L’évolution du taux de chômage par catégorie sociale distingue clairement les ouvriers peu qualifiés. Leur taux de chômage, déjà supérieur à 10 % en 1985, a dépassé les 20 % au milieu des années 2010. Les ouvriers dans leur ensemble comme les employés se situent à un niveau intermédiaire. Leur taux oscille depuis autour de 9 à 10 %, niveau atteint par les ouvriers dès le milieu des années 1980 et par les employés dix ans plus tard. De leur côté, les professions intermédiaires et les cadres supérieurs ont connu une détérioration nette au milieu des années 1990. Ils comptent entre 4 et 5 % de chômeurs, mais demeurent bien en deçà des catégories populaires.

Entre 2015 et 2023, le taux de chômage a diminué pour toutes les catégories sociales. Chez les ouvriers qualifiés comme peu qualifiés le taux a même baissé de quatre points. Mais ce sont ces mêmes groupes sociaux qui subissent le plus la remontée du chômage dans les années récentes, contrairement aux cades supérieurs et professions intermédiaires, pour qui l’effet est faible. Finalement, les inégalités entre le bas et le haut de la hiérarchie sociale évoluent peu : le taux de chômage des ouvriers peu qualifiés est quatre fois plus élevé que celui des cadres en 2025, soit le même niveau que quarante années auparavant.

Dans un pays qui valorise plus que d’autres le titre scolaire, le manque d’emploi frappe d’abord ceux qui disposent des plus faibles diplômes. Aux Trente Glorieuses ont succédé trente années de dégradation majeure pour les ouvriers peu qualifiés. Des générations déjà anciennes de populations peu diplômées, nées à partir de la fin des années 1960, n’ont connu que le chômage de masse. Difficile dans ce cas de continuer à parler de « crise » : c’est une situation de déséquilibre structurel, un nouveau régime, qui s’est installé sur le marché du travail. Il frappe essentiellement les moins favorisés pour qui la question de l’accès à l’emploi est cruciale.

Contrairement à une idée répandue, l’amélioration de la situation pour les moins diplômés ne passe pas uniquement par la création en masse d’emplois peu qualifiés. Sur le marché du travail, il se crée un processus de file d’attente. Une partie des emplois peu qualifiés sont aujourd’hui occupés par des sur-diplômés en situation de déclassement. La création d’emplois qualifiés « aspire  » vers le haut l’ensemble de la population active et libère des emplois moins qualifiés.

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