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La pauvreté préoccupe les Français

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La pauvreté préoccupe neuf Français sur dix, selon le baromètre annuel du ministère des Solidarités (données 2019). Seuls 2 % ne s’en soucient pas du tout, 13 % « peu ». La société française est une société riche, au sein de laquelle on est attentifs au sort des plus démunis (voir aussi notre article sur l’assistanat). Depuis 2013, on note tout de même une inflexion : la part de ceux que la pauvreté inquiète « beaucoup » a assez nettement diminué de 61 % à 41 %, avec en contrepartie une hausse de ceux que la pauvreté inquiète « assez » (de 32 % à 44 %) et peu, de 5 % à 13 %. Cette évolution est parallèle à la phase d’amélioration de l’emploi. Il est certain que l’édition 2020 de ce baromètre apportera des résultats différents compte tenu des conséquences économiques de la crise du coronavirus.

88 % des Français estiment que la pauvreté et l’exclusion ont augmenté au cours des cinq dernières années (période 2014-2019). Ce chiffre a progressé dans les années 2000, alors qu’il était inférieur à 70 % auparavant. Il est relativement stable depuis dix ans. L’appréciation que portent les Français sur l’évolution de la pauvreté peut être liée à la médiatisation du phénomène en France joue, comme l’analyse le sociologue Julien Damon : « Il est probable que la qualité et l’orientation des discours publics, assis désormais sur un ensemble de chiffrages touffus, jouent un rôle en la matière », note-t-il 1. Ces réponses témoignent aussi d’une inquiétude globale par rapport à la question sociale (d’autant que le terme « exclusion » est employé dans la question), phénomène plus large. Enfin, l’opinion reflète surtout la tendance à long terme plus que les fluctuations du taux. Entre le début des années 2000 et le début des années 2010, le nombre de pauvres au seuil à 50 % du niveau de vie médian a augmenté de 4,2 à 5,2 millions : le jugement des Français s’en ressent.

L’inquiétude quant à l’avenir est forte. Elle correspond au même jugement porté sur l’évolution passée de la pauvreté et de l’exclusion : 88 % de la population estime que la pauvreté va augmenter dans les cinq prochaines années. Ce chiffre a augmenté durant la décennie 2000 de 60 % à plus de 80 %. Plus on pense que la pauvreté augmente, plus on se sent inquiet pour son avenir. Ni la reprise de l’emploi de 2016 à 2020, ni les politiques publiques mises en œuvre ne sont assez fortes pour entraîner un changement d’appréciation. Les mesures mises en œuvre à travers des « plans pauvreté » ne sont pas à la hauteur des difficultés sociales du pays et des attentes de la population.

L’appréciation sur la situation personnelle

Le jugement porté sur la situation personnelle est différent. En 2019, 19 % de la population s’estime déjà pauvre, soit deux fois plus que le taux de pauvreté monétaire si on utilise le seuil à 50 % du niveau de vie médian. Ce chiffre a plus que doublé depuis 2014. La part de personnes qui pensent qu’elles risquent de devenir pauvres a diminué de 32 % à 22 %. Un tiers de la population se juge pauvre ou en risque de le devenir. Il ne s’agit pas d’un pessimisme exagéré. Les données de l’Insee indiquent que sur cinq ans un tiers de la population a été confronté à la pauvreté 2. Dans les réponses des personnes interrogées, le mot « pauvreté » ne signifie pas la misère mais une forme d’inquiétude forte par rapport aux niveaux de vie, fondée sur les évolutions sociales qui touchent en particulier les milieux populaires. Pour les plus démunis, les revenus n’augmentent plus en effet depuis une vingtaine d’années. Ils ont le sentiment de ne plus profiter du progrès économique, désormais réservé aux catégories supérieures.

Notes:

  1. « Que pensent les Français de la pauvreté ? », Julien Damon, Droit social, n°12, 2010.
  2. « Pauvreté monétaire et en termes de conditions de vie : sur cinq ans un tiers de la population a été confrontée à la pauvreté », Revenu et patrimoine des ménages, Insee, 2012.