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La pauvreté préoccupe les Français

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La pauvreté préoccupe personnellement neuf Français sur dix, selon le baromètre annuel du ministère des Solidarités (données 2018). Seuls 2 % ne s’en soucient pas du tout. La société française est une société riche dans laquelle les citoyens s’inquiètent du sort des plus démunis (voir aussi notre article sur l’assistanat). On remarque tout de même que la part de ceux que la pauvreté inquiète « beaucoup » a assez nettement diminué entre 2013 et 2018, de 61 % à 43 %, avec en contrepartie une hausse de ceux que la pauvreté inquiète « assez » (de 32 % à 43 %).

88 % des Français estiment que la pauvreté et l’exclusion ont augmenté au cours des cinq dernières années (2013-2018). Ce chiffre a progressé dans les années 2000, alors qu’il était inférieur à 70 % auparavant. Il est relativement stable depuis dix ans. L’appréciation que portent les Français n’est pas directement liée à l’évolution du taux de pauvreté lui-même. Quelles que soient ses variations, l’immense majorité estiment que la pauvreté augmente. Ce qui peut être dû à plusieurs facteurs. La médiatisation du phénomène en France joue, comme l’analyse le sociologue Julien Damon : « Il est probable que la qualité et l’orientation des discours publics, assis désormais sur un ensemble de chiffrages touffus, jouent un rôle en la matière », note-t-il 1. Ces réponses témoignent aussi d’une inquiétude globale sur la question sociale (d’autant que le terme « exclusion » est employé dans la question), phénomène plus large. Enfin, entre le début des années 2000 et le début des années 2010, le nombre de pauvres au seuil à 50 % du niveau de vie médian a augmenté de 4,2 à 5,2 millions : le jugement des Français s’en ressent.

L’inquiétude quant à l’avenir est forte. Elle correspond au même jugement porté sur l’évolution passée de la pauvreté et de l’exclusion : 88 % de la population estime que la pauvreté va augmenter dans les cinq prochaines années. Ce chiffre a augmenté durant la décennie 2000 de 60 % à plus de 80 %. Plus on pense que la pauvreté augmente, plus on se sent inquiet pour son avenir. Ni la reprise de l’emploi depuis 2016, ni les politiques publiques mises en œuvre ne sont assez fortes pour entraîner un changement d’appréciation.

Le jugement porté sur la situation personnelle est différent. En 2018, 17 % de la population s’estime pauvre, soit deux fois plus que le taux de pauvreté monétaire, si on utilise le seuil à 50 % du niveau de vie médian. Ce chiffre a doublé depuis 2014. La part de personnes qui pensent qu’elles risquent de devenir pauvres a diminué de 32 % à 22 %. Un tiers de la population se juge pauvre ou en risque de le devenir. Contrairement à ce qui est souvent indiqué 2, il ne s’agit pas de pessimisme exagéré. Les données de l’Insee indiquent que sur cinq ans un tiers de la population a été confronté à la pauvreté 3. Dans les réponses des personnes interrogées, le mot « pauvreté » ne signifie pas la misère mais une inquiétude forte par rapport aux niveaux de vie, fondée sur les évolutions sociales qui touchent en particulier les milieux populaires. Pour les plus démunis, les revenus n’augmentent plus en effet depuis une quinzaine d’années. Ils ont le sentiment de ne plus profiter du progrès économique, désormais réservé aux catégories supérieures.

Notes:

  1. « Que pensent les Français de la pauvreté ? », Julien Damon, Droit social, n°12, 2010.
  2. Pour un bon exemple lire : « Lignes de failles. Une société à réunifier », rapport de France Stratégie, octobre 2016.
  3. « Pauvreté monétaire et en termes de conditions de vie : sur cinq années un tiers de la population a été confrontée à la pauvreté », Revenu et patrimoine des ménages, Insee, 2012.