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Le chômage de longue durée au plus haut

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2,4 millions de chômeurs 1 étaient inscrits à Pôle emploi depuis plus d’un an en août 2016, soit 2,4 fois plus qu’à l’automne 2008. Ce niveau est historique. Depuis 1996, il n’avait jamais dépassé 1,6 million. Il est le signe d’un dérèglement profond et durable du marché du travail. Dès 1985, le taux de chômage atteignait 8,5 % de la population active en France. Depuis, il n’est jamais descendu sous les 7 % (en janvier 2008). La faiblesse de la croissance de l’activité économique depuis 2001, la crise financière de 2008-2009 et la forte dégradation de l’emploi depuis ont conduit le nombre de demandeurs d’emploi de longue durée au sommet où il est aujourd’hui. Depuis mars 2016, le chiffre s'est stabilisé, pour la première fois depuis 2008.

La durée exceptionnelle de la crise, notamment dans l’industrie, aboutit à un allongement sans précédent de la durée du chômage. Au total, l’ancienneté moyenne des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi est passée de 380 jours début 2009 à 571 jours à l'été 2016, une hausse de 50 %, équivalente à 6 mois supplémentaires. Logiquement, la part des chômeurs de longue durée parmi l’ensemble des chômeurs s’est accrue. Début 2009, les demandeurs d’emploi de plus d’un an représentaient 30 % des demandeurs d’emploi, ils en constituent plus de 44 % en août 2016.

A l’intérieur même de l’ensemble des demandeurs d’emploi de longue durée, les situations ne sont pas similaires. Être au chômage depuis plus d’un an tout juste n’a pas les mêmes conséquences que de ne pas retrouver de poste durant plusieurs années. Début 2009, on comptait 270 000 demandeurs d’emploi depuis trois ans ou plus, le chiffre s’élève à 830 000 en août 2016. Leur part dans l’ensemble des chômeurs a presque doublé, de 8 à 15 %. Une population particulièrement fragile, notamment du fait de la perte des droits à indemnisation.

Tous les actifs ne sont pas égaux face au piège du chômage de longue durée. Pour le décrire, on dispose de deux types de données. Selon l’enquête emploi réalisée chaque année par l’Insee, la durée moyenne du chômage est deux fois plus importante pour les plus de 50 ans (21,6 mois) que pour les 15-29 ans (9,6 mois). Parmi les chômeurs, le risque d’être au chômage de longue durée est 2,4 fois plus important pour les 55-59 ans que pour les 25-34 ans, selon une étude de l’Insee (données 2013) 2.

Les plus âgés sont moins souvent au chômage, mais quand ils perdent leur emploi, il leur est plus difficile d’en retrouver un par la suite. Cette situation est souvent occultée par un débat qui se fixe sur le niveau du chômage plutôt que sur sa durée. Même si elle est d’ampleur moindre, la situation des plus de cinquante ans est préoccupante par son impact sur les intéressés. Elle résulte des évolutions du marché du travail et des nouvelles compétences demandées, mais aussi de la difficulté, pour les plus âgés, de faire valoir leur expérience et d’obtenir un niveau de rémunération qui y corresponde. Pour revenir dans l’emploi, une partie des plus âgés doit sacrifier son niveau de vie et accepter des salaires de niveau beaucoup plus bas. Massivement, les chômeurs de longue durée appartiennent aux catégories les moins favorisées. Les deux tiers ont au plus le BEP, les trois quarts au plus le baccalauréat. Près de 90 % des chômeurs de plus d’un an sont employés ou ouvriers, 7 % seulement cadres.

L’envolée du chômage de longue durée constitue une tendance profonde qui frappe en particulier les catégories populaires. « Entre 2008 et 2013, les taux de chômage de longue durée des employés et des ouvriers ont bondi de 1,5 et 2,3 points respectivement, contre 0,6 et 0,4 point pour les professions intermédiaires et les cadres », note l’Insee. Le risque de se retrouver au chômage de longue durée est deux fois plus important chez les ouvriers que chez les cadres. Cette forme de chômage fonctionne comme un piège qui se referme progressivement. Pour les chômeurs, plus le temps passe depuis la perte de leur emploi, plus il devient difficile de remettre le pied à l’étrier. La motivation s’émousse, les employeurs potentiels deviennent méfiants, on perd ses contacts. Mais aussi parce que la France est l’un des pays qui forme le moins les actifs.

Après des années de hausse, le nombre de demandeurs d'emploi diminue. Depuis quelques mois, la progression du nombre de chômeurs de longue durée a aussi légèrement baissé. Il faudra pourtant plusieurs années de croissance pour que le mouvement ait un impact en profondeur. Il faudrait compter au moins cinq ou six ans au rythme actuel de diminution pour en revenir simplement à la situation de la fin 2008. Face à un phénomène aussi structurel, seule une inversion forte et durable de la tendance en matière d'emploi peut avoir un effet.

 

Notes:

  1.  Données pour les catégories A, B et C.
  2. « Chômage de longue durée : la crise a frappé plus durement ceux qui étaient déjà les plus exposés », in « France portrait social », Insee, éd. 2014.