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Que signifie la remontée de l’emploi non-salarié ?

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La part des non-salariés dans l’emploi total a augmenté de 8,8 % à 9,7 % entre 2003 et 2013, selon l’Insee. Cette progression reste modeste : elle représente 320 000 postes de travail non-salariés supplémentaires, à rapporter à un ensemble de 26,4 millions d’emplois. Pour autant, l'inversion de tendance est historique : la part de salariés n’avait cessé de croître depuis des décennies. Entre 1970 et la fin des années 1990, le pourcentage de non-salariés a été divisé par deux, de 20 % à 10 % sous l’effet notamment du déclin de l’emploi agricole, puis du petit commerce. Des machines ont supplanté nombre d’emplois des champs, des bataillons de vendeurs salariés et ont remplacé des gérants de magasins.

Pour partie, on assiste à un plafonnement du salariat. Il est difficile de penser que cette forme d’organisation finisse par occuper 100 % des emplois : l’entreprise structurée n’a pas forcément vocation à encadrer tous les métiers, du maçon à l’architecte. Il restera toujours des activités marchandes réalisées à la tâche. Il est possible que le taux de non-salariés oscille autour de 10 %. La hausse récente du nombre de non-salariés a été alimentée par la création du statut d’auto-entrepreneur en 2008, qui occupait 710 000 personnes fin 2013 selon l’Accoss (la caisse qui gère la trésorerie de l’Urssaf). Mais sur ces 710 000, seulement 14 % réalisaient un bénéfice supérieur à 10 000 euros, un tiers moins de 1 500 euros. Souvent, il ne s’agit que d’une activité complémentaire et, pour partie, ces auto-entrepreneurs concurrencent d’autres non-salariés, les artisans.

Ce changement de tendance traduit-il un phénomène plus profond ? Le salariat constitue un cadre structuré plus protecteur pour les employeurs en période de croissance car il fidélise les employés. En période de crise, payer le personnel à la tâche assure une flexibilité maximale de la production, qui est recherchée dans certains secteurs, du bâtiment aux services. Rien ne dit qu’il en sera toujours de même, ni que les entreprises aient toujours à y gagner, mais il s’agit bien d’une évolution possible. Pour les activités les plus qualifiés ou très spécifiques, le non-salariat peut être une façon de valoriser un savoir-faire et de jouir de plus d'autonomie. Pour celles qui le sont moins, il se paie par de fortes variations de revenus et une difficulté plus grande à envisager l'avenir.