent massivement les plus pauvres

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56 % de la population estime que les pouvoirs publics ne font pas assez pour les plus démunis, 33 %  « ce qu’ils doivent » et 9 % trouvent qu’ils font trop, selon le ministère des Solidarités. Contrairement à ce qui est souvent laissé entendre, les Français ne sont en rien convaincus que les pauvres sont des « assistés » qui profitent du système et qu’il faudrait « responsabiliser ». Deux enquêtes au long cours, l’une menée depuis 20 ans par le ministère des Solidarités (baromètre des solidarités) 1, l’autre depuis 40 ans par le Crédoc (enquête « conditions de vie et aspirations ») 2 montrent que les Français n’ont pas succombé à la « pauvrophobie », terme parfois employé pour décrire les comportements contre les plus pauvres.

À la question « quelles sont les raisons qui, selon vous, peuvent expliquer que des personnes se trouvent en situation de pauvreté ? », la réponse (plusieurs sont possibles) qui arrive en tête est « parce qu’ils manquent de qualifications » pour 70 % des personnes en 2018, niveau qui a peu varié depuis 2000. Arrive ensuite, « il n’y a plus assez de travail pour tout le monde » pour 59 % de la population, en baisse très nette depuis 2016, reflet logique de la baisse du chômage avant l’impact de la crise liée au coronavirus. Pour 56 %, c’est « la faute à pas de chance », là aussi quasiment au même niveau qu’en 2000. Ceux qui pensent que les pauvres « ne veulent pas travailler » sont 50 %, un chiffre qui évolue peu sauf en 2014 où il a augmenté de sept points, pour retrouver en 2015 son niveau déjà atteint en 2007.

Le Crédoc pose une question semblable, mais où seules deux réponses sont possibles, ce qui impose donc de choisir son camp : pensez-vous que les personnes sont en situation de pauvreté « parce qu’elles n’ont pas fait assez d’efforts » ou « parce qu’elles n’ont pas eu de chance ». Massivement, c’est la faute à pas de chance qui domine avec 59 %, contre 37 % pour le manque d’efforts (données 2018). Là aussi les réponses demeurent, au fond, relativement stables dans le temps si on prend un minimum de recul. La part de ceux qui pensent que les pauvres ne font pas assez d’efforts a baissé de 36 % à 28 % entre 2005 et 2011, elle est ensuite remontée à 37 % en 2014.

Selon l’enquête du ministère des Solidarités 62 % des Français pensent qu’il faut augmenter le RSA, 18 % le laisser à ce niveau et 16 % le diminuer (données 2019). La part de ceux qui veulent l’augmenter a diminué au tournant des années 2010 avec un fléchissement en 2014, mais elle est rapidement remontée ensuite. Ceux qui veulent le diminuer augmentent : leur part est proche de 20 % alors qu’ils n’étaient que 5 % au début des années 2000, mais demeurent très minoritaires. En dépit de discours répétés et amplifiés sur l’assistanat, les allocataires du RSA restent perçus comme des personnes dans une situation difficile qui reçoivent un minimum de solidarité de la société pour leur éviter des situations encore plus dramatiques.

Ces données rejoignent ce que l’on peut observer au sujet de l’immigration ou l’homosexualité notamment : la France reste profondément solidaire et tolérante. Sur une courte période, de trois ou quatre ans, les réponses fluctuent en fonction de la médiatisation de tel ou tel phénomène ou de la conjoncture économique. Ainsi, il est probable que l’impact de la crise économique liée au coronavirus aura pour effet de relever encore les aspirations à davantage de soutien des plus démunis. Comme le souligne le politologue Vincent Tiberj, spécialiste de l’analyse des valeurs, les répondants aux sondages semblent aussi  signaler à l’exécutif en place d’être prudent : sous la droite, le citoyen insiste sur « la faute à pas de chance », sous la gauche il signale le « manque d’efforts ». Comme pour essayer d’ajuster les politiques publiques.

Les enseignements des enquêtes sur les valeurs vont dans le bon sens pour les plus défavorisés, dont le sort est bien mieux compris que ce qui semble en ressortir du débat médiatique. C’est sans doute pour cela que le président de la République a fait un « plat médiatique » à propos du « pognon de dingue », qui serait selon lui dépensé pour les pauvres. S’il faut s’inquiéter des dérives des discours de certains élus, laisser penser que l’opinion suit massivement ceux qui pointent du doigt les pauvres constituent une erreur. Ceux qui ciblent les « assistés » n’en retirent pas un avantage aussi important qu’on ne le dit.

Notes:

  1. Toutes les données sont disponibles gratuitement sur www.drees.solidarites-sante.gouv.fr
  2. Voir « Sandra Hoibian et al., Liberté, égalité, individualité », Note de conjoncture sociétale, avril 2019.