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Travail du dimanche : un choix de société

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Un salarié sur sept travaille régulièrement le dimanche selon l’Insee (données enquête emploi 2017). Cette proportion a nettement progressé depuis le milieu des années 1990. Si l’on tient compte de la rupture de série statistique de 2002, elle a au minimum doublé. Ce changement traduit l’essor d’une société de services où la consommation occupe une place croissante. Les employés du secteur du commerce, de l’hôtellerie et de la restauration constituent en effet les gros bataillons du travail du dimanche. On y trouve aussi le personnel des hôpitaux, de la police et de la gendarmerie : le travail dominical, c’est aussi la continuité des services publics. Mieux rémunéré, il constitue pour les moins qualifiés une façon d’élever – au moins partiellement – leurs niveaux de vie.

Les femmes travaillent un peu plus souvent que les hommes le dimanche (13 % contre 11 %) du fait de leur forte présence dans le secteur du commerce et de la santé notamment. Les jeunes, qui ont moins de contraintes familiales, sont surreprésentés ainsi que ceux qui ont un niveau baccalauréat. En termes de milieux sociaux, les employés – catégorie où l’emploi féminin est très développé – se distinguent très nettement avec un taux de 17 %, presque deux fois supérieur à celui des ouvriers et des cadres.

Ces données sont rudimentaires car, même si nous avons retenu la norme du travail fréquent le dimanche (et non occasionnel), on ne différencie pas le nombre d’heures travaillées. L’activité professionnelle elle-même prend des formes très différentes qu’il s’agisse de travailler quelques heures chez soi (cas des cadres le plus souvent) ou de passer l’ensemble de la journée à l’extérieur dans des conditions de travail beaucoup plus difficiles.

L’essor d’activités économiques le dimanche, en particulier l’ouverture des commerces, constitue un choix de société. D’un côté, les partisans de la flexibilité des temps de la vie et des activités prônent d’élargir les plages du travail. De l’autre, ceux qui souhaitent maintenir des espaces de temps où l’activité économique, notamment de consommation, est mise de côté. Pour l’instant, il est vrai que cette nouvelle forme de flexibilité pèse davantage sur les femmes, les employés et les couches moyennes. De plus en plus d’individus sont désynchronisés du rythme global de la société, ce qui se répercute sur la sociabilité et, en particulier, au sein de la famille. En contrepartie, une partie de ces actifs obtiennent un gain de niveau de vie, tant que ces plages horaires continuent à être rémunérées au-delà du niveau des autres jours de la semaine.