Le Compas comparateurterritoires.fr Futuribles

De plus en plus de personnes vivent seules

Imprimer

Dix millions de personnes vivent seules 1 en France. Leur part dans l’ensemble de la population est passée de 6 à 16 % entre 1962 et 2016, selon l’Insee. Si l’on ne considère que les 15 ans et plus, cette proportion a augmenté de 13 % en 1990 à presque 20 % en 2016. La progression pourrait se ralentir à l’avenir.

Avant l’âge de 20 ans, le taux de personnes seules reste marginal. Il s’accroît entre 20 et 24 ans pour approcher les 20 % et diminue ensuite pour atteindre un minimum de 14 % entre 40 et 54 ans. La proportion remonte ensuite à partir du moment où les enfants s’en vont.

Les courbes sont assez nettement différentes pour les hommes et les femmes. Entre 20 ans et 50 ans, les femmes vivent beaucoup moins seules (10 % contre 20 %) parce que la garde des enfants leur est bien plus souvent confiée. Puis les enfants quittent le domicile, et l’écart d’espérance de vie avec les hommes fait le reste. Au bout du compte, chez les plus de 80 ans, 62 % des femmes vivent seules, contre seulement 27 % des hommes.

D’où vient la progression ?

La progression de la part de personnes seules résulte de quatre principaux facteurs. Le premier est lié à l’allongement de la jeunesse. Un nouvel âge de la vie s’est développé, entre le départ du domicile des parents et la formation d’un nouveau couple, phénomène résultant de l’effet combiné de l’allongement des durées de scolarité et des difficultés d’insertion dans le monde du travail. La part de jeunes résidant seuls a doublé entre les années 1960 et la fin des années 2000.

Le deuxième est lié à l’instabilité des couples. Entre 30 et 50 ans, la part de personnes seules est supérieure chez les hommes : même s’ils se remettent plus souvent et plus rapidement en couple que les femmes, ceux-ci ont rarement la charge des enfants. Chez les femmes, ce facteur joue surtout après 45 ans, avec le départ des enfants vivant au domicile de leur mère seule.

La progression du maintien des personnes âgées à domicile constitue le troisième facteur. L’écart d’espérance de vie entre femmes et hommes fait que l’on compte beaucoup plus de veuves que de veufs. Et celles-ci sont logées de plus en plus tard en maison de retraite.

Le quatrième facteur est moins important, mais une part de la population choisit de vivre seule tout au long de sa vie. La part des personnes n’ayant jamais vécu en couple à 35 ans est quasiment la même pour la génération née en 1948-1957 et la génération 1968-1977 (le taux passe de 12 à 13 %). L’idée de constituer un couple à un moment donné de sa vie et de fonder une famille reste fortement ancrée dans les mœurs.

De l’étudiant à la personne âgée vivant en milieu rural, le fait de vivre seul regroupe des réalités qui n’ont pas grand-chose à voir. Pour certains, notamment les plus jeunes, cette situation constitue un espace de liberté avant de former un couple. Pour d’autres, elle est plus ou moins acceptée par exemple après une séparation. Pour les plus âgés enfin, cette situation est subie suite à un décès ou faute de pouvoir fonder un couple.

La fin d’une tendance ?

Plusieurs éléments pourraient conduire à une stabilisation de la part de personnes seules. Chez les plus jeunes, la hausse du prix des logements conduit un certain nombre à devoir rester chez leurs parents ou y retourner en cas de problèmes financiers. Le phénomène de colocation se développe. Chez les plus âgés, l’écart d’espérance de vie entre femmes et hommes diminue et il est possible que le maintien à domicile progresse moins qu’avant. Les politiques dans ce domaine ont commencé à se développer dès les années 1960. La part de personnes vivant seules a diminué depuis 1990 pour les 65-79 ans et depuis 1999 pour les plus de 80 ans. Chez les 25-39 ans la part de vie en solo augmente moins depuis 1999. Même si on n’y est pas encore, on peut aussi penser que les séparations à l’âge adulte finiront par plafonner.

Il est trop tôt pour parler d’inversion de tendance. Si les logements devenaient plus accessibles et l’insertion dans l’emploi plus facile, sans doute qu’une partie des jeunes choisirait ) d’éviter de rester chez leurs parents ou en colocation trop longtemps. La part de personnes vivant seules pourraient augmenter de ce fait. Par ailleurs, il est difficile de dire comment va évoluer à l’avenir le degré de stabilité des couples. Il n’en demeure pas moins que ces données montrent que nos sociétés ne sont pas nécessairement destinées à être formées de couples éphémères et d’individus seuls.

 

 

Notes:

  1. Sans conjoint, enfant, colocataire ou proche.