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Les déterminants du recours aux soins

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Revenus, diplôme, milieu social, lieu d’habitation, sexe, âge… le recours aux soins dépend d’un ensemble de facteurs dont il est difficile de distinguer l’influence respective. Les progrès ont été considérables dans ce domaine au cours des dernières décennies. Pour autant, les pratiques demeurent fortement différenciées et une partie de la population renonce aux soins.

Le sexe est l’un des critères de distinction fort. Une étude sur le recours aux soins des femmes en Ile-de-France 1 indique que 73,5 % des femmes de la région ont consulté un spécialiste au cours des 12 derniers mois (données 2010), contre 50,7 % des hommes. Parmi ceux qui ont consulté, les premières l’ont fait en moyenne 4,4 fois, les seconds 3,1 fois. On retrouve les mêmes types d'écarts entre les milieux sociaux. Selon l'étude, 62,5 % des ouvrières ont vu un spécialiste contre 86,8 % des femmes cadres ; chez les hommes les taux sont respectivement de 46,5 % et 58,6 %. Le niveau de vie joue un rôle important. Si on isole les critères d’âge et de sexe, les 25 % les plus aisés, parmi les 50 ans ou plus, vont deux fois plus souvent chez le spécialiste que les 25 % les plus pauvres (données 2004) 2.

Ces écarts s’expliquent, en partie, par des facteurs socioculturels. La socialisation des filles et des garçons depuis la plus petite enfance aboutit à une attention au corps différenciée. La résistance physique, l’endurance, est valorisée dans les milieux populaires dans des métiers beaucoup plus éprouvants, où il faut « tenir ». Le risque sanitaire n’est pas mesuré de la même façon, notamment en fonction de l’information dont on dispose sur les maladies et leurs symptômes. Les catégories diplômées associent par exemple davantage que les autres pratiques alimentaires et santé. S’y ajoutent des obstacles très concrets, comme le risque de perdre son emploi (notamment pour les précaires) ou ses contrats (pour les non-salariés) pour celui qui se retrouve placé en arrêt maladie.

Le recours aux soins dépend aussi des capacités d’accès. Elles peuvent être liées à l’information sur l'offre de soins (qui voir et où aller ?), inégale selon les milieux, comme à la distance aux lieux de soins. La quasi-totalité de la population vit à moins de 15 minutes d’un généraliste, mais près d’un quart à plus de 15 minutes d’un ophtalmologue. Dans ce domaine, vivre en milieu rural est un handicap certain.

Enfin, l’accès est commandé par des barrières financières. Les résultats des études doivent être considérés avec prudence : comme l’a montré le ministère des Affaires sociales, le niveau de renoncement pour raisons économiques dépend de la formulation de la question, qui peut faire varier le résultat de 10 à 36 % de la population (données 2013). Mais, quelle que soit la façon de poser la question, les écarts demeurent entre populations. Si l’on utilise les données détaillées de l’enquête sur la protection santé et la protection sociale menée par l’Irdes (données 2012) 3, un quart de la population déclare avoir renoncé au moins à un soin pour raison financière. Dans près de la moitié des cas il s'agit de soins dentaires.

La qualité de la couverture complémentaire exerce un rôle central : 16 % des personnes disposant d'une couverture maladie complémentaire privée ont renoncé à aller chez le dentiste au moins une fois en 2012, contre 41,4 % des personnes non couvertes. Même avec une assurance complémentaire, la totalité des soins n'est que rarement prise en charge, et le revenu joue : 13 % des ménages situés  parmi les 20 % les aisés ont renoncé à au moins un soin (tous soins confondus) en 2012, contre 37 % des 20 % les plus pauvres.

Le recours aux soins dépend d’un ensemble de facteurs économiques, sociaux et culturels. L’accès au médecin généraliste est largement assuré. Selon l’Irdes, 5,5 % de la population a renoncé à une consultation en 2012, tous types de consultations confondues. L’enjeu porte en premier lieu sur les soins spécialisés et coûteux, non les maladies les plus graves. La question se pose en particulier pour les soins dentaires et l’optique, qui représentent à eux-seuls les trois quarts de renoncements pour raison financière. De façon plus large, le recours aux soins – et notamment la prévention – dépend aussi de l’éducation à la santé et de l’information sur les risques et l'offre de soins au sein des catégories de populations qui en sont le plus éloignées.

Notes:

  1. Voir « Le recours aux soins des femmes en Ile-de-France », Nathalie Beltzer, ORS Ile-de-France, avril 2014. Malheureusement, on manque de données récentes nationales sur le sujet.
  2. « Les inégalités de recours aux soins : bilan et évolution », Florence Jusot, Revue d’épidémiologie et de santé publique, mai 2013.
  3. « Enquête sur la santé et la protection sociale », Rapports de l’Irdes n°556, Irdes, juin 2014.