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L’espérance de vie en bonne santé progresse

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L’espérance de vie progresse en France (lire notre article). Elle atteint désormais 85 ans et demi pour les femmes et presque 80 ans pour les hommes en 2019, selon le ministère des Solidarités. Vivre plus longtemps est une chose, mais profite-t-on vraiment de ces années supplémentaires ? Pour mesurer la durée de vie en « bonne santé », le ministère réalise chaque année une enquête auprès de la population, dans laquelle il demande aux personnes interrogées si elles sont limitées dans leurs activités depuis au moins six mois à cause d’un problème de santé.

L’espérance de vie dite « sans incapacité » est logiquement plus courte que l’espérance de vie tout court. Si l’on prend en compte l’incapacité « sévère » – on ne considère alors que les personnes qui déclarent une limitation « forte » – 1, elle est – à la naissance – de 77,9 ans pour les femmes et de 73,7 ans pour les hommes. Soit un peu moins de huit années de moins que l’espérance de vie tout court pour les femmes et six pour les hommes : on a là une mesure de la durée, généralement en fin de vie, passée en mauvaise santé. Il faut tout de même être prudent en comparant les deux grandeurs : l’une est l’âge d’un décès effectivement constaté, l’autre (la bonne santé) résulte de la déclaration des intéressés.

L’écart d’espérance de vie sans incapacité sévère entre femmes et hommes  – environ quatre ans – est beaucoup moins grand que pour l’espérance de vie. Cela peut vouloir dire deux choses. D’une part, que les femmes vivent plus longtemps, mais pour partie dans de mauvaises conditions de santé. D’autre part, qu’elles sont plus attentives à leur corps et qu’à perte d’autonomie équivalente, elles déclarent plus souvent une incapacité sévère. Les deux éléments jouent probablement.

En dix ans, les femmes ont gagné 1,3 année d’espérance de vie sans incapacité sévère, les hommes 1,8 année. L’indicateur a presque autant augmenté que l’espérance de vie tout court. Cela veut dire que les années gagnées sont des années en bonne santé, une bonne nouvelle. La meilleure prise en charge des limitations telles que les problèmes d’audition ou de vue par exemple ont pu jouer.

Il est très difficile de déterminer l’impact qu’aura la crise sanitaire de 2020 sur ces données. L’espérance de vie va légèrement se réduire et les séquelles de la maladie peuvent avoir pour effet d’accroître les incapacités sévères, sans qu’on puisse encore en déterminer l’ampleur. Fin 2020, la Covid-19 a causé un peu moins de 60 000 morts, soit l’équivalent de 10 % des décès habituellement enregistrés 2. Mais le confinement va avoir d’autres répercussions, beaucoup plus complexes. Négatives, car certaines maladies ont été moins bien suivies, comme les cancers. Mais aussi positives, car moins d’activités c’est par exemple moins d’accidents sur les routes, et les nouvelles habitudes sanitaires vont avoir un effet favorable sur les autres maladies, notamment la grippe.

 

Notes:

  1. L’espérance de vie sans incapacité tout court, très souvent utilisée, n’a pas grande valeur car elle inclut des personnes qui répondent qu’elles ne sont pas fortement limitées dans leurs activités.
  2. Ce qui ne veut pas dire que les décès seront 10 % supérieurs car certaines personnes victimes de la Covid-19 seraient décédées dans l’année.