
Le taux de pauvreté des ouvriers est de 7,3 % contre 2,1 % pour les cadres supérieurs, soit 3,5 fois plus, selon les données Insee de 20221. L’écart entre les catégories sociales tend à se réduire, mais de manière lente : au milieu des années 1990 le taux de pauvreté des ouvriers était sept fois supérieur.
Cette baisse résulte d’abord de la diminution de la pauvreté chez les ouvriers entre 1996 et 2002, période de forte croissance économique. Depuis cette date, le taux est demeuré autour de 8 % et 9 % pour cette catégorie. Chez les cadres, comme chez les professions intermédiaires, le taux de pauvreté est historiquement très faible : entre 1 % et 1,5 au début des années 2000. Mais il tend à croître de manière régulière. Même s’il demeure à un niveau très bas, entre 2 % pour les cadres et 3 % pour les professions intermédiaires, c’est deux fois plus qu’il y a 20 ans. Chez les employés enfin – une population majoritairement féminine – le taux de pauvreté se situait autour de 5 % au début des années 2000 et a augmenté pour atteindre 6,4 % en 2022.
Cette évolution tient pour une grande partie aux transformations de l’emploi. Entre le milieu des années 1990 et 2022 la part de cadres parmi les actifs est passée de 13 % à 22 %, comprenant désormais des postes plus fragiles et précaires. Inversement, la population des ouvriers s’est réduite et comprend davantage d’ouvriers qualifiés.
Au bout du compte, en dépit de ce lent rapprochement les écarts de taux de pauvreté entre catégories sociales demeurent considérables. La tendance au rapprochement ne doit pas faire oublier que les taux de pauvreté sont sans commune mesure. Parmi les 1,2 million de salariés actifs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, 900 000, soit les trois quarts appartiennent aux milieux populaires. La pauvreté des actifs demeure avant tout une question de niveau de diplôme et de qualification. Une partie de ces personnes pauvres sont des chômeurs dont le niveau d’indemnisation est particulièrement bas, inférieur aux 1 100 euros du seuil de pauvreté. Faute de trouver du travail, une partie des moins qualifiés a aussi basculé dans l’inactivité et n’apparaît pas dans ces données.

Les données sur la pauvreté des actifs
Les données sur la pauvreté des actifs comprennent les personnes qui ont un emploi et les chômeurs. Elles sont mesurées par ménage : l’Insee prend en compte les revenus de l’ensemble du ménage. Concrètement, une ouvrière vivant avec un cadre supérieur se verra attribuer le niveau de vie de l’ensemble du ménage et peut ne pas apparaître comme pauvre si les revenus du ménage dépassent le seuil de pauvreté.
Photo : Maksym Tymchyk / Unsplash
Notes:
- Ces données portent sur les actifs : personnes qui ont un emploi ou sont au chômage. Seuil à 50 % du niveau de vie médian. ↩

